Ce dimanche là, se souvient Kate, elle s’était sentie comme étrangement rajeunie. Oui, elle avait bel et bien perdu la tête un long moment au milieu de la soirée au Harem. Elle avait éprouvé une étrange sensation, comme si son esprit avait fonctionné quelques heures à une fréquence qu’il n’avait jamais connue. Elle s’était vue agir d’une manière qui l’avait elle-même stupéfaite. Loin d’être déroutante, cette impression lui avait semblée incroyablement vivifiante et voluptueuse.
Echange d’impressions
Yvan encore endormi avait l’air de flotter sur un autre nuage. Probablement beaucoup plus perturbé par les conséquences physiologiques du long aveuglement que Diane avait imposé à ses hôtes masculins. Ses perceptions allaient devoir se réhabituer à la prédominance de la vision. Mais cela n’allait pas être long. Elle s’était levée pour préparer de quoi soulager son appétit de louve. A l’odeur d’une tranche de brioche grillée, Yvan était apparu.
« Quelle heure est-il ? lui avait-il demandé.
- Presque dix-sept heures trente mon amour, et nous sommes dimanche aujourd’hui, avait-elle précisé.
- J’ai l’impression qu’il fait très beau, j’ai bien envie de sortir. Que dirais-tu d’une petite promenade romantique en direction du parc ? avait-il proposé en s’étirant.
- J’ai d’abord besoin d’un bon goûter, ensuite nous irons nous promener où tu voudras et respirer le bon air des jardins mon chéri.
- C’est exactement ce qui me conviendrait… Alors comment te sens-tu ma belle ?
- J’allais te poser la même question. J’ai une forme incroyable. Tu vois c’est assez bizarre. Je me sens très euphorique et très calme, avait-elle commencé à lui expliquer. Mais ce n’est pas exactement comme cela que je devrais le dire. Je crois que cette soirée de folies m’a fait chavirer dans des attitudes que je ne me connaissais pas. Maintenant c’est vrai que je suis un peu surprise mais c’est un autre sentiment qui me domine : je suis surtout emballée par mon audace. J’ose à peine te raconter ce que nous avons osé faire avec Miel. Découvrir cette facette me rend très fière de moi, très sûre de moi. D’un autre côté, ce vertige me rend curieusement zen, tu vois… Et je crois que j’ai envie de recommencer le plus tôt possible.
- Je crois que je comprends, oui, lui avait répondu Yvan. Y a t-il encore du pain complet ? C’est un peu comme si tu revenais d’un voyage et que tu avais découvert un nouveau continent.
- Tu n’y es pas tout à fait, mais il y a un peu de ça. Je dirais que c’est plutôt comme si mon cœur ou mon cerveau avait changé de rythme et cherchait une nouvelle harmonie, un nouvel équilibre : je me sens plus rapide, plus claire, plus naturelle aussi. J’ai l’impression d’être beaucoup plus sage et plus folle en même temps. Tiens, le café est chaud… Je suis « plus moi-même », si tu préfères.
- Tu ne joues plus la même partition si je comprends bien. J’ai ressenti quelque chose d’assez proche de ça, je suppose. En perdant la possibilité de regarder, j’ai eu tous les nerfs sur-sensibilisés, tu imagines, mais au fond, cette sensation d’être hyper réceptif n’était peut-être pas la plus déroutante. Ce qui m’a bien plus troublé était l’obligation de faire entièrement confiance à toutes ces personnes et à ces femmes que je ne connaissais pas. J’ai ressenti à un moment un vertige aussi, mais une sorte de vertige différente du tien : c’était mon cœur ou mon âme qui s’ouvrait. C’était incroyable. Je sentais qu’on était tous sur le même tempo, le même rythme cardiaque, la même pulsation. Tu comprends ? Une sorte de communion où les hommes présents à ce moment-là comprenaient d’un seul coup la vraie nature des femmes et comme s’ils se réconciliaient avec elles. Ce qui m’a semblé étrange, c’est que cela ne concernait pas seulement les femmes présentes. J’avais l’impression qu’on se réconciliait avec toutes les femmes du monde, celles du présent, du passé et du futur, avec « La femme ». Je prenais conscience que cet exercice, ce jeu, obligeait les hommes à s’en remettre littéralement corps et âme aux femmes. Et ne rien craindre d’elles, leur faire confiance aveuglément, les laisser nous guider, c’est assez rare dans nos vies. Je ne sais pas si je suis clair. »
Elle l’avait écouté très attentivement n’osant même pas terminer sa tranche de brioche vendéenne :
« Oui, tu es très clair mon chéri. Si tu savais ! Préparons-nous, et sortons maintenant. »
Fin de week-end
Les rues étaient tranquillement en train de s’engorger aux retours de week-end. Ceux qui étaient restés dans la ville prolongeaient leurs papotages tardifs sur les terrasses des cafés et sur les bancs des jardins. Des enfants poussaient des trottinettes ou tiraient des chariots de bois. Les fontaines giclaient leurs jets sur les lions de pierre. Des vieux messieurs traînaient leurs souliers sur des graviers blancs. Des ados en couple accrochés l’un à l’autre s’étourdissaient de baisers qui n’en finissaient plus. Au loin, le boulevard Raspail était encore assez calme. Kate et Yvan s’étaient assis face au soleil qui commençait à chuter vers l’horizon. Ils s’étaient amusés à observer les gamins jeter des morceaux de pain sur les canards. C’était un moment comme les aimait Kate. Un instant presque parfait où les êtres agissaient naturellement sans contrainte, sans perspective ni questionnement. Puis au loin en regardant vers l’ouest, son regard s’était perdu en songeant à Philip, encore là-bas peut-être. Il fallait rappeler Chloé.
