19 Etats d'âme



La veille de son départ, Kate avait voulu se rapprocher d’Yvan et s’était montrée inhabituellement affectueuse. D’abord assez confusément, elle s’était dit qu’elle mettrait un point d’honneur à s’occuper de lui jusqu’à la dernière minute pour lui montrer qu’il lui manquerait tout au long de son absence.

Veille d’escapade

Elle avait préparé ses bagages à l’avance pour être entièrement disponible quand ils seraient réunis au cours de leur dernière soirée. Mais elle sentait bien qu’autre chose se passait. Ressentait-elle quelque forme de remords à la veille de cette escapade professionnelle en compagnie de son audacieux amant ? Cherchait-elle à renforcer les liens de son couple ? Voulait-elle prouver à son mari qu’il comptait plus que tout pour elle ? Voulait-elle se prouver qu’elle restait attachée à lui ? Elle n’aurait pas su répondre avec certitude. Toujours est-il qu’elle avait eu l’intention de lui faire passer la plus délicieuse soirée depuis leurs fiévreuses retrouvailles d’après les vacances. Après un rendez-vous chez son esthéticienne, elle avait prévu un menu spécial et s’était habillée pour lui plaire. Yvan était revenu avec un petit paquet signé de son parfumeur préféré. Kate avait laissé échapper l’avant-veille qu’elle avait été subjuguée par la réédition des Jardins de Babylone.

Dans sa petite robe noire presque sage bordée de dentelle, elle lui était parue si désirable qu’il n’avait pas résisté à l’envie de perturber sa belle organisation. Profitant que son attention était entièrement tournée vers le choix de la cuisson du pavé d’espadon, il avait délicatement posé ses mains sur ses épaules dénudées pour les masser un peu, puis lorsqu’il s’était assuré du bon accueil qu’elle réservait à ses caresses il s’était aventuré sur ses hanches et ses cuisses en faisant glisser le tissu soyeux de sa robe sur sa peau, comme pour lui montrer qu’il désirait ardemment la retrousser. Les mains affairées, elle était restée immobile en savourant la chaleureuse et bienfaisante présence de son homme contre son corps. Lorsqu’il avait senti qu’elle était tout à fait convaincue de ses meilleures intentions, il n’avait pas résisté à son envie de caresser ses longues et douces jambes. Il se baissa derrière elle dans une position qui ne tarda pas à la troubler. Il fit courir quelques baisers à l’arrière de ses cuisses en prenant le temps qu’il fallait pour qu’elle apprécie les doux frissons qui remontaient vers son sexe. Il redressa un peu la tête et imagina les sensations qui se propageaient dans le corps de sa femme.

Un impérieux besoin

Il avait cru deviner que pour elle aussi cette soirée d’au revoir devait être particulièrement sensuelle. Il croyait connaître sa façon de calculer ses manques et ses désirs. Il avait cru comprendre aux expressions de son visage qu’elle rêvait de lui offrir une soirée qui compenserait ses quatre nuits d’absence. En réalité, Kate était si terriblement excitée à l’idée de son voyage qu’elle avait l’impérieux besoin de décharger la débordante énergie érotique qu’elle avait accumulée au cours des derniers jours. Mais elle n’osait pas encore se l’avouer. Au travail elle s’était éclipsé deux fois dans les toilettes pour se masturber dans l’espoir de se calmer. Malheureusement elle avait obtenu l’effet inverse.

Voulant faire durer un peu le plaisir, Yvan lui suggéra de venir s’asseoir et de boire un verre en attendant que le repas soit prêt. Elle vint poser sa tête sur ses genoux et lui demanda de partager son verre avec elle. Il l’embrassa plusieurs fois trop chastement à son goût, alors elle se redressa pour obtenir d’autres faveurs. Elle frotta délicatement ses lèvres contre celles de son homme pour mieux lui faire sentir la forme et la chaleur de la chair rose de sa bouche. Appuyant un peu plus sa caresse, d’une langue curieuse elle lécha sa bouche comme s’il s’agissait d’un fruit juteux ou d’une sucrerie. Elle eut le sentiment en lui offrant ces succulentes cajoleries de lui donner l’avant-goût prometteur de mille douceurs qu’elle désirait lui infliger. Yvan la laissait venir à lui en appréciant son génie sensuel. Puis elle frotta son nez contre le sien pour continuer d’éveiller ses sens, exactement comme il l’avait fait en caressant ses jambes. Cette forme de réponse venait d’éveiller un furieux appétit chez son homme. Il s’empara de sa bouche avec fougue et ils partagèrent un long baiser aux goûts d’agrumes mélangés et de rhum. Ils commençaient à se caresser comme des amants pressés et enthousiastes lorsqu’il sentit les premières vapeurs mélangées d’épices et de poisson venant du four. Il se dirigera vers la cuisine, constata que la minuterie était arrivée à son terme, vérifia la cuisson et servit sur deux assiettes le délicieux plat qu’elle avait préparé.

Au cours du repas Kate se sentait remplie de bien-être et pensait beaucoup à Philip. Elle réalisait à quel point elle aurait aimé partager avec son homme ce qu’elle ressentait. Elle se disait que par certains côtés, il était probablement absurde de s’accorder cette escapade avec son amant alors qu’elle vivait heureuse avec un mari qui l’aimait.

Une affaire d’existence

Yvan chercha à lui retirer son string. Elle fit un mouvement du bassin pour qu’il parvienne à le faire glisser sous ses cuisses.
Mais elle en revenait toujours à la même conclusion. Quelque chose d’irrépressible la poussait à connaître d’autres hommes et à vivre des aventures. Ce n’était pas une question d’amour et encore moins une affaire de fidélité. C’était bien plus sérieux, bien plus vital que cela. C’était une affaire d’existence. Elle réalisait que même si elle avait été démasquée, elle n’aurait pas remis ses projets en cause. Elle voulait se sentir plus vivante qu’elle ne l’avait jamais été, elle voulait respirer un oxygène plus fort, sentir son sang bouillir et son cœur s’emballer.
Sa main cherchait nerveusement la boucle de la ceinture d’Yvan. Elle l’ouvrit et constata que sa bite sortait de son slip.
Elle n’avait aucune raison de lui en vouloir de ne plus lui faire vivre les grandes émotions dont elle rêvait. Ce n’était pas lui qui était en cause mais ce que leur vie ensemble avait fait d’eux.
A présent il retroussait sa robe. Elle sentit ses mains effleurer son ventre.
Petit à petit elle avait compris que le partage du quotidien entamait lentement et inexorablement la passion des débuts et que rien ne permettait de remonter le temps. Elle avait cru pouvoir s’y résoudre, l’accepter, s’y habituer. Elle avait même pensé pouvoir oublier qu’elle cherchait toujours à s’émouvoir comme aux premiers temps de la rencontre. Elle avait pensé à renoncer. Elle y était parvenue, à certaines périodes quand la routine lui semblait confortable et paisible. Mais cela n’avait jamais duré longtemps.

Dans sa main la queue tendue de son homme semblait impatiente. Délicatement, elle caressa son gland avec son pouce.
Ils avaient cru pouvoir déjouer les années à force d’attention de respect, d’enthousiasme, de dialogue. Comme tous les couples qui s’aiment, ils avaient cru que leurs sentiments seraient plus forts que l’érosion du temps et des habitudes. Mais après toutes ces années, même si leur couple était à leurs propres yeux une belle réussite de complicité, de sensualité et d’affection, il fallait voir la réalité en face, elle ne ressentait plus les mêmes émois qu’aux premiers temps de leur histoire. Et cela lui manquait terriblement.

Elle écarta un peu plus ses jambes pour qu’il la lèche enfin. Elle posa un pied sur l’accoudoir du fauteuil pour être plus à l’aise.
Seules les nouvelles rencontres pouvaient encore lui permettre de trouver ces sensations merveilleuses et si précieuses. Lorsqu’elle y pensait, elle en venait souvent à une autre conclusion. S’il existait bel et bien deux sortes de personnes – pour parler simplement, celles capables de se résoudre à la stabilité monogamique et celles capables de vivre sereinement des aventures extraconjugales - il était probable que celles qui avaient connu une folle histoire d’amour, sensuelle et passionnée, comme ce fut son cas en rencontrant Yvan, aient acquis une disposition à chercher à nouveau la même intensité émotionnelle et existentielle quand celle-ci s’estomperait.
Surprise et excitée par les coups de langue de plus en plus précis de son mari, elle entreprit de le débarrasser de sa chemise.
Cette idée la rassurait sur son propre cas, elle le reconnaissait, mais au fond, cette explication ne lui paraissait pas infondée pour autant. Ne dit-on pas des hormones du plaisir qu’elles provoquent des dépendances similaires à celles des drogues ? Yvan pourrait-il comprendre cela ? Saurait-il l’accepter ? Elle savait qu’il était différent d’elle sur ce point. Il pensait depuis toujours qu’on ne vit qu’un seul amour dans sa vie et qu’on ne peut se donner qu’à une seule personne. C’était, en gros, sa philosophie. C’est ce qu’il lui avait répété quand il avait quelquefois évoqué le cas de son copain Georgio. Il le considérait comme perdu, égaré.

Les caprices des corps

Elle sentit les mains d’Yvan remonter sur ses côtés pour lui retrousser un peu plus sa robe. Encore parfaitement vêtue en haut, totalement dévêtue en bas, elle adorait cette sensation.
Pourtant, les quelques soirées qu’ils avaient partagées avec d’autres partenaires avaient été vécus comme des moments d’intense sensualité, mais tous deux savaient que ces expériences là n’étaient justement que des expériences. Elles n’avaient impliqué que les caprices des corps. Ces histoires-là étaient sans suites, sans conséquences et sans risques pour leur relation. Ils connaissaient les effets positifs de ces fantaisies qu’ils s’accordaient librement quand les circonstances s’y prêtaient mais tacitement, ils n’y accordaient qu’une importance limitée. Cela ne pouvait pas remettre en cause leurs modalités d’existence. Ils n’avaient jamais envisagé ouvertement de s’ouvrir à d’autres relations suivies.

Elle sentit enfin la queue de son homme forcer l’entrée de sa chatte et la remplir de bonheur. Il lui faudra peut-être du temps pour parvenir à lui avouer qu’elle peut aimer plusieurs hommes.







© LD 05 2007
illustration : Sandokan

18 Christina



Une invitation

Lorsqu’Yvan prit son courrier ce matin là, il venait à peine d’arriver à son bureau. Sandrine, la chargée de relations qui assurait la permanence lui tendit le paquet de journaux, de lettres et de prospectus en lui indiquant que la grande enveloppe bleue le ferait sans doute bien rigoler. Toute l’équipe avait reçu la même. Il vit qu’elle était estampillée d’un grand centre de congrès. Tout en la décachetant, il s’interrogeait sur l’intérêt de cette lettre. Sandrine était restée dans l’ouverture de la porte pour le guetter du coin de l’œil. Il sortit le document et le lit. Il pensa d’abord que c’était une plaquette promotionnelle comme il en recevait des dizaines. Celle-ci était accompagnée d’une invitation V.I.P. nominative pour venir visiter un nouveau salon consacré aux innovations énergétiques dans l’automobile et les transports. Il comprit pourquoi Sandrine ironisait : après la campagne de sensibilisation qu’ils venaient de mener auprès des industriels pétroliers et gaziers l’événement ressemblait un peu la réponse du berger à la bergère. A en juger au programme chargé des conférences les lobbys pétroliers devaient certainement être à l’origine de ce salon, et ils avaient un message fort à faire passer. L’événement méritait un sérieux détour. Yvan convoqua trois de ses collègues et ils s’organisèrent pour se relayer sur le salon les trois jours qu’il durerait.

