« Allo Chloé ?
- C’est toi Kate ?
- Oui ! Comment vas-tu ?! Je ne te dérange pas ?
- Au contraire ! Je viens tout juste de sortir de mon bain.
- Et moi je prends mon petit déj’, s’amusa Kate. Je voulais te proposer de venir nous rendre visite avec ton copain. Et puis j’avais aussi très envie de te parler alors…
- Bonne idée ! J’en avais parlé à Elioth. Il est très curieux de connaître mes amis. Je suis certaine qu’il va vous plaire.
- Alors ça vous tenterait le week-end prochain ? On pourrait manger ensemble, et ensuite on sortira voir une pièce ou au cinéma…
- C’est parfait ! Alors que t’arrive t-il ma chérie ? Y aurait-il du nouveau avec le beau Philip ? Est-ce qu’il t’aurait tourneboulé celui-là ! »
Chloé qui connaissait bien Kate avait deviné au ton qu’elle avait employé qu’elle avait sûrement quelque chose de confidentiel à lui raconter.
« Non… ce n’est pas ce que tu crois, fit Kate en brisant sa biscotte au blé complet.
- L’as tu revu après mon coup de fil de l’autre fois ?
- Euh… Oui une fois. Il était de passage à Paris, fit-elle timidement.
- Waoh ! Tu as osé faire ça ?
- Oui et… il est assez spécial. Enfin je veux dire spécial dans le bon sens du terme, tu vois ?
- C’est à dire ? s’inquiéta Chloé.
- Et bien dans le sens original, imaginatif…
- …mais qu’avez-vous donc fait tous les deux ? questionna Chloé avec un brin de gourmandise.
- Il s’est très bien occupé de moi. Pour cela il est plutôt doué ! Mais le plus troublant, c’est sa façon d’aborder les choses, je trouve. Il me fait des surprises. Et puis il m’a proposé une sorte de règle du jeu. Tu vas peut-être trouver ça un peu bizarre, mais je trouve ses idées vraiment excitantes. »
Chloé l’interrompit : « Est-ce que c’est lui ou bien ses idées qui t’excitent tellement ? »
« Ca doit être un peu des deux…
- Et quelle est cette règle du jeu ?
- Il m’a demandé si j’étais prête à le suivre dans ses fantasmes, plus ou moins. De temps en temps il me propose quelque chose, mais je suis libre de refuser. »
Expériences insolites
Kate s’apercevait qu’elle avait un peu de mal à expliquer clairement le contrat qu’elle avait conclu avec Philip, mais Chloé n’avait pas besoin d’une grande explication. Elle savait que Kate avait tendance à être attirée par les expériences un peu insolites, tout spécialement quand il s’agissait de sexe. Ce qu’elle soupçonnait moins était la tournure que prenait leur relation.
« Kate, je me demande ce qui ne te plairait pas…
- Ma chérie tu exagères ! répondit-elle en reposant son jus d’orange.
- Tu n’as pas peur qu’il t’embarque dans des plans tordus ?
- Non ce n’est pas un malade, rassure-toi. Un peu obsédé, mais pas tordu ! J’avais envie de t’en parler parce que je suis partagée. Cela me fait un peu peur qu’il me propose des délires inattendus, mais tu ne peux pas savoir comme en même temps ça me plait. C’est très excitant de savoir qu’un homme pense à toi, qu’il te prépare quelque chose pour te surprendre, pour te procurer des plaisirs inattendus, ou qu’il t’oblige à porter quelque chose de spécial secrètement, juste pour lui… Je sais bien qu’il a une sorte d’emprise sur moi. Il est habile. J’admire son intelligence. J’ai parfois l’impression qu’il pourrait faire ce qu’il veut de moi. Quand j’ai accepté son jeu, cela me plaisait de me sentir comme une souris dans les griffes du chat. Mais je ne me prête qu’à son jeu… pas à lui. Même si c’est un partenaire talentueux, et qu’il est beau comme un dieu !
- Je te comprends ! Ca me ferait la même chose. Mais alors, qu’est-ce qui te pose un problème ? questionna Chloé en abandonnant son peignoir.
