Yvan était venu vers elle pour l’embrasser amoureusement et caresser sa nuque sous ses cheveux. Ils avaient un peu parlé de leur journée de travail. Au journal Kate avait eu l’idée de mobiliser ses collègues du service tourisme pour faire un reportage sur les principaux lieux où les associations écologistes avaient mené des actions. Ce projet pouvait donner des idées à des tour-operators spécialisés en écotourisme et toucher une importante clientèle dans les milieux militants. Cette forme d’action indirecte avait beaucoup plu à Yvan. Il avait décidé d’en parler avec son ancien confrère d’Eurotours. Avec lui, ils pourraient même envisager de créer un catalogue thématique à diffuser auprès des sympathisants. Kate était restée prudente sur les prolongements éventuels de son idée. Elle voulait juste aborder la cause de l’environnement sous un angle un peu novateur. « Et puis le tourisme engagé, avait-elle conclu, c’est un peu comme la consommation responsable ou le commerce équitable : cela demande beaucoup de temps et de pédagogie. » Il faudra d’abord être attentif aux courriers des lecteurs après la publication de cet article. »
Nausicaa
Ils avaient encore discuté un moment en restant sur le sofa. Par la fenêtre entrouverte, les tourterelles au repos à l’ombre des feuillages jaunissant des tilleuls couvraient les bruits de la ruelle. Yvan manifestait toujours beaucoup d’enthousiasme dès qu’il s’agissait d’élaborer des projets ambitieux, en particulier quand il était question de la santé de la planète. Il éprouvait un vif plaisir à discuter de ces questions avec Kate, et cela leur rappelait leurs premières rencontres. Depuis, bien sur, ils avaient découvert de nombreux autres terrains d’entente.
« As-tu prévu quelque chose de spécial ce soir, mon chéri ? lui avait-elle demandé en repliant son buste contre ses genoux.
- Non, rien de spécial… avait répondu Yvan. Mais ce matin en passant à pied par la rue Mazarine j’ai revu quelqu’un que je ne m’attendais pas à recroiser.
- Ah oui ?
- Tu ne devineras jamais… Je te donne un indice : c’est une personne que tu n’as vue qu’une seule fois.
- Je ne sais pas. Est-ce quelqu’un qui habite par ici ?
- Oui, pas très loin en effet. Je t’aide : c’est une jeune femme.
- Serait-ce Miel ou… sa copine, euh comment s’appelait-elle… : Adeline ?
- Non non… mais elle t’a aussi vue dans une posture assez compromettante.
- Comment ça ? Tu veux dire en train de… Oh ! je crois que j’ai trouvé ! L’étudiante sous le porche ?
- Exactement ! Tu es vraiment trop douée. Je n’avais pas pu oublier son visage. Je l’ai revue au kiosque à journaux. Quand je lui ai souri elle m’a tout de suite reconnu. Elle a eu l’air embarrassée quelques secondes mais semblait contente de me croiser. Comme nous avions un peu de temps, je l’ai invitée à prendre un café et nous avons discuté un peu.
- Tu ne l’aurais pas un peu draguée par hasard… ? avait fait Kate soudain inquisitrice.
- Je me disais que tu apprécierais sûrement de faire sa connaissance. Elle s’appelle Nausicaa elle étudie l’économie et elle a vingt-trois ans. Quand elle m’a demandé pourquoi je m’étais retrouvé en train de faire l’amour à l’entrée de sa cour l’autre soir, elle a eu du mal à croire que tu étais vraiment ma femme. Elle voulait savoir si ça nous arrivait souvent. Je lui ai dit qu’on aimait bien suivre nos envies, et qu’il fallait varier les plaisirs. Sur ce point elle m’a dit qu’elle était assez d’accord. Et puis on a un peu parlé du quartier, qu’elle apprécie beaucoup aussi. Elle est là depuis deux ans mais elle ne connaît pas grand monde par ici. Avant de se quitter, je l’ai invitée à passer nous voir quand elle aurait un petit moment.
- Elle t’a plu, n’est-ce pas ?
- Je ne te cacherais pas qu’elle a des yeux magnifiques. Elle est assez craquante, j’avoue.
- Moi je me souviens surtout de sa longue chevelure et de sa peau qui m’avait semblée assez pâle. C’était peut-être à cause du manque de lumière.