Dix jours plus tard en franchissant le portique sécurisé qui permettait de pénétrer sur l’espace General Motors, il était très loin d’imaginer qu’il allait faire une des rencontres les plus bouleversantes de sa vie. Il avait d’abord remarqué le stand consacré aux nouveaux prototypes hybrides. Comme tous ses concurrents, le constructeur avait recruté une vingtaine d’hôtesses triées sur le volet pour attirer le regard des visiteurs, fussent-ils professionnels. Les filles étaient toutes plus belles et plus sexy les unes que les autres. Certaines étaient même si magnifiques qu’Yvan se demanda plusieurs fois si elles étaient bien réelles, s’il n’était pas en plein rêve. Pour lui, elles représentaient typiquement le genre de femmes qu’il n’aborderait jamais. Il les voyait comme des filles réduites à l’état d’objet de consommation, d’images trop parfaites, d’archétype du fantasme supposé des hommes. Il sentait que la plupart d’entre elles devaient être douces, dociles, généreuses et gentilles. Il se disait aussi qu’elles devaient faire ce job à la limite de la prostitution parce qu’elles devaient manquer de jugeote et qu’elles cherchaient simplement à gagner un peu d’argent facile. Pourtant il concevait que se frotter des heures durant sur les carrosseries et sourire niaisement à des visiteurs plus ou moins lubriques ne devait pas être un exercice aussi facile qu’il n’y paraissait. La plupart des hommes et une grande partie des femmes devaient d’ailleurs penser la même chose que lui et devaient sûrement reproduire le même genre de jugements à l’égard de ces très jolies jeunes femmes qui mettaient leurs charmes en spectacle pour améliorer leur quotidien. Ses pensées vagabondaient sur ces considérations humanistes en même temps qu’il découvrait une nouvelle version avancée du moteur à hydrogène de la firme américaine. Comme il voulait assister au prochain colloque sur la recherche de solutions de déplacements aériens individuels, il se mit à chercher la documentation consacrée aux nouveaux carburateurs à hydrogène. C’est là qu’il croisa pour la première fois le regard bleu-vert de Christina. Son prénom, vraisemblablement faux, était inscrit en lettres roses sur son badge. « Un prénom qui finit en a … se dit-il. Elle doit sûrement s’appeler Christine Moulin ou Christiane Potron. Elle veut se donner un style exotique et elle en rajoute jusque sur son étiquette. » Christina devait avoir vingt-cinq ans maximum. Elle était vêtue aux couleurs de la marque, d’une tenue qui se voulait sportive et sexy à la fois, composée d’un mini short à logos extra moulant, d’un top à motifs damiers stylisés au décolleté vertigineux et d’une paire de chaussures de strip-teaseuse pourvue de lacets ultra longs. Une parfaite illustration du mauvais goût des industries américaines en matière d’érotisme, remarqua t-il. Pourtant la beauté fulgurante de cette fille était si incroyable, si naturelle et si parfaite qu’elle aurait pu être habillée en loques ou en bleu de chantier que sa grâce et sa féminité n’en auraient pas été affectées le moins du monde. Il aurait été pareillement ému par son charme et sa présence.

Son cul divin dans ce short obscène

Yvan lui demanda s’il existait un dossier de présentation sur ce nouveau moteur. Elle lui expliqua qu’il suffisait de télécharger un petit fichier à la borne informatique sur un mobile ou un portable pour avoir toutes les donnée techniques, (y compris les plans en 3D animés, en format flash.) Avec un sourire très professionnel elle lui proposa de l’accompagner pour s’assurer du bon fonctionnement du dispositif et de son entière satisfaction. Christina passa devant lui pour le guider de l’autre côté du stand. La vision qu’il eut à cet instant le marqua un long moment. L’élégance de sa démarche était ahurissante, aussi ahurissante que les formes sublimes de ses hanches et de son cul divin moulé dans ce short obscène, aussi ahurissante que la peau satinée de ses longues jambes fuselées et haut-perchées, aussi ahurissante que sa chevelure subtilement ondulée qui dégageait un parfum totalement envoûtant. Tout en cette fille semblait exceptionnel et elle se conduisait exactement comme si c’était parfaitement normal d’être phénoménalement belle. Toujours très professionnellement elle lui demanda de se connecter au port infrarouge et elle lui transféra les informations qu’il désirait. Puis elle se renseigna sur son visiteur pour s’assurer qu’elle lui avait fourni le plus parfait des services.
« Alors vous représentez Greenpeace ? S’étonna t-elle. J’ignorais que votre organisation s’intéressait d’aussi près aux recherches en énergie.
- Bien-sûr que si, mademoiselle… Christina (il avait prononcé son prénom avec une petite hésitation), c’est une donnée essentielle dans notre lutte pour la protection de l’environnement, vous savez. Nous sommes forcément aux aguets lorsque de grands industriels dévoilent les derniers résultats de leurs recherches.
- Vous n’êtes donc pas tous les jours enchaînés aux convois de matières dangereuses ?
- Non, comme vous voyez, lui répondit-il en s’amusant. Mais je me posais une question vous concernant. Vous me semblez très pointue au sujet de ce prototype. Travaillez-vous directement pour le constructeur ou bien êtes-vous employée par l’organisateur du congrès ?
- C’est un peu les deux, fit-elle. En fait, ici les hôtesses sont recrutées par l’organisateur, et ensuite nous sommes formées sur la partie technique par le client. Nous devons pouvoir répondre aux questions les plus fréquentes des visiteurs, même les plus avertis. Ensuite nous sommes libres de retravailler avec un constructeur sur d’autres manifestations.
- Je comprends mieux… Vous avez donc participé à d’autres salons ?
- L’an dernier j’ai commencé au salon de l’auto de Francfort, parce que je suis bilingue. Ma mère est allemande, lui confia t-elle avec un brin de coquetterie. Donc de temps en temps je rejoins cette équipe, mais je fais ça en extra. Ce n’est pas mon travail principal.
- Sans vouloir vous offenser, je n’imaginais pas que vous puissiez informer les visiteurs d’une façon aussi précise !
- Je sais que les gens nous prennent souvent pour des potiches, mais comme vous le constatez, nous pouvons parfaitement les renseigner. Evidemment, si c’est trop technique, nos collègues ingénieurs sont là aussi ! Avez-vous d’autres questions sur ce moteur ?
- Pas pour l’instant, merci. Je lirais les documents que vous m’avez donnés. »
Yvan, qui était aussi surpris par la compétence que par la simplicité de Christina, se demanda ce qu’elle pouvait bien trouver comme satisfaction dans ce travail d’hôtesse. Comme elle allait faire sa pose au coin bar, elle lui proposa de terminer leur conversation autour d’un rafraîchissement.
« Et votre vrai travail, c’est quoi si je ne suis pas trop indiscret ?
- Je travaille pour l’industrie cosmétique, lui fit-elle, c’est un domaine où nous avons aussi à faire aux écologistes…
- C’est exact ! Vous le savez sûrement, des substances cancérigènes sont présentes dans de trop nombreux produits de beauté. Notre prochaine campagne de sensibilisation va d’ailleurs débuter un mois avant les fêtes. Mais dites-moi, Christina, qu’est-ce qu’une femme aussi instruite et compétente que vous peut bien faire dans cet endroit ?
- Oh je vois ! Vous devez penser que mon autre travail est correctement rémunéré et que je n’ai pas besoin de montrer mon décolleté pour payer mon loyer…
- C’est un raccourci, mais c’est un peu l’idée, oui.
- Eh bien disons que cela me plait, voilà tout !
- Vous aimez les moteurs, véhicules les hybrides ?
- Non, cher monsieur : j’aime me montrer. J’aime que l’on me regarde, vous comprenez ? »

Emotions contagieuses

Elle prit son verre et se dirigea vers un coin plus tranquille de la salle pour s’installer confortablement dans un des petits canapés design qui étaient disposés autour d’une grande table basse. Yvan l’avait accompagné sans s’en apercevoir et s’était assis à côté d’elle en réfléchissant à cette réponse incongrue.
« Oui je crois comprendre ce qui vous motive, répondit-il. Mais cette tenue que l’on vous fait porter, ça ne vous dérange pas ? »
Christina sourit en le fixant dans les yeux : « Non, bien au contraire. Je sais parfaitement que cet uniforme est provocant, et qu’il est uniquement fait pour attirer le regard des clients. Je fais partie des agents d’ambiance, comme disent les organisateurs. Mais je l’assume et je trouve même très plaisant d’être regardée, détaillée comme un objet. Et si vous voulez vraiment le savoir j’en suis même fière. La plupart des autres femmes envient notre beauté. Elles ne nous le disent pas souvent, mais je sais lire leurs regards.
- Vraiment, j’admets que je ne voyais pas cela comme ça. Vous m’excuserez mais j’imaginais plutôt que les hôtesses faisaient ce travail faute de mieux, simplement parce qu’elles ont un physique jeune et avantageux mais sans y prendre goût.
- Cessez donc de vous excuser... lui demanda t-elle avec une pointe d’ironie.
- Je pensais que la plupart faisaient ce job avec un certain dégoût d’elles-mêmes, vous voyez ?
- C’est le cas, pour quelques-unes. Mais il peut être valorisant au contraire, et vous seriez très surpris d’apprendre combien d’entre nous aimons notre travail. Pour moi, il est aussi très excitant. Savez-vous qu’il existe une sélection très sévère pour faire partie du team ? Plusieurs dizaines de filles se battent pour obtenir un seul de ces postes, et elles sont toutes très belles.
- Comment avez-vous été sélectionnée ?
- D’abord sur dossier, avec une photo en maillot de bain. Et ensuite en entretien. Je crois qu’ils m’ont retenue parce que je leur ai expliqué ce qui me plaisait vraiment dans ce métier : mes tendances exhibitionnistes, si vous voyez ce que je veux dire, précisa t-elle en murmurant.
- Vous leur avez vraiment dit ça ? Fit-il, stupéfait.
- Indirectement, oui. Je leur ai raconté que j’avais toujours aimé faire des photos un peu déshabillées, surtout avec mes petits amis. Le recruteur m’a tout de suite très bien comprise. Il a saisi que je trouvais un vrai plaisir à montrer mon corps. Et ça a marché !
Yvan remarquait qu’en prononçant ces mots, la belle effrontée semblait se troubler. Ses grands yeux clairs s’étaient mis à briller et le timbre de sa voix était devenu un peu plus grave. Visiblement l’émotion l’envahissait mais elle ne semblait pas embarrassée par cette légère montée d’adrénaline. Au contraire, la miss n’avait pas plus de problème à exposer ses émotions qu’à montrer ses charmes. Il lui devenait cependant difficile de rester indifférent à une telle manifestation de sincérité et d’impudeur. C’est à cet instant qu’il sentit un premier afflux sanguin envahir ses couilles et venir une fraction de seconde plus tard réchauffer sa hampe. Les émotions sont contagieuses et se propagent parfois à une vitesse surprenante.
- Vous êtes en effet très agréable à regarder mademoiselle, et c’est aussi un grand plaisir de discuter avec vous, mais je ne voudrais pas vous retenir trop longtemps. Vous devez sans doute rejoindre votre équipe.
- J’ai encore une trentaine de minutes, fit Christina en regardant la pendule. C’est ma grande pose. Qu’allez-vous faire maintenant ?
- Je crois que je vais assister à la conférence de Ronan Herbert.
- Herbert, le concepteur des voitures volantes ?
- Oui c’est bien ça.
- Croyez-vous que nous en verrons bientôt ? Fit-elle mine de s’intéresser en se levant tranquillement.
- Certains modèles fonctionnent déjà, mais c’est expérimental.
- Quel dommage… j’allais vous proposer de m’accompagner encore un petit moment. Je dois aller au camion pour prendre mon déjeuner.