- Tu te doutes bien qu’Yvan n’est pas au courrant. Pour moi c’est la saule ombre au tableau. Cela m’ennuie un peu de faire ça sans qu’il le sache. Tu sais que nous sommes un couple assez libre. Nous nous sommes toujours fait confiance. Tu sais comme je tiens à lui. Je l’aime beaucoup. Alors je te ne te dirais pas que j’éprouve des remords, mais je me pose des questions.
- Quel genre de questions ? fit Chloé en s’admirant dans le grand miroir de l’entrée.
- A ton avis, est-il normal d’avoir en vie d’accepter ce genre d’aventure quand on est dans ma situation ? Yvan est génial avec moi. On est vraiment bien tous les deux. Tu le sais… c’est l’homme de ma vie. Mais quand un homme me plait je ne résiste pas. J’ai besoin de ça, j’ai toujours envie de plaire, de séduire. C’est vital pour moi. La différence maintenant c’est que Philip s’occupe vraiment bien de moi, tu comprends ? »
A ce stade de la conversation Kate sentait qu’elle n’oserait pas aller beaucoup plus loin avec Chloé sur ce sujet. Elle ne voulait pas aborder la question des sentiments. Elle lui faisait confiance, là n’était pas le problème, mais elle savait qu’elle aurait du mal à comprendre qu’elle puisse avoir une relation de complicité ou disons un attachement érotico-amical avec un amant sans trahir l’amour qu’elle avait pour son mari. Chloé n’avait jamais su bien comprendre que l’on puisse aimer, même différemment, plusieurs personnes à la fois. Elle était assez exclusive dans ses relations avec les hommes. Puis elle termina son café au lait.
L’appartenance
« Tu es trop gourmande ma belle, lui répondit Chloé. Fais juste attention à l’indigestion ! Et si cela t’ennuie tellement vis-à-vis d’Yvan, c’est peut être simplement parce qu’il ne te surprend plus suffisamment.
- Donc tu crois que je devrais lui en parler ?
- Franchement je connais peu de maris qui accepteraient que leur femme ait une relation telle que celle que tu as avec un autre homme, lui expliqua Chloé d’un ton presque professoral. Il n’y va pas de main morte ton Philip. Mets-toi un instant à sa place : je sais bien qu’Yvan n’est pas spécialement jaloux mais il semble y avoir une telle connivence entre toi et Philip ! Il ne serait pas anormal qu’il ait l’impression que tu ne lui appartiennes plus tout à fait.
- Il s’agit exactement de cela : lui appartenir. Il a toujours su que je ne lui appartiendrais jamais tout à fait. Nous en avons souvent parlé. Il l’accepte très bien. Et c’est aussi pour cette raison que je tiens tellement à lui.
- Au fond, tu aimes la liberté qu’il te laisse… et tu te sens un peu coupable d’en faire usage.
- C’est un peu ça, oui ; si tu veux.
- Sans vouloir être indiscrète, ajouta Chloé en fouillant dans son tiroir à sous-vêtements, comment te sens tu quand tu retrouves Yvan après avoir vu Philip ?
- Quand je suis revenue hier soir, je t’avoue que j’avais très peur qu’il devine. Je suis rentrée tard, je ne portais aucun dessous, je venais de jouir comme une folle à l’hôtel pendant une heure… Je me disais qu’il verrait forcément quelque chose, même s’il ne disait rien. Mais il m’attendait en ayant préparé le repas et il a été adorable. On a même fait l’amour avant d’aller se coucher. Alors pour te dire franchement, quand je suis avec lui je me sens tellement bien que je n’arrive pas à regretter quoi que ce soit.
- Finalement, je ne vais rien mettre en dessous non-plus aujourd’hui. Et lui ? Lui arrive t-il de te parler d’autres femmes ?
- Oui c’est arrivé. La dernière fois c’était quand nous étions en vacances à Annecy. Il avait eu une aventure un soir avec une femme passablement esseulée. Son grand cœur lui avait joué un tour. Le lendemain il m’a dit qu’il n’était pas très fier de lui.
- Crois-tu qu’il y a eu d’autres femmes ? demanda t-elle en examinant sa collection de robes dans sa penderie.