Ils avaient terminé la journée en échangeant leurs impressions sur Leïla et Pedro qui les avaient accompagnés.
« Elle n’a pas en froid aux yeux, j’ai l’impression qu’il ne doit pas s’ennuyer avec une telle nana. Avait souligné Yvan avec un brin de lubricité.
- Je me suis dit la même chose en les quittant. C’est un sacré numéro. Elle est géniale je trouve. Elle m’a vraiment fait craquer quand on était dans le magasin pour choisir sa robe. Elle a une grâce incroyable. Je la trouve vraiment très belle.
- Tu as entendu : elle aimerait bien qu’on les revoie.
- Tu penses… ils ne sont pas prêts de nous oublier après le plan qu’on vient de leur faire ! »
Petit cadeau
Ce soir-là en rejoignant la chambre Yvan avait tendu un petit paquet à Kate qui s’était déjà entièrement déshabillée. Lorsqu’elle l’avait ouvert, elle avait eu la très agréable surprise de découvrir un délicat tissu rouge foncé bordé de motifs brodés. Sa main avait doucement déplié l’étoffe soyeuse pour en percevoir la forme. Elle l’avait tendue devant elle pour l’admirer, avait approché son visage du doux vêtement, l’avait flairé et l’avait étalé sur le lit. C’était une charmante nuisette de soie à fines bretelles. Elle avait eu envie de pleurer tellement cette attention l’avait touchée. Elle avait pris son mari dans ses bras en serrant son corps nu contre lui. Elle avait ensuite essayé le vêtement pour s’admirer dans le miroir et se montrer. Yvan avait réglé les bretelles pour que les coutures enveloppent parfaitement ses merveilleux petits seins pointus.
« Pour quelle occasion m’offres-tu un si joli cadeau ? Lui avait-elle demandé. Etait-ce pour célébrer nos retrouvailles ?
- J’avais prévu de te l’offrir quand nous avions passé la soirée au restaurant, mais je l’avais si bien rangé que je n’étais pas parvenu à le retrouver. Et quand j’ai remis la main dessus samedi midi je n’ai pas voulu te l’offrir à ce moment là parce que tu aurais pu te sentir obligée de la porter le soir même au Harem. Je trouvais que ton idée de mettre ton mini tailleur rose était bien plus sexy. »
Kate adorait les nuisettes, surtout en soie. C’était un peu son vêtement fétiche. Elle portait souvent ce simple sous-vêtement à la maison, et parfois même l’été en ville il lui arrivait de sortir simplement vêtue d’une de ses paires de chaussures à brides et d’une élégante nuisette colorée que l’on pouvait confondre avec une petite robe. Elle se sentait très bien dans ce vêtement qui mettait magnifiquement ses épaules rondes et ses fines jambes en valeur. Elle savait bien que les hommes et même quelques femmes se retournaient sur son passage avec une tenue aussi légère, mais elle ne craignait pas de se faire admirer, même par quelques types un peu lubriques ou des jeunes un peu trop entreprenants à l’occasion. Elle se sentait belle, sûre d’elle, et pour ainsi dire invincible dans ce quartier où elle était comme chez elle.