Moteurs, puissance et filles faciles

Yvan qui n’avait pas l’habitude de s’égarer en suivant de jolies filles eut un instant d’hésitation. Un instant seulement. Ses yeux s’étaient égarés sur un détail de la peau de la jambe droite de Christina. Un de ces détails insignifiants qui passent inaperçus sur n’importe quelle fille, et qui deviennent tout à coup sublimes sur une fille comme elle. Il avait remarqué trois petits points qui formaient un triangle juste au creux de sa cuisse.
- Alors, vous venez avec moi ou vous me laissez toute seule ? Insista t-elle avec son plus charmant sourire.
La conversation avec Christina était plus agréable, mais fallait-il vraiment qu’il l’accompagne pendant sa pose déjeuner ?
- Venez, il y aura quelque chose pour vous aussi, si vous avez faim.
Par galanterie ou par crainte de froisser une interlocutrice aussi avenante, il accepta.
- Et bien d’accord mademoiselle, ce sera un plaisir mais ne vous inquiétez pas pour mon repas, je…
- …Vous être vraiment gentil d’accepter ! J’adore discuter avec vous.
Elle l’invita à passer par la porte de service et ils arrivèrent directement sur le parking des exposants où de gros camions aménagés aux couleurs des constructeurs étaient garés. D’un doigt verni fièrement tendu en avant elle lui indiqua : « C’est celui-là ! On peut venir se reposer ici. C’est très confortable, vous allez voir. »
Ils entrèrent dans l’énorme semi-remorque qui ressemblait plus à un palace roulant qu’à un mobil-home. En franchissant derrière son hôtesse les deux marches qui permettaient de monter par l’arrière du véhicule, Yvan eut soudain l’impression de se retrouver dans une scène d’un mauvais film américain dont les ingrédients auraient pu être : moteurs, puissance et filles faciles. Il réalisa en fermant la porte derrière lui que son slip devait maintenant être déformé depuis cinq bonnes minutes et que cela finirait par se voir. Christina se retourna et le pria de se mettre à l’aise. Elle l’incita à se servir à sa faim en lui montrant buffet réfrigéré et lui proposant un verre de vin.
- C’est très bien aménagé, remarqua t-il.
- Oui, ils prennent soin de nous, c’est important pour le moral de l’équipe. Tenez, goûtez ça aussi, le cuisto nous les a préparés ce matin, ils sont exquis. Voulez-vous encore à boire ?
- Il est bien difficile de résister avec vous…
- Je n’ai pas l’impression que vous cherchiez à résister non plus !
- C’est un petit peu vrai, avoua Yvan sur le même ton faussement détaché.
Elle passa derrière lui pour tourner le verrou de la porte puis s’approcha de son dos et se colla doucement à lui. Elle mit ses bras autour de son torse comme pour l’emprisonner puis glissa sa main droite lentement vers son entrejambe. « Tu as besoin de décompresser un peu on dirait » fit-elle en s’adressant directement à la bite tendue que sa main venait de rencontrer. Sa main gauche trouva aisément le cran de sa ceinture et le bouton du pantalon. Elle plongea les deux mains dans le slip de son invité. « Oh ! Quel joli membre, s’exclama t-elle. Voulez-vous me le prêter un peu pour jouer ? »
- Je crois que je vais être en retard à la conférence, mademoiselle, fit Yvan la bouche encore à moitié pleine.
- Vous trouverez certainement un résumé quelque part, ne soyez pas si inquiet… lui répliqua t-elle en faisant tomber son pantalon à ses pieds.

Serrée derrière lui, Christina ondulait doucement, frottait ses seins contre ses omoplates, glissant ses jambes entre les siennes, baladait ses mains contre sa bite, son ventre et son torse, penchait sa tête pour goûter son cou de sa bouche humide. Ses gestes délicats et envoûtants augmentaient sérieusement l’excitation d’Yvan et il sentait qu’il n’allait plus pouvoir rester calme très longtemps. Elle lui retira sa chemise et lui fit face sans cesser de se frotter à lui par tous les moyens que son corps souple lui permettaient.
- Eh bien ? Qu’attends-tu pour me déshabiller, toi aussi ?

Rendre les hommes heureux

Yvan répondit d’un long regard qui semblait lui dire combien il aimait son insolence, puis il tira d’un coup sec le lien qui maintenait son top. Il y eut un léger craquement de couture. Le tissu glissa et découvrit ses seins. Elle fit quelques mouvements du bassin pour aider à le faire tomber. Puis Yvan agrippa son short et le baissa brutalement. En se penchant, il eut sa chatte à la hauteur des yeux. Une chatte superbe, légèrement bombée, épilée avec le plus grand soin. Il perçut distinctement son odeur. Un mélange de chimie textile, de sécrétions intimes et de produits corporels parfumés. Il la contempla comme un fidèle se recueille avant d’entrer dans un temple, ferma les yeux quelques secondes et inspira profondément. Il approcha son index et son majeur tendus de son sexe et lui enfila les deux doigts bien profondément, histoire de voir si ça pouvait la calmer un peu. Christina eut, lui sembla t-il, le souffle légèrement coupé et poussa un petit cri de surprise qu’il trouva délicieux. Il fit quelques mouvements en va-et-vient pour lui donner du plaisir. Elle écarta un peu les genoux en gémissant. Très vite ses deux doigts ne lui suffisaient plus. Elle miaula que c’était bon, qu’elle adorait ça, qu’elle avait besoin d’être baisée et qu’il fallait qu’il lui mette. Elle se mit à terre, le cul relevé en l’air pour qu’il la prenne sans attendre. Il pointa sa queue entre ses cuisses. Il n’eut aucune difficulté à la pénétrer. Il l’enfonça aussi profondément qu’il put. D’un seul geste. « Un pur moment de bonheur » se dit-il. Le vagin souple et humide de Christina semblait avoir été conçu pour rendre les hommes heureux. Elle creusa ses reins après quelques mouvements plutôt brutaux d’Yvan. Elle semblait vivement apprécier l’état passablement bestial dans lequel, à force de provocations, elle avait fini par le pousser. Lui savait qu’en ces circonstances, il aurait intérêt à prendre quelques distances avec ce qu’il ressentait. En quelques minutes, il eut l’impression que sa queue allait exploser. Il fallait qu’il se calme, mais la belle ne l’entendait pas de cette oreille. Du bassin et du ventre elle réclamait des coups de bite de plus en plus forts et de plus en plus profonds. Yvan comprit qu’il ne pourrait continuer à donner de grands plaisirs à cette petite furie s’il ne maîtrisait pas mieux ses mouvements. Il fallait qu’il maintienne ses hanches afin de la besogner moins vite et moins fort, et surtout en suivant d’autres axes. Il commença à faire frotter le bout de sa bite sur les parois latérales de son vagin, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il se rehaussa un peu pour provoquer de nouvelles sensations et atteindre des zones inexplorées, modifia le rythme se ses assauts, guettant les réactions de sa cavalière impatiente et fougueuse. Il remarqua qu’elle appréciait particulièrement ses frottements latéraux. Il réitéra donc longuement ses caresses intérieures tout en conservant la maîtrise de ses manœuvres. Il n’était plus à la merci des emportements lubriques de sa délicieuse baiseuse, mais pouvait à son gré, quelques instants encore se livrer à l’exploration en règle des zones sensibles de son con élastique. Du moins le croyait-il.

Les variations des sensations avaient eu pour effet de l’électriser encore plus. Elle réclama qu’il lui défonce le cul tout en joignant le geste à la parole. Elle posa ses deux mains à plat sur ses fesses et les écarta pour lui montrer sa raie et son cul déjà entr’ouvert. Yvan sentit son excitation décupler. Il avait toujours considéré cette pénétration comme un cadeau de la part des femmes qui lui avaient fait l’honneur de lui présenter leurs culs. Elle semblait pressée. Ce n’était pas dans ses habitudes de baiser aussi vite, mais Yvan y trouva une satisfaction inattendue. La plupart des femmes qu’il avait rencontrées adoraient qu’on les prépare, qu’on les excite progressivement et qu’on les prenne ensuite longuement jusqu’à la montée de leur orgasme. Rares avait été celles qui avaient réclamé une pénétration aussi directe, aussi triviale. Ce jour là Christina n’avait envie que de ça. Qu’on la baise très fort et qu’on lui défonce le cul. Il comprenait très bien que cela pouvait lui plaire, alors sans cesser de la baiser régulièrement, il enfonça doucement un pouce dans son anus humide de transpiration et le fit bouger un peu. Les chairs de Christina s’écartaient facilement. Ce cul lui semblait terriblement accueillant. « Viens, sodomise-moi ! Viens vite, prends ton pied, réclama t-elle dans un sanglot.
- Tu n’as pas peur que je te blesse ?
- Non, prends-moi de toutes tes forces, je veux que tu jouisses de moi. Je t’attends ! Baise-moi comme une salope, comme une pute. Vas-y, profites en, tu peux me faire mal. »
Elle écarta son cul de nouveau. Yvan dirigea sa pine couverte de mouille sur l’œillet impatient de Christina. Il appuya un peu pour la pénétrer. Elle s’ouvrait doucement. Elle émit un long râle paisible semblable à celui d’un félin. Il ferma les yeux en savourant le plaisir qu’il ressentait à s’enfoncer entre ces fesses sublimes et offertes. Sans bouger, il lui laissa l’initiative pour que la position lui convienne parfaitement. Bien vite, sa queue se retrouva entièrement logée. Elle demanda encore qu’il lui baise le cul, qu’il fasse d’elle son objet de plaisir et surtout de ne plus se retenir. Yvan lui murmura qu’elle était devenue totalement cinglée, et qu’il l’adorait pour ça. Il la laboura à un rythme progressif sans jamais s’arrêter, sans faiblir, sans retour en arrière. Il la prit jusqu’à oublier ce qu’il faisait, jusqu’à perdre son souffle. Tantôt cambrée suppliant qu’il ne s’arrête jamais, tantôt affalée, les chairs en feu, réclamant grâce, la belle criait en se cassant la voix. Yvan réalisa qu’il aurait pu devenir un tortionnaire de rêve pour cette créature déchaînée qui semblait ne se vouer qu’au bonheur des hommes. Il en fut profondément ému et c’est peut-être pour cela qu’il commença à sentir qu’il allait jouir. Il se recula pour quitter le fourreau accueillant de sa belle et lui indiqua que son jus allait bientôt couler. Christina tomba sur le côté épuisée par trop de jouissance, attira Yvan pour qu’il recouvre son corps de sa semence. Elle le fit jouir sur ses seins, sur son visage et sur son ventre.

En roucoulant sous les ultimes caresses de son amant, son esprit vagabondait dans d’autres sphères. Elle éprouvait toujours une émotion particulière à sentir du sperme sur sa peau, une émotion presque poétique. Elle aimait dire à quelques-unes de ses amies et surtout à certaines de ses collègues de travail que c’était le plus parfait des cosmétiques. Il lui procurait la plus merveilleuse des émotions car c’était un vrai signe d’amour physique. Aucune crème de jour ni aucun soin corporel ne pourrait l’égaler. Certaines étaient totalement d’accord avec son point de vue mais elle n’avait pas encore soumis ses idées aux décideurs de la firme qui l’employait. Elle se disait parfois qu’il y avait certainement une idée à développer. Une ligne de produits déclinée sur un concept comme « Semence précieuse, le soin qui vous aime. »

Un doute subsistait

Christina se releva lentement et Yvan se pencha pour l’embrasser tendrement. Il leur restait tout juste quelques minutes pour se doucher et rejoindre l’espace d’expo. En se rhabillant, elle se tourna vers lui pour le remercier : « C’était vraiment sympa de faire la pose avec toi. J’espère qu’on se reverra.
- Oui, pourquoi pas, fit-il. Tu habites dans la région ?
- Pas exactement, mais je passe souvent par ici pour les salons, et aussi pour mon autre travail. Notre siège est à tout près d’Orly. Je viens souvent pour voir mes responsables ou suivre les formations.
- Nous avons un appartement à Paris. T’ai-je dit que je m’appelais Yvan ?
- Non, maintenant c’est réparé, lui répondit-elle avec un large sourire. C’était écrit sur ton badge.
- Je suis quelquefois distrait. Je te laisse ma carte, n’hésite pas à me passer un petit coup de téléphone quand tu passeras la prochaine fois. J’apprécierais beaucoup de continuer à faire ta connaissance. »

En retrouvant le chemin de son appartement, Yvan n’était pas parvenu à ôter cette fille de son esprit. Il se demanda longuement si elle avait vraiment cherché à le séduire et comment elle avait provoqué leur rencontre. Il n’arrivait pas non plus à se résoudre à croire qu’elle avait passé ce moment avec lui pour des motifs strictement professionnels. Mais pouvait-il imaginer un instant qu’il lui plaisait ? Une spécialiste comme elle devait savoir maîtriser à la perfection les ficelles de la convivialité et de la séduction. Il ne fallait pas se faire d’illusions sur l’intérêt qu’elle pouvait lui porter. Peut-être bien qu’elle s’était totalement jouée de lui. A l’heure qu’il était, elle était probablement en train de plaisanter sur son compte avec une de ses collègues. Elle avait du jouer ce tour à des centaines de types comme lui. Il valait mieux l’oublier rapidement. Elle était trop belle pour lui.