- Je ne pense pas. Il n’est pas trop dragueur tu sais. »
En prononçant ces mots, Kate se disait pourtant qu’il était séduisant, qu’il aimait la compagnie des femmes et que c’était naturel. Mais surtout elle ne cherchait pas à tout savoir de ses connaissances, de ses amis, de ses collègues ou des rencontres qu’il faisait quant il voyageait. Parce qu’elle aurait trouvé ça sinistre et déplacé. Puis, elle lécha la cuillère de miel et précisa : « Je n’ai rien remarqué dans son attitude, mais cela ne me surprendrait pas outre mesure qu’une nana un peu entreprenante réussisse à le convaincre pour un petit cinq à sept !
- Je ne saurais pas trop te conseiller, reprit Chloé. Je me dis que le plus important pour toi comme pour lui, c’est que vous soyez bien ensemble. Il ne faut peut-être pas compliquer les choses.
Ce désir de partage
- Si seulement je pouvais savoir comment il prendrait ça… soupira Kate, j’adorerais qu’il puisse partager cette aventure.
- … Alors tu la partages avec moi. Les amies sont là pour ça ! (« Je vais mettre la beige, décida t-elle, c’est pas trop salissant si on s’assied dans l’herbe »)
- Tu as raison : le couple n’est sans doute pas fait pour ça.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis plutôt d’avis qu’il faut procéder par étapes.
- C’est une excellente idée. L’autre fois, c’est exactement ce qu’il a fait. Je ne t’ai pas raconté : il a réussi à ramener une étudiante à la maison. Elle est du quartier. Elle nous avait surpris un soir en train de nous envoyer en l’air sous un porche. Sous son porche, en fait, indiqua Kate. Quelque temps après il l’avait recroisée. Et bien figure-toi qu’il a fait sa connaissance et qu’il l’a invitée chez nous. Il m’en a parlé, il ne m’a même pas caché qu’il la trouvait jolie, alors bien sur j’étais curieuse de faire sa connaissance. Quand elle est arrivée chez nous, j’ai carrément fondu.
- Ne me dis pas que…
- Si, enfin… un peu. On s’est caressés en fait. C’était vraiment génial.
- Tous les trois ?
- Lui est resté assez sage vis-à-vis d’elle, mais moi un peu moins ! Mais je ne vois vraiment pas comment je pourrais parler de Philip à Yvan. Et encore moins lui présenter…
- Je vais y réfléchir aussi. On trouvera peut-être quelque chose ! Il va falloir que je te quitte, mon doudou va arriver et on doit partir faire un pique-nique !
En reposant le combiné, Kate observa les dernières brumes se déchirer sous l’arrivée des rayons solaires. L’automne semblait s’installer lentement dans les feuillages des tilleuls. Il allait encore faire doux. Yvan était parti courir comme souvent avec son vieux copain Georgio.
« Tu es trop gourmande ma belle, lui répondit Chloé. Fais juste attention à l’indigestion ! Et si cela t’ennuie tellement vis-à-vis d’Yvan, c’est peut être simplement parce qu’il ne te surprend plus suffisamment.
- Donc tu crois que je devrais lui en parler ?
- Franchement je connais peu de maris qui accepteraient que leur femme ait une relation telle que celle que tu as avec un autre homme, lui expliqua Chloé d’un ton presque professoral. Il n’y va pas de main morte ton Philip. Mets-toi un instant à sa place : je sais bien qu’Yvan n’est pas spécialement jaloux mais il semble y avoir une telle connivence entre toi et Philip ! Il ne serait pas anormal qu’il ait l’impression que tu ne lui appartiennes plus tout à fait.
- Il s’agit exactement de cela : lui appartenir. Il a toujours su que je ne lui appartiendrais jamais tout à fait. Nous en avons souvent parlé. Il l’accepte très bien. Et c’est aussi pour cette raison que je tiens tellement à lui.
- Au fond, tu aimes la liberté qu’il te laisse… et tu te sens un peu coupable d’en faire usage.
- C’est un peu ça, oui ; si tu veux.