- Non tu as raison, elle a des tâches de rousseur. J’ai trouvé qu’il émanait d’elle une certaine fragilité, une vulnérabilité, quelque chose de ce genre. Son corps m’a paru très fin, je l’ai trouvée vraiment élégante dans sa façon de se mouvoir et de s’exprimer. C’est sûrement cette sorte de distinction naturelle qui m’a tellement séduit chez elle. Mais elle avait une petite réserve vis à vis de moi je pense. Peut-être parce que je suis plus âgé qu’elle, et puis c’était la première fois que nous parlions. En revanche l’idée de faire ta connaissance a semblé bien lui plaire. Je crois qu’elle sera à l’aise avec toi.
- Tu l’as vraiment bien observée mon coco. C’est peut-être sous ton regard qu’elle se sentait intimidée, tu ne crois pas ?
- Non… je t’assure. Tu sais bien que je fais toujours très attention à ne pas insister quand j’observe une femme que je trouve belle. Elle a probablement perçu qu’elle me plaisait, mais à mon idée, il se pourrait qu’elle préfère la présence des filles.
- Tu crois vraiment ?
- C’est possible.
- Si c’est le cas, elle me fait déjà fondre… Quand viendra t-elle ?
- Comme elle ne pouvait pas ce soir à cause de ses cours de danse, elle m’a demandé si nous l’accueillerions demain, vers vingt heures. Je lui ai dit que c’était d’accord.
- Mon chou ! Tu es vraiment génial… Nous allons lui faire honneur et lui préparer un très bel accueil. »
Kate avait déjà commencé à penser à quelques mets gourmands pour le repas si Nausicaa restait un peu plus longtemps que prévu. Yvan s’était réjoui à l’idée de revoir cette demoiselle tellement émouvante par sa féminité si fragile. Il était plutôt fier d’avoir facilement convaincu sa femme de la recevoir les bras ouverts. De son point de vue, même si elle était très ouverte sexuellement, il était prudent de toujours surveiller ses mots et ses gestes lorsqu’il évoquait une autre femme qui lui plaisait pour ne pas trop éveiller sa jalousie. Il se souvenait que dans les premiers mois de leur relation, elle avait quelquefois manifesté une petite nervosité lorsqu’il s’adressait un peu trop longuement à d’autres femmes en sa présence.
Scénarios indécents
Les tourterelles avaient cessé de roucouler. Yvan avait remarqué le bruit des premières gouttes de pluie sur les feuilles de tilleuls et les toits des voitures en stationnement. L’averse n’avait pas duré plus de dix minutes. Le cœur de Kate était en fête à l’idée de faire connaissance avec la demoiselle du porche. Elle était déjà en train d’imaginer des scénarios érotiques parfaitement indécents avec elle. Des plans tellement troublants qu’elle n’avait pas osé en parler à son mari. Elle s’était bientôt sentie si excitée qu’elle avait eu envie de sentir la douceur du corps de son homme contre le sien. Devant la baie vitrée Yvan avait regardé la pluie s’arrêter en quelques minutes puis il avait rapporté un plateau de fruits, des pancakes et quelques fromages. Ils avaient continué à paresser un peu en discutant et en mangeant. Kate avait caressé le torse d’Yvan d’un geste lent et savamment sensuel. L’air frais de l’avenue était entré doucement dans la pièce. La nuit tombait sur Paris. Yvan avait répondu aux invites de sa belle en caressant ses jambes et en remontant sa robe. Ils avaient commencé à s’enlacer comme s’ils continuaient à penser à autre chose, silencieusement.