© LD 04 2007
illustration : Posada

17 Projet de voyage

A la réunion d’équipe du lundi, Kate avait rapidement résolu la question du planning avec Ludo. Le reportage photo à Barcelone pour le service voyage serait parfaitement assuré par une personne digne de confiance comme elle. L’équipe graphique savait qu’elle aurait peu de travail de retouche à son retour. Depuis qu’elle avait assuré au printemps dernier ce fameux reportage sur le Mékong, sa réputation était faite. On la considérait définitivement comme une vraie photographe en plus d’être une spécialiste avertie en histoire de l’art. Probablement que son œil s’était aiguisé en étudiant les grands maîtres. En tout cas c’est l’explication qu’elle s’était donnée quand on l’avait complimentée sur la qualité de composition de ses clichés. Elle n’avait jamais véritablement appris à prendre des photos. Tout juste avait-elle pris le temps de discuter un peu des astuces d’éclairage avec les quelques professionnels qu’elle avait croisés ici ou là. Et elle avait lu attentivement la notice de l’EOS 8 Mo que le labo lui avait mis dans les mains pour l’occasion. Ce qu’elle pensait en rapportant des images c’est qu’elle devait toujours soigner méticuleusement le cadre et tenir compte, si possible astucieusement, de la lumière. Pour le reste, elle faisait une confiance aveugle à l’électronique pour gérer la qualité des contrastes et l’équilibre des couleurs. Et sur ce point elle n’avait pas tout à fait tort.

La maîtrise et l’abandon

Le départ était prévu huit jours plus tard, juste le temps qu’il fallait pour parfaitement s’organiser. Elle pensa immédiatement à prévenir Philip. En décrochant son téléphone, Philip sentit qu’elle avait quelque chose d’important à lui dire. Mais Kate conservait cette sorte de pudeur dans ses relations avec les hommes, une retenue qui lui faisait souvent emprunter une diagonale pour avancer ses demandes ou ses propositions. Elle commença par lui parler de ses émois dans le métro, comme elle se l’était promis. Elle lui présenta la chose comme si elle avait entièrement subi les manœuvres de son homme et de l’inconnu en débardeur. Mais bien vite Philip comprit au ton réjoui qu’elle prenait pour lui décrire ses sensations mêlées de plaisir et d’humiliation qu’en réalité, elle avait adoré se faire coincer au milieu de la foule dans cette posture compromettante. Alors il la questionna pour savoir ce qui précisément, lui avait tant plu dans cette situation. « C’est difficile à dire, vous savez, j’étais tellement surprise et déstabilisée. Je crois que j’avais surtout peur d’être découverte par les autres voyageurs. Mais j’étais rassurée par la présence de mon mari qui, bien qu’il me mette dans cette situation inconfortable, veillait aussi sur moi. » Avait-elle répondu.
- Oui, j’imagine aisément ce mélange ambigu qui devait vous torturer…
- C’est vrai. Et le fait que mon mari me fasse caresser les seins par ce jeune inconnu athlétique, ça m’a fait un drôle d’effet. C’est vraiment ce qui m’a excité. Lorsqu’il m’a pressée contre lui, ça m’a fait un effet ravageur.
- Comment vous sentiez-vous à ce moment là ?
- En les laissant faire, je me suis sentie lubrique, une vraie salope, et je crois que s’ils m’avaient demandé de me baisser pour les sucer au milieu de la rame, j’aurais été capable de le faire. Du moins, c’est ce que je me suis dit après…
- Il y a des moments où on se sent prêt à tout, n’est-ce pas ? Vous aimeriez revivre cette situation ?
- Bien sur, pourquoi pas… mais l’effet de surprise a aussi son importance !
- Il est vrai que l’imprévu est souvent très excitant… ajouta Philip très attentif à ses propos.
Il nota que Kate conjuguait à merveille ses penchants pour la maîtrise et sa capacité d’abandon quand elle se sentait en sécurité. Puis il se demanda si elle lui aurait accordé la même confiance dans une situation similaire. Il retint aussi que Kate pouvait être totalement troublée par l’attention que l’on pouvait porter à ses seins. Elle lui fit part ensuite des incidences qu’avait eu son petit message au moment où elle tentait de retrouver son calme au cinéma. Il eut un rire étouffé de satisfaction et d’amusement. « J’ai bien failli vous répondre que vous étiez un bel obsédé… mais je crois que je n’en attendais pas moins de votre part ! »
- Merci du compliment. Et l’avez-vous exécuté ?.
- Oui Philip, le soir même. Seule sous ma douche, j’ai fait exactement ce que vous m’aviez indiqué.
- Vous êtes une femme merveilleuse, Kate. J’espère que vous y avez pris beaucoup de plaisir.
- Bien entendu… mais rien ne me comble mieux qu’un beau pénis bien tendu, vous vous en doutez ! Maintenant, enchaîna t-elle, j’aimerais vous parler d’un projet. J’ignore si vous pourrez vous libérer à votre guise mais j’ai une petite proposition à vous soumettre. Voilà, dans une semaine je dois partir seule à Barcelone pour mon travail. Ma rédaction me donne quatre jours pour rapporter de belles images de la ville. Je crois que j’aimerais beaucoup que vous veniez avec moi. Qu’en dites-vous ?
- Oh ! Je vois, vous avez besoin d’un guide, n’est-ce pas ?
- Oui c’est exactement cela. Une personne de confiance qui m’orienterait dans les ruelles et les bodegas, sans oublier les bords de mer, quelqu’un qui me prendrai par la main si je m’égare. Et puis Barcelone est une grande ville et je risque de m’y sentir un peu seule, vous comprenez ?
- Je comprends très bien chère amie, votre idée est alléchante. Je vais peut-être devoir déplacer quelques rendez-vous importants, mais je pense que nous devrions y arriver.
- Je ne veux surtout pas que vous vous sentiez obligé d’accepter, vous savez. Je ne voudrais pas que cela porte préjudice à votre travail.
- Non, soyez tranquille, c’est une simple question d’organisation. Et puis qui sait ? J’aurai peut-être l’occasion de convaincre de nouveaux clients catalans !
Philip qui avait un solide sens des affaires ne voyait que des avantages à cette escapade imprévue en Espagne. Il savait d’expérience que des rencontres imprévues dans une ville en pleine effervescence économique pouvaient être synonymes de nouvelles opportunités pour les prochains salons qu’il préparait. Tout au moins l’espérait-il car il n’aurait pas beaucoup de temps pour prospecter sérieusement dans l’intervalle de temps qui lui restait avant le départ.
- Quand devez-vous partir, exactement ? Lui demanda t-il.
- Mardi matin je prendrai l’avion. Le retour est prévu vendredi.
- Très bien. Quelle chance ! Je suis très heureux que vous ayez pensé à moi, vous savez. Je vous rappellerai dès que j’aurai pu m’organiser et vous me donnerez le numéro du vol.
- Croyez-vous que j’aurais pu penser à quelqu’un d’autre que vous ?
- Vous faites de moi un privilégié, chère amie.
- J’espère à bientôt alors !
- Je vous enverrai un petit message très vite…

Quelques jours intenses

Kate resta un moment à rêver en imaginant des scènes torrides dans cette ville étrangère où personne ne les reconnaîtra. Elle se sentait tour à tour fébrile, impatiente, motivée, interrogative et impatiente. Elle songea à la tournure qu’elle voulait donner à cette relation. Elle sentait bien que de nouvelles étapes allaient être franchies. Elle allait sans doute passer quelques jours intenses avec cet homme merveilleux qui avait su la charmer avant même de la connaître, qui avait fait preuve d’audace, et qui avait aussi tendance à l’ensorceler. Elle se demanda s’il attendrait quelque chose de spécial de ce séjour. Enfin, elle tenta d’imaginer ce qu’elle ressentirait vis à vis d’Yvan quand ils se retrouveraient. Elle avait un peu peur de culpabiliser après coup, surtout si Philip continuait à lire dans ses fantasmes comme dans un livre ouvert et à lui donner des épreuves érotiques de plus en plus inconvenantes, même si elle n’était pas vraiment adepte de la culpabilité. Elle redoutait seulement d’être déstabilisée par l’emprise et le charme de Philip. Elle vit alors un début de solution à son problème. Elle réalisa qu’elle avait besoin de sentir qu’elle maîtrisait cette relation pour se sentir libre et en profiter complètement. Bien sur Philip l’avait toujours habilement laissée choisir de répondre à ses avances et à ses fantaisies, mais elle comprit tout l’intérêt qu’elle pouvait aussi retirer d’une relation plus symétrique où il y aurait la place pour ses initiatives. C’était d’ailleurs une suggestion que Chloé lui avait faite la dernière fois qu’elles s’étaient parlées. Prendre en main cette relation, oui c’était une très bonne idée.




© LD 03 2007
illustration : Barn Dog

16 Métro polisson



Ce samedi là, en fin d'après-midi, à l'heure où la ville grondait, après avoir passé un long moment entre la curiosité de lire la pile de journaux de la semaine qu'il n'avait pas eu le temps d'ouvrir, l'envie de mettre de l'ordre sur son bureau et le désir de proposer quelque chose à Kate pour terminer la journée d'une manière agréable, Yvan s'était finalement décidé à consulter les programmes de cinéma. Il avait hésité entre le dernier Almodovar et le nouveau Woody Allen. Parce que Kate adorait Woody. Mais lui le trouvait trop répétitif. Finalement ils réussirent à s'entendre sur le Lynch, et tant pis si une fois encore, ils en sortent déboussolés pour un bon moment.

Un peu transparent
Kate avait passé la moitié de l'après-midi dans les boutiques du quartier. Elle connaissait de nombreuses vendeuses et allait de temps en temps leur rendre une visite amicale, même quand elle n'avait besoin de rien. Cette fois-ci, elle était tout de même revenue avec un nouveau chemisier blanc Anne Fontaine, particulièrement élégant et totalement indémodable (en tout cas c'est ce qu'avait dit Bérénice et on pouvait faire confiance à Bérénice). En arrivant, elle s'était empressée de montrer à son homme comme il lui allait bien. « Bon... un peu transparent, mais tellement élégant ! » Il lui suggéra de changer de soutien-gorge pour atténuer l'effet provocant de ses dessous bordés de dentelles rouges. Elle reconnut qu'il avait raison et s'amusa à lui faire choisir les dessous qu'il aimerait la voir porter avec ce chemisier. Dans son tiroir il se pencha attentivement. Il distingua le bustier satiné couleur crème, les soutien-gorges blancs Calvin Klein invisibles, et deux coordonnés de dentelles. Il eut un peu de mal à lui indiquer sa préférence.
« On essaie avec les dentelles, pour voir ? », lui fit il.
Il l'aida en déboutonnant délicatement le chemisier, puis dégrafa le soutien-gorge qu'elle portait en faisant durer un peu le plaisir et en s'amusant à effleurer la peau de son dos d'un geste légèrement trop lent. Elle fit comme si elle n'avait rien remarqué mais lorsqu'il ajusta les bonnets sur la chair sensible de ses seins, le frottement délicatement abrasif des dentelles provoquèrent une réaction incontrôlable. Elle sentit sa poitrine durcir un peu. Yvan l'aida à passer le chemisier en se mettant derrière elle et l'attira vers le miroir. Le vêtement était parfaitement ajusté à sa taille. Le délicat voile de coton savamment taillé épousait à merveille ses courbes et ses rondeurs, et l'on distinguait en partie les dessins des dentelles qu'elle portait par dessous.
« Superbe, tu es tout simplement superbe, lui fit-il en caressant doucement ses hanches, mais si tu sors comme ça... il ne faut pas que je te quitte de l’œil !
- Tu crois ? répondit-elle en le dévisageant d'un air de défi.
- Ce sont ces arabesques et ces broderies qui attirent le regard... Voudrais-tu aussi essayer le bustier ? J’aimerais me rendre compte… »
Elle acquiesça avec une pointe de regret, mais elle voyait d'autres avantages à porter un sous-vêtement un peu moins contraignant. Lorsqu'elle fit glisser l'étoffe fluide sur son corps, elle eut une douce sensation de légèreté et de liberté.
« C'est plus sobre comme ça, fit-il, c'est plus discret... et s’il me venait l’idée de te caresser les seins, je les sentirai beaucoup mieux.
- Ah oui ? répondit-elle faussement indifférente. Et je garde mon jean ou je mets une jupe ?
- Ce jean avec le chemisier blanc, je trouve que c'est vraiment parfait. »

Au même instant, à quatre-cent kilomètres de là, Philip imaginait un nouveau supplice sensuel à faire subir à Kate et s’apprêtait à lui envoyer un message. En rejoignant la station de métro, Kate eut de nouveaux frissons d'excitation. Ils venaient encore de ses seins. D'habitude, elle n'était pas si sensible en sentant le léger frottement du tissu sur ses pointes. Sans doute que les attentions et les gestes équivoques d'Yvan devant le miroir y étaient pour quelque chose. Elle avait voulu le provoquer un peu en lui demandant de choisir sa tenue, mais c'était elle qui se sentait maintenant émoustillée.