- Sans vouloir être indiscrète, ajouta Chloé en fouillant dans son tiroir à sous-vêtements, comment te sens tu quand tu retrouves Yvan après avoir vu Philip ?
- Quand je suis revenue hier soir, je t’avoue que j’avais très peur qu’il devine. Je suis rentrée tard, je ne portais aucun dessous, je venais de jouir comme une folle à l’hôtel pendant une heure… Je me disais qu’il verrait forcément quelque chose, même s’il ne disait rien. Mais il m’attendait en ayant préparé le repas et il a été adorable. On a même fait l’amour avant d’aller se coucher. Alors pour te dire franchement, quand je suis avec lui je me sens tellement bien que je n’arrive pas à regretter quoi que ce soit.
- Finalement, je ne vais rien mettre en dessous non-plus aujourd’hui. Et lui ? Lui arrive t-il de te parler d’autres femmes ?
- Oui c’est arrivé. La dernière fois c’était quand nous étions en vacances à Annecy. Il avait eu une aventure un soir avec une femme passablement esseulée. Son grand cœur lui avait joué un tour. Le lendemain il m’a dit qu’il n’était pas très fier de lui.
- Crois-tu qu’il y a eu d’autres femmes ? demanda t-elle en examinant sa collection de robes dans sa penderie.
- Je ne pense pas. Il n’est pas trop dragueur tu sais. »
En prononçant ces mots, Kate se disait pourtant qu’il était séduisant, qu’il aimait la compagnie des femmes et que c’était naturel. Mais surtout elle ne cherchait pas à tout savoir de ses connaissances, de ses amis, de ses collègues ou des rencontres qu’il faisait quant il voyageait. Parce qu’elle aurait trouvé ça sinistre et déplacé. Puis, elle lécha la cuillère de miel et précisa : « Je n’ai rien remarqué dans son attitude, mais cela ne me surprendrait pas outre mesure qu’une nana un peu entreprenante réussisse à le convaincre pour un petit cinq à sept !
- Je ne saurais pas trop te conseiller, reprit Chloé. Je me dis que le plus important pour toi comme pour lui, c’est que vous soyez bien ensemble. Il ne faut peut-être pas compliquer les choses.
Ce désir de partage
- Si seulement je pouvais savoir comment il prendrait ça… soupira Kate, j’adorerais qu’il puisse partager cette aventure.
- … Alors tu la partages avec moi. Les amies sont là pour ça ! (« Je vais mettre la beige, décida t-elle, c’est pas trop salissant si on s’assied dans l’herbe »)
- Tu as raison : le couple n’est sans doute pas fait pour ça.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis plutôt d’avis qu’il faut procéder par étapes.
- C’est une excellente idée. L’autre fois, c’est exactement ce qu’il a fait. Je ne t’ai pas raconté : il a réussi à ramener une étudiante à la maison. Elle est du quartier. Elle nous avait surpris un soir en train de nous envoyer en l’air sous un porche. Sous son porche, en fait, indiqua Kate. Quelque temps après il l’avait recroisée. Et bien figure-toi qu’il a fait sa connaissance et qu’il l’a invitée chez nous. Il m’en a parlé, il ne m’a même pas caché qu’il la trouvait jolie, alors bien sur j’étais curieuse de faire sa connaissance. Quand elle est arrivée chez nous, j’ai carrément fondu.
- Ne me dis pas que…
- Si, enfin… un peu. On s’est caressés en fait. C’était vraiment génial.
- Tous les trois ?
- Lui est resté assez sage vis-à-vis d’elle, mais moi un peu moins ! Mais je ne vois vraiment pas comment je pourrais parler de Philip à Yvan. Et encore moins lui présenter…
- Je vais y réfléchir aussi. On trouvera peut-être quelque chose ! Il va falloir que je te quitte, mon doudou va arriver et on doit partir faire un pique-nique !
En reposant le combiné, Kate observa les dernières brumes se déchirer sous l’arrivée des rayons solaires. L’automne semblait s’installer lentement dans les feuillages des tilleuls. Il allait encore faire doux. Yvan était parti courir comme souvent avec son vieux copain Georgio.

© LD 2006-2007
Illustration : Nathalie Picoulet "L'eau Vive"
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