En cet instant, se souvient Kate, elle avait eu la sensation profonde qu’ils avaient entièrement laissé leurs corps s’attirer mutuellement, sans le moindre contrôle. Elle garde le goût de cet instant parfait et harmonieux, paisible et tendre où leurs êtres en totale harmonie avaient synchroniquement été envoûtés l’un par l’autre. Elle avait su toucher son homme pour qu’il frémisse sans détour, comme si ses mains, sa bouche ou son sexe avaient été mus par leur propre intelligence. Lui avait su lire instantanément dans ses courbes et les rythmes de ses souffles, dans ses muscles qui se contractaient et dans le frémissement de ses chairs les plus infimes oscillations de son plaisir. Il avait un instant pensé qu’il jouait en virtuose d’un instrument infiniment complexe et changeant. Au gré de leurs plaisirs, ils s’étaient découvert ce soir là de nouvelles dispositions, des caprices surprenants. Des positions qu’ils trouvaient habituellement inconfortables leur avaient semblées naturelles et excitantes. Certaines caresses qui n’auraient pas eu beaucoup d’effet un autre jour avaient pris un relief particulièrement érotisant. Alors quand Yvan avait commencé à utiliser sa verge comme une main caressante sur les jambes, sur les cuisses et sur le ventre de Kate, elle avait fermé les yeux. Quand il avait continué en effleurant ses seins, ses bras, son cou, elle s’était sentie frémir et onduler. Lorsqu’il avait caressé la paume de sa main avec ses couilles, qu’il avait promené son gland sur ses joues, et légèrement excité un téton avec son méat humide... elle s’était sentie parfaitement possédée par cette bite qui l’obsédait. D’une main à laquelle il ne pouvait pas résister, elle avait doucement pris le membre de son homme pour caresser son clitoris de bas en haut. Elle avait pris tout son temps en jouant des exquises sensations de chaleur, d’humidité et de dureté que ce sexe masculin était capable de lui procurer. Yvan avait eu tout le mal du monde à ne pas céder à la tentation de la pénétration. Un simple coup de rein aurait suffi à écarter les lèvres lisses et ruisselantes de Kate. Mais il avait attendu. Il s’était régalé de voir comment sa femme splendidement offerte savourait son plaisir presque comme s’il n’était plus là. Elle était en train d’électriser sa queue au-delà du supportable. Il sentait son gland gonfler, chauffer, prêt à exploser. C’était probablement ce qu’elle cherchait spontanément à provoquer…
Obsession
Plus tard dans la nuit elle avait à nouveau été obsédée par le visage et le corps de Nausicaa. Les vagues de plaisir qu’Yvan lui avait délivrées avaient engendré de nouvelles images dans son esprit. Elle avait oublié que le lendemain allait être un jour spécial pour une autre raison. Philip devait la rappeler.
Après une nuit très apaisante, Yvan avait pris la direction de son travail d’une manière plutôt automatique. Etrangement, même après des retrouvailles festives et émouvantes et un week-end riche en émotions, il avait senti que cela ne suffirait plus à régénérer son enthousiasme pour aussi longtemps qu’avant. Certes Kate était une femme merveilleuse, sensuelle et audacieuse, curieuse de tous les plaisirs, très intelligente et imaginative. Il l’aimait et leur relation trouvait régulièrement de nouveaux souffles pour s’oxygéner… mais au quotidien, il n’avait plus la « foi d’antan », comme lui avait dit son collègue Terrence au bureau de la surveillance des pollutions. C’était un sentiment assez confus. Yvan n’était pas parvenu à déterminer l’origine de la baisse d’énergie dont il était chroniquement victime. Il n’avait pas pu savoir si ce malaise sournois était lié à son travail, à son couple ou à autre chose. Il se sentait utile et parfaitement en accord avec ses convictions à l’agence de Greenpeace même si la « cause » n’avait pas gagné suffisamment de terrain à son goût ces dernières années… Kate lui apportait tout ce qu’un homme pouvait espérer. Peut-être ne savait-il pas jouir pleinement de son bonheur à ses côtés. Il doutait quelquefois de sa propre capacité à rendre une femme heureuse par sa générosité, son attention, sa bienveillance. Il avait eu l’intuition certains jours qu’elle attendait secrètement autre chose et que, plus généralement les femmes avaient besoin d’une qualité de relation que ni lui ni la majorité des autres hommes ne savaient leur offrir. Il avait aussi compris que les femmes amoureuses savaient aimer et se donner beaucoup plus que les hommes. Lui-même avait clairement conscience qu’il avait toujours gardé une irréductible marge de réserve dans sa relation amoureuse. Il l’aimait. Oui il aimait vraiment Kate, mais sûrement pas de façon entière et inconditionnelle comme il pouvait parfois sentir qu’elle l’aimait sans limites et sans retenue.
« Les femmes sont comme ça » s’était-il dit avec une pointe de résignation.