Heure de pointe
En plus ils allaient s’engouffrer dans le métro à une heure de forte affluence. Elle devinait déjà qu’il jouerait de cette situation pour la caresser en toute impunité. Elle se prépara donc à répliquer comme il se doit à ses avances inconvenantes. Lorsqu’ils se glissèrent dans la rame bondée et malodorante, il la précéda pour tenter de trouver un espace vital suffisant. Mais son effort était vain et il dut l’attraper par la taille pour qu’elle laisse la porte automatique se refermer. Ils se retrouvèrent collés l’un à l’autre face à face sans pouvoir changer de position à cause de la pression des autres passagers. Kate sentait tout son corps pressé contre celui de son homme. Les secousses se répercutaient entre leurs cuisses, leurs ventres et leurs poitrines. A l’arrêt suivant, ils réussirent à se déplacer de quelques pas sur le côté afin de ne plus entraver le passage de ceux qui montaient et descendaient du wagon. Le tangage et le roulis de la rame eurent raison de leur équilibre précaire et ils furent précipités l’un contre l’autre à plusieurs reprises. Quand Yvan remarqua les deux formes pointues qui déformaient outrageusement le chemisier de sa femme, il feignit de n’avoir rien remarqué. Oui vraiment il avait fait le bon choix en lui demandant d’enfiler ce bustier ultra léger en dessous. « A l’occasion, il faudra même songer à lui demander de porter ce chemisier à même la peau » nota t-il. Pour achever de la troubler il profita du mouvement de son voisin pour se glisser derrière elle et l’exposer directement aux regards du bel athlète qui se trouvait en face d’elle. La manœuvre eut un premier effet sur l’afflux sanguin d’Yvan, qui se surprit lui-même de cette émotion. Il sentit soudain son rythme cardiaque accélérer, la température de son front augmenter, et sa bite commencer à durcir. Le sportif en débardeur fixa immédiatement la poitrine tendue et provocante de Kate et lui adressa un sourire aussi dévastateur que carnassier. Kate recula légèrement, comme soufflée par son affront, et détecta contre ses fesses le sexe ferme de son homme. Elle sentit une excitation descendre rapidement dans son estomac, dans ses ovaires, et remonter entre ses reins pour pomper directement toute l’énergie qu’elle avait dans les jambes. Elle eut à peine la force de retenir un toussotement en sentant sa gorge s’assécher. Yvan la poussa encore un peu plus en avant pour la coller fermement contre le type musclé. Prise au piège, elle n’avait plus aucune possibilité de résistance ou de manœuvre. Le sportif (qui semblait avoir compris le jeu d’Yvan) d’un geste très discret de la main vint effleurer ses mamelons du bout des doigts. Le geste se répéta doucement jusqu’à la station suivante. Les gros doigts du jeune homme frôlaient ses tétons de haut en bas avec une régularité si parfaitement calculée que les sensations irradiaient tout le volume de ses seins. Elle n’osait plus bouger de peur de se faire remarquer. Elle avait l’impression d’être observée par tous les voyageurs du wagon. Dans son cerveau ses idées se bousculaient et elle fut prise d’un début de panique. Derrière elle, Yvan faisait varier la pression de sa bite contre son jean moulant au gré des flux et des reflux de la marée humaine. Sa culotte était en train de s’inonder délicieusement. Elle se mit à espérer que le costaud descende de la rame le plus tôt possible tellement elle se sentait lubrique et honteuse de se laisser frotter entre deux hommes au milieu d’un métro. Mais l’athlète ne bougeait pas. Elle fit ce qu’elle put pour masquer ses émotions, se mit à regarder ailleurs, à lire les consignes de sécurité, à décrypter les publicités, à essayer de penser à autre chose, mais rien n’y faisait. La rame avait redémarré. Et il restait quatre arrêts à parcourir. Le costaud s'enhardit et commença à pincer légèrement ses pointes : elle prit comme une décharge électrique dans tout le haut du corps, jusque dans l'arrière du cou. Elle aurait voulu se retourner. Elle aurait voulu s'enfuir et disparaître tellement la situation lui semblait inacceptable. Mais sa volonté ne pesait pas lourd en face de son plaisir, ce plaisir et cette chaleur qui ordonnaient à tout son corps de continuer à se faire toucher comme une fille facile au milieu de ce wagon fétide et surchargé. « Quel goujat, se dit-elle, si je le laisse continuer, il serait capable de mettre la main dans ma culotte. Yvan, je t'en prie, arrête-le ! » Mais Yvan comptait bien lui aussi lui faire subir cette odieuse épreuve jusqu'à leur arrêt. Il se mit même à songer qu'avec un peu de chance, le beau costaud les accompagnerait au cinéma. A ses effleurements avaient succédé des pressions plus larges de la paume de la main, des englobements plus voluptueux qui avaient permis à Kate de retrouver une tension nerveuse un peu plus supportable. La durée de ce semblant de répit avait été courte. A présent il lui triturait les seins sans vergogne, en froissant sévèrement le tissu de son chemisier. Et il pouvait se permettre de la tripoter comme il voulait : un voyageur en transit masquait ses gestes au reste de la foule avec son énorme sac à dos. Elle n'avait plus qu'à se résoudre à patienter encore deux arrêts pour échapper à ces tripotages. C'est à cet instant qu'elle sentit la main d'Yvan se faufiler jusqu'à son entrejambe et un de ses doigts venir gratter le tissu de son jean à l'emplacement exact de son clitoris. Cette fois, c'en était trop. Elle renversa la tête en avant, en fermant les yeux et se mordant la lèvre inférieure. Une onde chaleur irrigua sa chatte à la manière d'un ouragan. Un rictus de bonheur déforma brièvement les jolis traits son visage. Elle sentit sa poitrine se gonfler sous le soulèvement d'un spasme. Puis elle eut un bref bourdonnement dans les oreilles. En arrivant au dernier arrêt, elle avait abandonné toute forme de pudeur et se sentait seulement prête à se faire trousser n’importe où par n’importe qui et aussi rapidement que possible.

Chamailleries et remerciements

Yvan la prit par la main et la dirigea vers l'escalier roulant au bout du quai. A l'air libre elle commença à retrouver sa lucidité. Ils arrivèrent rapidement dans la salle de cinéma. Elle put enfin s'asseoir. La lumière s'éteignit et ils échangèrent quelques mots sur un ton faussement chamailleur à propos de ce qui venait de se passer. Yvan était tout à fait conscient que Kate avait trouvé la situation aussi incongrue qu'excitante, mais il était loin d’imaginer qu’elle avait perdu la tête à ce point là. Il s'attendait donc à quelques remontrances simulées de sa part qui ne seraient qu'une manière indirecte de le remercier de ce moment insolite. Tous deux aimaient ce genre de petits jeux, cette forme de pudeur qui leur faisait préférer une fausse chamaillerie à un pâle remerciement, et chacun considérait cette habitude comme une marque de complicité.
La musique de fond s'arrêta et l'écran s'illumina. Elle s'enfonça un peu dans son siège. Comme à chaque fois qu’ils regardaient les publicités, ils éclatèrent de rire à plusieurs reprises. En général ils étaient les seuls à les trouver drôles et il n’était pas rare que leurs voisins les prennent pour des hurluberlus ou des débiles légers, ce qui bien entendu avait pour conséquence de les faire rire de plus belle. Ils riaient de bon cœur sous l’effet de surprise des publicités parce qu’ils n’avaient plus de télévision chez eux depuis longtemps. Ils découvraient donc les publicités malgré eux quand ils allaient au cinéma. Et alors que la plupart des autres spectateurs attendaient le film et semblaient juger les spots publicitaires comme une pure perte de temps, eux les attendaient toujours avec une certaine gourmandise et les prenaient comme une partie du spectacle. Quand les spots étaient ingénieux ou drôles, ils s’en amusaient comme des enfants. Quand ils étaient ridicules, grossiers ou ennuyeux, ils s’en moquaient ouvertement.

Kate pensa à éteindre son téléphone avant le commencement du film et le chercha dans son petit sac. Elle vit qu’un message lui était adressé. Elle regarda discrètement et lut : « Puisque vous aimez m’offrir votre postérieur, avant de vous endormir vous y enfoncerez deux doigts en pensant à moi. Recevez mes hommages. P. »
La main tremblante, elle arrêta son appareil et l’enfourna au fond de son sac. L’obscurité masquait la rougeur de son visage. Elle se sentit si troublée qu’elle éprouva un besoin de se rassurer et de se rapprocher de son mari. Le film avait commencé mais elle ne parvenait pas encore à suivre les images qui brillaient sur l’écran. Yvan brièvement jetait des petits coups d’œil dans sa direction. Il avait deviné que son trouble était loin d’être dissipé après la sortie du métro. Kate agitait une main nerveuse sur la jambe de son homme sans avoir l’air de s’en rendre compte. Elle tentait de se détendre en respirant profondément. Elle réussit à se sentir un peu plus apaisée. Yvan avait l’air de s’intéresser au film mais elle éprouva un besoin si grand de retrouver ses forces qu’elle ferma ses paupières pour ne plus suivre l’histoire qu’au moyen du son des dialogues et de la musique en longues notes inquiétantes et hypnotiques de Badalamenti. Elle se laissa bercer un long moment en posant sa tête sur l’épaule d’Yvan. Cette position confortable lui permettait d’être au contact de son odeur, de sa chaleur et de ses battements de cœur. Elle sombra rapidement dans le sommeil. Dans un rêve elle vit une femme blonde, qui avait la voix de l’actrice du film. Elle était dans un train qui filait rapidement à travers les tunnels en direction de l’Italie. La femme avait une attitude provocante et se penchait en montrant ses seins au passager qui se trouvait en face d’elle et qui la regardait avec envie. Le passager avait le visage de Philip.

Juste un rêve

Kate se réveilla en sueur, le cœur affolé. « Où suis-je ? » demanda t-elle en rouvrant les yeux. Elle sentit qu’elle avait mal ou cou en tentant de se redresser. Yvan lui caressa les cheveux et lui adressa comme à une enfant quelques mots pour la tranquilliser. « Je suis là, tu as juste fait un rêve… »
Elle cligna des yeux et frotta le bord de ses paupières.
« J’ai l’impression que tu as manqué un petit morceau du film ma chérie… » ajouta t-il.
- Oh, Oohh… fit elle longuement en baillant, j’ai eu un sacré coup de pompe. Est-ce que j’ai tout raté ?
- Non, disons une bonne moitié…
- J’ai fait un drôle de rêve…
- Chttt… ! l’interrompit Yvan, tu me raconteras tout ça plus tard. On va enfin savoir si…
- Hein ?
- Non rien… chut !

Certes, Kate avait raté la moitié du film, mais à présent elle était en grande forme. Elle savourait tout les bienfaits de sa sieste en essayant de comprendre quelques bribes de dialogues entre les personnages. Puisque ses efforts étaient vains, elle décida de s’amuser avec son homme comme il s’était joué d’elle pendant le voyage. Après tout, il méritait bien une revanche. Tranquillement elle caressa le ventre de son homme, puis dégrafa un bouton de sa chemise pour aller au contact direct de sa peau. Doucement elle effleura son épiderme sensible sur les côtés et autour de son nombril. Il fut un peu surpris mais la laissa continuer sans résister. Ensuite, elle déboutonna son pantalon pour saisir délicatement son sexe à travers son slip. Elle connaissait sa réceptivité aux caresses qu’elle lui infligeait parfois au travers du coton élasthanne moulant de ses boxers. Elle mourait d’envie de sentir le contact direct de sa peau mais elle voulait lui rendre la monnaie de sa pièce. Elle avait été surchauffée et surexcitée par ses manœuvres… il allait devoir payer à son tour. A travers le sous-vêtement, son pouce vint chatouiller son gland déjà volumineux. Ses gestes minuscules mais parfaitement ciblés ne tardèrent pas à provoquer les premiers signes extérieurs de troubles chez son homme.

Il chercha une position un peu plus confortable à cause de la pression qu’il ressentait dans les testicules. Il aurait voulu quitter son pantalon, ou au moins le baisser, mais rien ne lui aurait permis de cacher son état débraillé s’ils avaient été surpris par leurs voisins. Kate sentit que le tissu était devenu humide à l’endroit précis où son pouce allait et venait. Elle imaginait lorsqu’elle exécutait ce geste que son homme devait ressentir ce délicieux mélange de douceur et de brûlure qu’elle connaissait lorsqu’elle caressait son clitoris d’un ou deux doigts insuffisamment humides. Elle savait qu’Yvan ne supporterait pas indéfiniment ce petit massage parce qu’il pouvait devenir douloureux. Mais Kate préférait guetter ses signes d’impatience et continuer jusqu’à ce qu’il atteigne ses limites. Le gland lui semblait prêt à exploser à tout moment. Elle sentait qu’il était dur et chaud. Allait-elle parvenir à le faire jouir de cette seule caresse du bout des doigts ? Il lui faudrait certainement un élément de surprise supplémentaire pour cela ; un élément déclencheur, un détonateur en quelque sorte. « Maintenant qu’il est à point se dit-elle, j’ai bien envie de l’achever. »

Mais Yvan qui semblait avoir lu dans ses pensées se tourna vers elle et lui montra qu’il voulait lui aussi la toucher. Elle repoussa lentement sa main et s’accroupit discrètement entre les deux rangées de sièges pour se placer entre ses jambes. Elle dut interrompre ses caresses pour tirer sur le pantalon et descendre le sous-vêtement d’Yvan. Puis elle approcha sa bouche de ses couilles soudain libérées pour les cajoler, les embrasser, les lécher un peu, et finalement les gober tour à tour avec la plus grande douceur. De ses deux doigts, elle réitéra ses caresses diaboliques sur la pointe de son gland devenu turgescent. Elle n’arrêterait le mouvement qu’au moment où elle sentirait les prémices des contractions rédemptrices frémir dans les boules qu’elle chahutait joyeusement. Yvan jouit en silence, profondément et puissamment. La douce brûlure à l’extrémité de sa pine devenait félicité, bonheur, lumière. Les doigts de fée de Kate avaient provoqué des merveilles. Il éjacula sur sa chemise, sur le fauteuil et sur les mains de sa délicieuse branleuse. Dans un soulagement de rêve, il aurait aimé arroser toute la salle et même l’écran tant son plaisir était complet. Kate qui l’observait en souriant grâce aux reflets de lumière de l’écran se léchait goulûment la main en attendant qu’il donne les premiers signes d’apaisement. Puis elle enfonça entièrement son sexe provocant et majestueux dans sa bouche, comme pour le féliciter et le calmer. Elle le garda quelques instants entre sa langue et son palais pour en ressentir tout le volume le goût et la chaleur. Lentement, le membre perdait son volume et laissait s’écouler les dernières gouttes de ses précieux nectars. Yvan lui fit un geste du bras pour lui indiquer que le film était sur le point de se terminer. Il eut tout juste le temps de remonter son pantalon, les lumières de la salle les éblouirent violemment.

Idées d’un soir

A cet instant dans l’esprit de Kate, germa une première idée, puis une deuxième. D’abord elle trouva l’utilisation qu’elle souhaitait faire du magnifique carnet que Nausicaa lui avait offert. Elle l’utiliserait comme recueil de pensées bienveillantes et amoureuses et elle le partagerait avec Yvan. L’idée du journal à quatre mains leur avait effleuré l’esprit par le passé, mais elle ne convenait pas à leur façon de communiquer. Le concept du recueil lui semblait offrir toute la liberté dont chacun aimait disposer.
L’autre idée qui lui vint en se relevant d’entre les genoux de son bienheureux mari était bien plus audacieuse, et révélait les aspects les plus malicieux de sa personnalité : elle eut envie de raconter à Philip ce qu’elle avait vécu dans le métro. Elle se dit qu’il apprécierait sûrement cette petite confidence en marque de complicité, et qu’ainsi il la connaîtrait un peu mieux.

Ce soir là, en prenant sa douche, Kate pensa à s’enfoncer deux doigts entre les fesses, comme Philip le lui avait demandé. Après s’être séchée, elle se parfuma pour Yvan avant de le rejoindre et elle réalisa qu’elle avait eu une pensée pour ses deux hommes le plus naturellement du monde...


© LD 02 2007

illustration : Steve Hanks

15 Jogging


Généralement le samedi matin ils chaussaient leurs New Balance pour une heure trente de jogging. Ils changeaient de parcours selon la saison. De cette façon, ils avaient exploré la plupart des espaces verts et des parcours de la ville. Les buttes Chaumont, le bois de Boulogne, les bords de Seine et les jardins du Luxembourg n'avaient plus de secrets pour eux. Ils avaient pris cette habitude ensemble depuis deux ans, depuis que Georgio avait été sermonné par son cardiologue. C’était la trouille de l’infarctus qui le faisait cavaler. Et comme il avait besoin d’un partenaire pour courir, c'est à Yvan qu'il avait demandé.

Leurs sujets préférés

Cette petite séance hebdomadaire était devenue un moment très privilégié pour eux. Ils en profitaient généralement pour parler de leur travail. Georgio qui dirigeait une société de construction commençait à partager la plupart des préoccupations écologiques d’Yvan et commençait à envisager de s’orienter dans le business des énergies renouvelables. Mais les sujets qui finissaient habituellement à mobiliser leurs énergies et leurs attentions, c’était ceux qui se rapportaient aux femmes.
Georgio était plutôt du genre chaud. Yvan le considérait un peu comme son expert en dévergondage. En vérité c'était le plus grand fornicateur de tous les hommes qu'il connaissait. A dix-sept ans à peine, il s'envoyait fréquemment les amantes de son père. A dix-huit, il faisait son entrée dans les clubs libertins avec une fille âgée de dix ans de plus que lui. A vingt-cinq, il avait testé quasiment tous les camps naturistes d'Europe. En dehors de ses heures de travail (et fréquemment pendant) il consacrait ses loisirs au sexe sous toutes ses formes, notamment les plus débridées. Il considérait ce domaine comme un vaste terrain d'exploration. Fétichiste sur les bords, curieux et jouisseur par nature, il mettait un point d'honneur à tenter toutes les expériences. Cette consommation quasi maladive de sexe avait souvent inquiété son entourage mais lui-même se considérait simplement comme un amateur un peu plus actif que la moyenne. C'était pourtant le genre de type qui n'avait jamais pu se contenter d'une seule femme à la fois. A déjà quarante ans bien sonnés, il était resté dans l'état d'esprit d'un adolescent en proie à ses pulsions hormonales.
Yvan connaissait parfaitement ses mœurs et dès le début de leur amitié il ne lui avait pas caché que ses habitudes de Dom Juan partouzeur lui paraissaient un peu excessives. Georgio avait l'habitude de répondre avec son solide accent basque que ses origines y étaient sans doute pour quelque chose.
Cette fois-ci, Yvan lui parla un peu de Kate et de Nausicaa. En contournant le kiosque et la petite fontaine les deux hommes se retournèrent sur les silhouettes de trois joggeuses souriantes et séduisantes à souhait. Cela changeait des étudiantes américaines à demi obèses, des jeunes cadres body buildés et des homos dingues de leurs corps en tenue lycra. Yvan lui fit part du plaisir qu'il avait eu en observant sa femme faire jouir Nausicaa avec de très savantes caresses. Georgio avait voulu avoir des détails mais Yvan était trop pudique pour placer la conversation sur ce terrain-là. Ce qu'il voulait, c'était l'avis d'un autre homme. La grande question qu'il se posait depuis longtemps, c'était de savoir si « elles étaient comme eux » dans leurs désirs.
« Toi, lui fit Yvan, tu as besoin de connaître sans cesse de nouvelles nanas, tu as ça dans le sang. Bien que tu sois certain d'être capable de séduire presque n'importe quelle femme qui te plait, tu as toujours envie de continuer. Je te connais depuis longtemps, et j'arrive assez bien à te comprendre. Mais à ton avis, certaines femmes ont-elles la même attitude ? En as-tu déjà rencontré ? »
Ils s'arrêtèrent pour faire une première série d'étirements sur l'herbe fraîchement tondue.


« Tu n'y es pas, mon ami, fit Georgio débonnaire, ce n'est pas séduire les femmes qui m'intéresse tellement. Je m'en fous pas mal qu'elles pensent de moi que je suis beau ou gentil ou même que je suis un mec bien monté. Moi, ce qui me rend fou c'est de savoir comment elles sont quand elles jouissent, de savoir si elles crient, comment est leur chatte, si ce sont de bonnes baiseuses, ce qu'elles sont prêtes à faire, tu vois ? Il n'y en a pas deux pareilles, j'ai besoin de les toucher, de les goûter, c'est tout. Alors ce que je crois, c'est qu'il y a deux sortes de femmes. Il y a celles qui aiment ça, et il y a celles qui aiment ça et qui le font. Celles qui ont découvert le plaisir, crois-moi mon vieux, que ce soit à quinze ans, à trente ans ou à soixante ans, elles y sont accro. Tu sais, ajouta t-il avec une pointe de gravité, l'orgasme féminin est quelque chose qu'on ne peut même pas imaginer. Des psy disent que c'est au moins dix fois plus intense que pour nous. Alors certaines le reconnaissent et vivent avec cette possibilité de jouir et d'autres s'en donnent les moyens, voilà tout ! »
Yvan terminait sa troisième série de roulement de bassin quand il ajouta :
« C'est un peu court comme explication. Qu'en déduis-tu sur leurs comportements ?
- Qu'elles sont exactement comme nous ! Elles ne pensent qu'à ça. Il suffit juste de gratter un peu le vernis, et la plupart du temps tu découvriras une folle du cul !
- Admettons, mais il y a aussi de la misère sexuelle, des femmes malheureuses, celles qui n'ont pas de partenaires. Le célibat est en augmentation, et puis il y a des femmes battues...
- Ca n'empêche qu'elles y pensent tout autant. Une bonne partie des femmes n'osent pas montrer clairement qu'elles en raffolent. C'est une question d'image, d'éducation. Elles ont peur de passer pour des salopes, des femmes faciles, des putes, quoi. Mais tu peux me croire, lorsqu'elles se sentent en confiance, elles n'hésitent pas à en redemander. »
Ils étaient repartis en sens inverse à une allure plus soutenue. Les chemins de graviers blancs étaient maintenant envahis par d'autres joggeurs un peu plus tardifs et il fallait parfois se rabattre l'un derrière l'autre pour les croiser. Il commençait à faire chaud, Yvan ajusta sa visière parce qu'il avait le soleil dans les yeux.

Que penses-tu de Kate ?