Il venait de sortir du couloir de métro. La rue à cette heure matinale était animée par des livreurs et des enfants. Le bureau était en ébullition. Une équipe de militants néo-zélandais venait d’être arrêtée au large du Japon.
Un extra
En fin de journée comme convenu, Kate avait reçu l’appel téléphonique de Philip. Cet appel là est resté inoubliable, indélébile. Incontestablement, si leur première rencontre un matin de marché avait été le premier choc sensoriel de leur histoire imprévue, ce coup de téléphone restait marqué du sceau de l’exception.
Auparavant, elle avait prévu la venue de Nausicaa et elle avait eu le temps de préparer les sandwiches exotiques que sa copine formatrice lui avait appris à faire. C’était une série de recettes douces ou épicées tout à fait adaptées à un apéritif gourmand. Ni trop original, ni trop conventionnel : de quoi surprendre sans dérouter. Elle espérait que ce petit repas autour de leur rencontre séduirait les papilles de la belle étudiante. Ces saveurs allaient sûrement aiguiser les curiosités et inciter les langues à se délier. Kate avait senti son téléphone vibrer au moment où elle rangeait les boissons au frais. Elle n’avait pas eu le temps de ressortir acheter un bouquet de fleurs.
« Hello… Avait-elle répondu d’un ton chantant.
- Hello ! Avait répliqué la voix. C’est bien Kate ?
- Oui… et qui êtes-vous cher monsieur ? Avait-elle continué en s’amusant.
- Philip bien-sûr. Vous ne vous souvenez pas ?
- Bien-sûr que si cher ami… Quelle joie d’entendre cette belle voix !
- Merci du compliment. Comment allez-vous ?
- Très bien, je préparais un petit repas. Nous avons une invitée ce soir. Et vous ?
- Oh ! Très bien. J’ai beaucoup pensé à vous, vous savez. Je m’aperçois que vous avez une influence très stimulante sur mon imagination ces derniers jours. »
Philip avait légèrement modulé sa voix. Elle était devenue légèrement plus basse. Son rythme était un peu plus lent aussi. Kate avait senti une certaine gravité dans ses mots. Elle avait eu l’impression qu’il avait cherché à donner une coloration particulière à ce moment de conversation. Et en effet, Philip, sans en être tout à fait conscient, avait voulu donner à ses propos une force et une saveur qui marqueraient durablement la mémoire de cette femme qu’il savait émotive et qu’il désirait revoir. Il n’avait pas cherché à continuer à la séduire par des effets d’élégance car il savait que c’était superflu. Il avait plutôt cherché à la toucher d’une manière inédite, originale et personnelle. Spontanément, il avait joué la carte de l’authenticité et du naturel tout en cherchant à se démarquer des conventions supposées d’une telle situation. Le coup de téléphone de l’amant secret se devait selon lui d’être à la hauteur des attentes de dépaysement de la belle dame. Mais Philip connaissait encore assez mal Kate et ignorait certains cotés débridés de sa personnalité. Elle s’était bien gardée de lui dévoiler trop tôt cette partie d’elle-même, se donnant une longueur d’avance pour les surprises qu’elle pouvait réserver à son valeureux cavalier. En outre, elle se plaisait à continuer de jouer la femme mariée qui s’offre un extra sur un coup de tête. Jusque là ce rôle semblait avoir plu à Philip et il lui offrait l’avantage de se faire élégamment convoiter. En somme, comme si elle avait voulu alléger l’enjeu de cette situation qui aurait pu devenir pesant, elle le laissait croire qu’elle s’offrait le luxe de s’autoriser une relation sensuelle strictement positive dans la mesure où elle n’en attendait rien d’autre qu’un joyeux divertissement érotique mené de main de maître par un homme charmant, troublant même, et surtout très élégant.
« Une influence stimulante, dites-vous ? Je suis curieuse d’en savoir un peu plus à ce sujet !
- Oui bien sur… Je vous en parlerai. Alors… avez-vous réfléchi à notre conversation d’hier ? avait-il ajouté.
- Non, cela n’a pas été nécessaire, lui avait-elle répondu pour jouer un peu avec ses nerfs. En raccrochant, je dois vous avouer que j’avais pris ma décision.

© LD 2006-2007
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