« Tu as sûrement raison, reprit-il. Puis il ajouta : Que penses-tu de Kate ?
- On se connaît assez pour que je te dise que ta femme est bien baisée. Cela se voit tout de suite ! Elle a la démarche souple, elle respire la santé, elle est belle et désirable. Tu es un sacré chanceux, mon vieux !
- Je le sais bien... Mais est-ce qu'elle ne pense qu'à ça à ton avis ?
- Sans vouloir t'offenser... c'est évident. Pourquoi te demandes tu ça ? Tu en doutais vraiment ?
- Non. Disons que oui elle aime faire l'amour, c'est sur. J'essaie d'être attentionné avec elle. Je l'aime, tu le sais bien. Alors je me dis que c'est surtout ça qui la rend belle. »
Il dégrafa sa gourde et but quelques gorgées sans s'arrêter de courir.
« Tu touches à l'essentiel mon ami, lui répondit Georgio, évidemment si une femme est bien baisée et qu'en plus elle est aimée et sincèrement chérie, elle ne peut être que rayonnante !
- C'est flatteur de ta part, mais ça ne répond pas entièrement à ma question. Si selon toi elles aiment tellement le sexe, qu'est-ce qui retient Kate d'être comme toi ? Je veux dire séductrice invétérée. Le dom-juanisme serait-il un phénomène seulement masculin ?
- Bien sur que non. A mon avis, à ce que j'ai pu observer... il y a des femmes qui ont besoin d'appartenir à un seul homme. C'est une part importante, c'est vrai. Et puis il y a celles à qui ça ne convient pas. Et ce sont celles que je préfère, ajouta t-il en souriant.
- Je suis tout à fait d'accord avec ça. Et je crois que l'on peut dire la même chose des hommes : il y a ceux qui se sentent très bien en restant fidèle de vingt ans à la mort, et ceux qui ne pourront jamais supporter cette exclusivité.
- La vie de couple n'est pas faite pour tout le monde, ironisa Georgio.
- Pourquoi ça ? »
Les deux hommes venaient d'arriver au parking où Georgio avait garé son Alpha 159 2.2 JTS, (une italienne à la pointe de la technologie qui exprimait avec élégance la puissance, la robustesse et le dynamisme). Yvan allait rentrer à pied en traversant la zone piétonne.
« Je veux dire par là que le mariage préconise la fidélité... précisa Georgio en ouvrant le coffre de son nouveau joujou.
- C'est exact. Mais les couples restent libres d'adopter le style de vie qui leur convient, tu ne crois pas ?
- En théorie, oui, mais c'est rarement le cas, il me semble.
- C'est vrai, la plupart des gens sont peu inventifs, mais les apparences sont parfois trompeuses !
- Où est-ce qu'on se retrouve la semaine prochaine ?
- Au Luxembourg ? Il commence à y avoir moins de touristes.
- Tu passes me prendre à la maison vers huit heures ?
- Ok, fit Georgio en démarrant. Mes amitiés à Kate ! »


© LD 2007
illustration : David Lachapelle

14 Ce désir de partage


« Allo Chloé ?
- C’est toi Kate ?
- Oui ! Comment vas-tu ?! Je ne te dérange pas ?
- Au contraire ! Je viens tout juste de sortir de mon bain.
- Et moi je prends mon petit déj’, s’amusa Kate. Je voulais te proposer de venir nous rendre visite avec ton copain. Et puis j’avais aussi très envie de te parler alors…
- Bonne idée ! J’en avais parlé à Elioth. Il est très curieux de connaître mes amis. Je suis certaine qu’il va vous plaire.
- Alors ça vous tenterait le week-end prochain ? On pourrait manger ensemble, et ensuite on sortira voir une pièce ou au cinéma…
- C’est parfait ! Alors que t’arrive t-il ma chérie ? Y aurait-il du nouveau avec le beau Philip ? Est-ce qu’il t’aurait tourneboulé celui-là ! »

Chloé qui connaissait bien Kate avait deviné au ton qu’elle avait employé qu’elle avait sûrement quelque chose de confidentiel à lui raconter.

« Non… ce n’est pas ce que tu crois, fit Kate en brisant sa biscotte au blé complet.
- L’as tu revu après mon coup de fil de l’autre fois ?
- Euh… Oui une fois. Il était de passage à Paris, fit-elle timidement.
- Waoh ! Tu as osé faire ça ?
- Oui et… il est assez spécial. Enfin je veux dire spécial dans le bon sens du terme, tu vois ?
- C’est à dire ? s’inquiéta Chloé.
- Et bien dans le sens original, imaginatif…
- …mais qu’avez-vous donc fait tous les deux ? questionna Chloé avec un brin de gourmandise.
- Il s’est très bien occupé de moi. Pour cela il est plutôt doué ! Mais le plus troublant, c’est sa façon d’aborder les choses, je trouve. Il me fait des surprises. Et puis il m’a proposé une sorte de règle du jeu. Tu vas peut-être trouver ça un peu bizarre, mais je trouve ses idées vraiment excitantes. »

Chloé l’interrompit : « Est-ce que c’est lui ou bien ses idées qui t’excitent tellement ? »
« Ca doit être un peu des deux…
- Et quelle est cette règle du jeu ?
- Il m’a demandé si j’étais prête à le suivre dans ses fantasmes, plus ou moins. De temps en temps il me propose quelque chose, mais je suis libre de refuser. »

Expériences insolites

Kate s’apercevait qu’elle avait un peu de mal à expliquer clairement le contrat qu’elle avait conclu avec Philip, mais Chloé n’avait pas besoin d’une grande explication. Elle savait que Kate avait tendance à être attirée par les expériences un peu insolites, tout spécialement quand il s’agissait de sexe. Ce qu’elle soupçonnait moins était la tournure que prenait leur relation.

« Kate, je me demande ce qui ne te plairait pas…
- Ma chérie tu exagères ! répondit-elle en reposant son jus d’orange.
- Tu n’as pas peur qu’il t’embarque dans des plans tordus ?
- Non ce n’est pas un malade, rassure-toi. Un peu obsédé, mais pas tordu ! J’avais envie de t’en parler parce que je suis partagée. Cela me fait un peu peur qu’il me propose des délires inattendus, mais tu ne peux pas savoir comme en même temps ça me plait. C’est très excitant de savoir qu’un homme pense à toi, qu’il te prépare quelque chose pour te surprendre, pour te procurer des plaisirs inattendus, ou qu’il t’oblige à porter quelque chose de spécial secrètement, juste pour lui… Je sais bien qu’il a une sorte d’emprise sur moi. Il est habile. J’admire son intelligence. J’ai parfois l’impression qu’il pourrait faire ce qu’il veut de moi. Quand j’ai accepté son jeu, cela me plaisait de me sentir comme une souris dans les griffes du chat. Mais je ne me prête qu’à son jeu… pas à lui. Même si c’est un partenaire talentueux, et qu’il est beau comme un dieu !
- Je te comprends ! Ca me ferait la même chose. Mais alors, qu’est-ce qui te pose un problème ? questionna Chloé en abandonnant son peignoir.
- Tu te doutes bien qu’Yvan n’est pas au courrant. Pour moi c’est la saule ombre au tableau. Cela m’ennuie un peu de faire ça sans qu’il le sache. Tu sais que nous sommes un couple assez libre. Nous nous sommes toujours fait confiance. Tu sais comme je tiens à lui. Je l’aime beaucoup. Alors je te ne te dirais pas que j’éprouve des remords, mais je me pose des questions.
- Quel genre de questions ? fit Chloé en s’admirant dans le grand miroir de l’entrée.
- A ton avis, est-il normal d’avoir en vie d’accepter ce genre d’aventure quand on est dans ma situation ? Yvan est génial avec moi. On est vraiment bien tous les deux. Tu le sais… c’est l’homme de ma vie. Mais quand un homme me plait je ne résiste pas. J’ai besoin de ça, j’ai toujours envie de plaire, de séduire. C’est vital pour moi. La différence maintenant c’est que Philip s’occupe vraiment bien de moi, tu comprends ? »

A ce stade de la conversation Kate sentait qu’elle n’oserait pas aller beaucoup plus loin avec Chloé sur ce sujet. Elle ne voulait pas aborder la question des sentiments. Elle lui faisait confiance, là n’était pas le problème, mais elle savait qu’elle aurait du mal à comprendre qu’elle puisse avoir une relation de complicité ou disons un attachement érotico-amical avec un amant sans trahir l’amour qu’elle avait pour son mari. Chloé n’avait jamais su bien comprendre que l’on puisse aimer, même différemment, plusieurs personnes à la fois. Elle était assez exclusive dans ses relations avec les hommes. Puis elle termina son café au lait.

L’appartenance

« Tu es trop gourmande ma belle, lui répondit Chloé. Fais juste attention à l’indigestion ! Et si cela t’ennuie tellement vis-à-vis d’Yvan, c’est peut être simplement parce qu’il ne te surprend plus suffisamment.
- Donc tu crois que je devrais lui en parler ?
- Franchement je connais peu de maris qui accepteraient que leur femme ait une relation telle que celle que tu as avec un autre homme, lui expliqua Chloé d’un ton presque professoral. Il n’y va pas de main morte ton Philip. Mets-toi un instant à sa place : je sais bien qu’Yvan n’est pas spécialement jaloux mais il semble y avoir une telle connivence entre toi et Philip ! Il ne serait pas anormal qu’il ait l’impression que tu ne lui appartiennes plus tout à fait.
- Il s’agit exactement de cela : lui appartenir. Il a toujours su que je ne lui appartiendrais jamais tout à fait. Nous en avons souvent parlé. Il l’accepte très bien. Et c’est aussi pour cette raison que je tiens tellement à lui.
- Au fond, tu aimes la liberté qu’il te laisse… et tu te sens un peu coupable d’en faire usage.
- C’est un peu ça, oui ; si tu veux.
- Sans vouloir être indiscrète, ajouta Chloé en fouillant dans son tiroir à sous-vêtements, comment te sens tu quand tu retrouves Yvan après avoir vu Philip ?
- Quand je suis revenue hier soir, je t’avoue que j’avais très peur qu’il devine. Je suis rentrée tard, je ne portais aucun dessous, je venais de jouir comme une folle à l’hôtel pendant une heure… Je me disais qu’il verrait forcément quelque chose, même s’il ne disait rien. Mais il m’attendait en ayant préparé le repas et il a été adorable. On a même fait l’amour avant d’aller se coucher. Alors pour te dire franchement, quand je suis avec lui je me sens tellement bien que je n’arrive pas à regretter quoi que ce soit.
- Finalement, je ne vais rien mettre en dessous non-plus aujourd’hui. Et lui ? Lui arrive t-il de te parler d’autres femmes ?
- Oui c’est arrivé. La dernière fois c’était quand nous étions en vacances à Annecy. Il avait eu une aventure un soir avec une femme passablement esseulée. Son grand cœur lui avait joué un tour. Le lendemain il m’a dit qu’il n’était pas très fier de lui.
- Crois-tu qu’il y a eu d’autres femmes ? demanda t-elle en examinant sa collection de robes dans sa penderie.
- Je ne pense pas. Il n’est pas trop dragueur tu sais. »

En prononçant ces mots, Kate se disait pourtant qu’il était séduisant, qu’il aimait la compagnie des femmes et que c’était naturel. Mais surtout elle ne cherchait pas à tout savoir de ses connaissances, de ses amis, de ses collègues ou des rencontres qu’il faisait quant il voyageait. Parce qu’elle aurait trouvé ça sinistre et déplacé. Puis, elle lécha la cuillère de miel et précisa : « Je n’ai rien remarqué dans son attitude, mais cela ne me surprendrait pas outre mesure qu’une nana un peu entreprenante réussisse à le convaincre pour un petit cinq à sept !
- Je ne saurais pas trop te conseiller, reprit Chloé. Je me dis que le plus important pour toi comme pour lui, c’est que vous soyez bien ensemble. Il ne faut peut-être pas compliquer les choses.

Ce désir de partage

- Si seulement je pouvais savoir comment il prendrait ça… soupira Kate, j’adorerais qu’il puisse partager cette aventure.
- … Alors tu la partages avec moi. Les amies sont là pour ça ! (« Je vais mettre la beige, décida t-elle, c’est pas trop salissant si on s’assied dans l’herbe »)
- Tu as raison : le couple n’est sans doute pas fait pour ça.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis plutôt d’avis qu’il faut procéder par étapes.
- C’est une excellente idée. L’autre fois, c’est exactement ce qu’il a fait. Je ne t’ai pas raconté : il a réussi à ramener une étudiante à la maison. Elle est du quartier. Elle nous avait surpris un soir en train de nous envoyer en l’air sous un porche. Sous son porche, en fait, indiqua Kate. Quelque temps après il l’avait recroisée. Et bien figure-toi qu’il a fait sa connaissance et qu’il l’a invitée chez nous. Il m’en a parlé, il ne m’a même pas caché qu’il la trouvait jolie, alors bien sur j’étais curieuse de faire sa connaissance. Quand elle est arrivée chez nous, j’ai carrément fondu.
- Ne me dis pas que…
- Si, enfin… un peu. On s’est caressés en fait. C’était vraiment génial.
- Tous les trois ?
- Lui est resté assez sage vis-à-vis d’elle, mais moi un peu moins ! Mais je ne vois vraiment pas comment je pourrais parler de Philip à Yvan. Et encore moins lui présenter…
- Je vais y réfléchir aussi. On trouvera peut-être quelque chose ! Il va falloir que je te quitte, mon doudou va arriver et on doit partir faire un pique-nique !

En reposant le combiné, Kate observa les dernières brumes se déchirer sous l’arrivée des rayons solaires. L’automne semblait s’installer lentement dans les feuillages des tilleuls. Il allait encore faire doux. Yvan était parti courir comme souvent avec son vieux copain Georgio.




© LD 2006-2007
Illustration : Nathalie Picoulet "L'eau Vive"

13 Homme sweet homme

En descendant les marches devant l’hôtel, elle avait clairement senti que les chairs de son cul auraient besoin de quelques heures pour retrouver leurs sensations normales. En marchant sur le trottoir, son esprit était incapable de se concentrer sur autre chose que ça. Il venait de lui octroyer une mémorable pénétration anale. Progressive, lente et puissante, fabuleuse. Elle avait bien cru devoir lui demander de limiter ses ardeurs, mais il s’était révélé si habile sodomite qu’à la fin, elle aurait aimé qu’il continue encore pendant des heures …

Malheureusement le temps leur était compté et elle s’était mise à espérer qu’ils disposeraient bientôt d’une plage horaire plus confortable pour profiter de leur ensorcelante entente charnelle. Philip l’avait gentiment accompagné jusqu’à la station de métro qui la mènerait directement chez elle. Il l’avait quitté en la félicitant pour le moment exquis qu’elle lui avait offert et en lui promettant de lui donner des nouvelles très vite.

Demain elle pourrait se reposer un peu et appeler Chloé. L’autre problème qui se posait maintenant à Kate était son excitation vaginale. Malgré l’eau fraîche de la douche qu’elle venait de prendre aux Trois Colombes, malgré la nécessité d’abréger légèrement leur séance, sa chatte continuait à réclamer sa part de réjouissances. Elle se demandait si elle pourrait profiter des faveurs d’Yvan. Il faudra juste qu’elle prenne garde à ne pas lui révéler trop vite l’état de son cul.

Conversation entre filles

C’est en arrivant à l’angle de la rue du Four qu’elle avait aperçu Nausicaa un peu plus loin sur le trottoir. Elle l’avait rejointe malgré l’heure avancée pour prendre un peu de ses nouvelles. Kate avait eu envie de partager un morceau de son parcours pour avoir son sentiment après leur soirée à trois. Elles avaient du se séparer un peu rapidement le matin qui avait suivi. Et Kate aimait bien pratiquer un petit débriefing après une séance exceptionnelle comme celle-là. Non qu’elle eut douté des nombreuses satisfactions qu’avait pu éprouver Nausicaa chez eux, mais elle était curieuse de savoir comment cette adorable demoiselle formulerait cette expérience. En soi, les mots et les souvenirs faisaient aussi partie de son plaisir.

C’est à cette occasion que Kate avait remarqué qu’elle prononçait le verbe jouir avec un charmant accent lorrain. Elle disait « juir ». Leur petite conversation leur avait permis de retrouver une complicité immédiate et d’en jouer à travers quelques gestes équivoques et quelques regards ardents. Cette complicité laissait pourtant une certaine forme d’ascendance à Kate probablement à cause de leur différence d’âge et aussi peut-être, implicitement, parce qu’en tant que femme elle avait un statut que Nausicaa enviait. Par ailleurs celle-ci avait aussi été troublée, pour ne pas dire séduite, par la relation de confiance qu’elle avait pu observer dans leur couple.

De plus, Kate avait fait l’éloge de son mari en expliquant à Nausicaa ce qui l’avait tellement envoûté chez lui lorsqu’elle l’avait rencontré. Elle lui avait laissé entrevoir avec quelle délicatesse il lui avait fait la cour en vrai gentleman, comme il lui avait proposé timidement de la revoir, avec quel tact il lui avait demandé de venir la rejoindre un soir… Nausicaa avait bien perçu que c’était le genre d’homme qui savait offrir à une femme la liberté de choix et l’espace dont elle avait besoin pour s’épanouir. Cela lui avait beaucoup plu, elle aussi. Leur conversation avait du s’interrompre prématurément parce que Kate pensait qu’elle était attendue chez elle, mais elles avaient convenu de se revoir un midi pour déjeuner et discuter « entre nanas ».

Sous un nouveau jour

C’est vraisemblablement après cette conversation que Nausicaa avait commencé à envisager Yvan sous un jour nouveau. Plusieurs éléments se conjuguaient. D’abord c’était bien lui qui l’avait convaincue de faire connaissance avec sa femme et qui l’avait invitée chez eux. Par ailleurs son chéri était absent et il lui manquait beaucoup trop pour qu’elle reste sexuellement inactive. Ses copains étudiants étaient souvent immatures et maladroits mais l’idée de rencontrer des hommes plus âgés avait tendance à lui déplaire tout autant. Il ne fallait pas compter dessus. Les uns avaient tendance à confondre trop souvent sexe et exploit sportif, les autres à prendre les étudiantes pour des Lolitas idiotes ou des petites salopes prêtes à se faire payer à n‘importe quel prix pour faire n’importe quoi. Elle avait maintenant dépassé l’appréhension de son premier contact avec Yvan et se sentait rassurée. Elle était tout à fait convaincue que ce couple était sain d’esprit. Par conséquent elle s’autoriserait à profiter de cette situation aussi longtemps qu’elle en aurait envie. C’était la première fois qu’elle se trouvait dans une relation de ce genre avec un homme nettement plus âgé qu’elle et elle sentait clairement qu’il lui plaisait. Lui, se figurait-elle, ne s’était peut-être pas montré très entreprenant vis à vis d’elle, tout au moins en présence de sa femme, mais elle était certaine qu’il avait tout fait pour qu’elle se joigne à eux parce qu’elle lui plaisait. Dès les premiers instants, lorsqu’il lui avait adressé la parole, et malgré son apparente timidité, elle avait bien vu qu’il cherchait à lui plaire, à l’apprivoiser comme un petit animal craintif qui risquerait de s’enfuir au premier geste brusque. Elle avait bien vu dans le sourire de ses yeux qu’il la dévorait déjà avant même de s’apercevoir qu’il la désirait. Elle s’était même sentie flattée en présence de cet homme poli et délicat qui prenait des détours habiles pour l’inviter sans trop insister. Et bien entendu, elle ne lui avait surtout pas montré qu’elle avait été charmée…

Maintenant qu’elle devait passer la soirée avec sa camarade Mireille pour préparer leur exposé sur le statut politico-économique de Hong Kong, elle savait qu’elle aurait du mal à effacer l’image du visage de cet homme s’approchant lentement de son entrejambe. La seule et unique caresse qu’il lui avait prodiguée lors de cette incroyable soirée revenait comme une obsession. Elle s’en voulait de penser plus à lui qu’à son Ménélas, mais après tout, il n’avait pas fait trop d’efforts ces derniers temps pour lui donner de ses nouvelles, et il n’y avait pas de mal à prendre le plaisir qui se présentait à sa portée. En préparant sa salade pommes-noix, elle s’était sentie un peu amère et avait formulé le théorème selon lequel les hommes n’avaient de légitimité dans la relation qu’ils entretenaient avec leurs amantes que dans la stricte proportion où ils leur procuraient du plaisir, quelle qu’en soit la forme ou la nature, et que cette équation était parfaitement réversible.

Emoustillée par ses petites attentions

Yvan était en train de déchiffrer un article dans la version anglaise de Nature sur le clonage d’une espèce de gazelles en voie de disparition lorsque Kate lui était apparue. Il n’avait pas attendu pour commencer à goûter le poulet au curry qu’il avait cuisiné en l’attendant. Il avait deviné que c’était une semaine chargée pour elle et ne s’était pas étonné de son retour un peu tardif. Comme d’habitude il s’était illuminé en la voyant apparaître, oubliant immédiatement l’article scientifique qu’il était en train d’essayer de comprendre. Il était venu la serrer chaleureusement dans ses bras.

« Ma chérie, tu dois être fatiguée. Pose-toi vite… »
Elle fit mine d’avoir eu beaucoup d’ennuis au travail et s’excusa de son retard. Puis elle se laissa tomber dans un fauteuil. Elle savait qu’Yvan adorait s’occuper d’elle quand elle était comme ça, quand elle revenait plus tard que prévu. Parfois il lui faisait couler un bain, ou lui servait un des ses plats préférés comme le gratin aux chanterelles, le saumon à l’oseille ou la quiche aux épinards. Il s’amusait à remplir son verre en imitant les manières d’un garçon de café et l’obligeait à ne rien faire, à se laisser servir comme une reine.

Cette fois-ci, il s’était mis à ses pieds pour la déchausser délicatement, lui masser un peu les malléoles et lui caresser les mollets. Il savait parfaitement quelles sortes de plaisirs lui procuraient ces caresses attentives. Puis il lui avait réchauffé et apporté une assiette de poulet au curry qu’elle avait dégustée sans se presser. Elle n’avait pourtant pas besoin de tant d’égards pour se sentir émoustillée par les attentions de son homme. Il n’avait peut-être pas vu en débridant ses chaussures qu’elle était totalement nue sous sa jupe, mais cela n’aurait rien changé pour elle. Par dessus le marché, le curry avait fâcheusement tendance à lui fouetter le sang.

Elle évoqua sa brève rencontre avec Nausicaa juste avant d’arriver et fit part de son sentiment à Yvan. Selon elle, « la miss était vraiment une perle qu’il serait dommage de perdre de vue. » Il approuva silencieusement en préparant un dessert à base de poires, d’amandes et de glace à la vanille que lui avait appris sa mère. En l’observant elle ne put s’empêcher de lui adresser ces paroles de tendresse :

« Tu sais mon chou, tu es vraiment adorable. J’aime tellement quand tu m’accueilles de cette façon. Je me demande s’il y a beaucoup de femmes qui ont cette chance.
- Bien sûr que oui. Des tas de mecs adorent servir leur nana. Mais ils ne te l’avoueront jamais. On est trop entouré de machos. Ils préfèrent te faire croire qu’ils se la coulent douce à la maison et qu’ils ne savent pas cuisiner. Mais tout ça, on s’en fiche pas mal, tu es toujours ma princesse et il n’y a que ça qui compte ! conclut-il.
- Je ne suis pas sure qu’ils soient si nombreux, n’empêche.
- Tiens, voilà ton dessert…
- Tu sais ce que ça me fait de te voir comme ça, aux petits soins pour moi après une dure journée ?
- Ca te plait, je m’en doute bien.
- Non …
- Tu n’aimes pas ?
- Mais si, idiot ! Quand tu fais ça je perds immédiatement toute espèce de fatigue : ça me déstresse, tu n’as pas idée ! C’est mieux qu’une séance de yoga, même mieux qu’un sauna. Mais ça me plait tellement que ça m’excite. Dès l’instant où tu m’as dit de m’asseoir, quand tu m’as ôté mes chaussures, et quand tu m’as servi, je n’ai plus arrêté de penser à ça. Je mouille Yvan. Tu comprends ? Tu m’excites comme c’est pas permis quand tu me sers de cette manière. C’est comme si tu me baisais sans t’en rendre compte.
- Tu n’aurais peut-être pas du me dire ça, mon amour. Maintenant quand je vais préparer une pizza, je vais imaginer que c’est un préliminaire… »
Elle prit une nouvelle cuillérée de crème glacée vanille de Mayotte et la laissa fondre pour que le froid envahisse entièrement sa bouche et l’imprègne de son goût. Puis à sa manière féline, elle vint se coller à lui pour l’embrasser très amoureusement en dirigeant une de ses mains entre ses cuisses entrouvertes. Ce baiser vanillé n’en finissait pas. Elle avait envie de se coller à sa bouche et de ne plus la quitter jusqu’au lendemain.


© LD 2006-2007
Cliché : LD "Angélique"