Yvan l’avait observée tourner quatre ou cinq fois devant le miroir. Elle s’était amusée et même un peu excitée à force de se contempler et de se sentir belle et désiré sous l’œil de son homme. Ce soir là, il lui avait suggéré de garder ce vêtement pour venir dormir près de lui. Après tout, c’était sa fonction première. Elle lui avait fait part de son envie de porter cette superbe nuisette lors de la prochaine rencontre avec Pedro et Leïla.
« Comment ? avait répondu Yvan. Tu as déjà prévu une date avec eux ?
Elle avait laissé le doute planer :
- Tu sauras bientôt mon chéri… »
Il l’avait caressée à travers l’envoûtante douceur de la fine étoffe. Il s’était plu à jouer sur sa peau en continuant à l’exciter gentiment, puis ils s’étaient endormis.
Les intentions de Philip
Une nouvelle semaine avait commencée. C’était une semaine décisive. Kate avait voulu éclaircir la situation au sujet de Philip. Elle ne connaissait pas ses intentions. Elle ne les devinait qu’à moitié. Elle s’était imaginée qu’il voulait peut-être la revoir à l’occasion d’un passage à Paris. Elle avait plus ou moins espéré qu’en grand gentleman, il resterait dans la position d’un admirateur discret et disposé à la rejoindre uniquement si elle le lui demandait. Elle avait même entrevu la possibilité d’une furtive escapade si elle devait se rendre dans une ville où il se trouvait. Mais elle ne savait encore rien. Elle ne savait même pas où il se trouvait. Elle savait si peu de choses sur lui. Elle avait soigneusement évité de penser à cet homme qui l’avait tant troublée. Elle avait essayé d’éviter ce souvenir pour ne pas tomber sous son emprise. Mais elle avait conservé totalement intactes les images et les saveurs de leur rencontre.
Le lundi midi elle avait réussi à joindre Chloé comme convenu pour avoir son numéro. Malgré sa curiosité et son envie, elle n’avait pas voulu l’appeler trop vite. C’est en fin d’après-midi après son travail qu’elle s’était installée sur son lit pour composer le numéro. Philip avait répondu sans avoir l’air surpris. Ils ne s’étaient pas parlés depuis un mois et Kate avait perçu quelques différences d’intonations dans sa voix. Il était rentré de vacances depuis dix jours et avait du se rendre en Picardie pour régler une affaire de famille. Kate se balançait bien de ses différents notariaux avec ses oncles. Elle lui avait demandé pourquoi il avait pris la peine de lui transmettre son numéro. Philip avait semblé un peu embarrassé mais il avait finalement répondu avec franchise. D’un ton assez grave, après un court silence, il lui avait répondu :
« J’ai envie de savoir quel genre de femme vous êtes. »
Kate avait laissé à son tour un silence s’écouler. La phrase de Philip avait tourné et retourné dans son cerveau jusqu’à ce qu’elle puisse saisir un sens possible à ses mots. Son intention lui avait d’abord semblé être de savoir quelle sorte de personne elle était en dehors du contexte où ils s’étaient rencontrés, ou en dehors des vacances, ou en dehors de leur rencontre physique. Mais elle s’était dit aussi qu’il pouvait s’intéresser au contraire à sa personnalité sexuelle, à ses désirs, ses fantasmes, ses pulsions secrètes ou quelque chose de ce genre. Elle n’avait pas su comment prendre cette réponse.
« Je ne vois pas très bien ce que vous entendez par-là Philip. Lui avait-elle dit avec toute la gentillesse dont elle était capable.
- J’espère mieux vous connaître, si la chance nous est donnée, voilà tout.
- Moi aussi je suis curieuse d’en savoir un peu plus sur vous. Mais vous savez, je suis très occupée et j’ai un mari. Et vous, êtes-vous avec quelqu’un ? s’était-elle enquérie à son tour.
Il avait hésité encore un instant.
- Je sais que vous êtes mariée et je respecte votre vie, bien-sûr. Vous m’avez beaucoup troublé, vous savez. On ne rencontre pas souvent des femmes comme vous. Moi aussi je vis avec quelqu’un. Nous sommes ensemble depuis trois ans et je l’aime beaucoup. Peut-être que j’ai fait une erreur en voulant vous recontacter.
Kate avait basculé sur le côté et avait calé le gros coussin sous son bras.
- Je ne sais pas, avait-elle continué d’un air lascif, la vie est courte n’est ce pas.
- Je le pense aussi. Je me dis souvent que les vraies rencontres valent la peine d’être vécues.
Il avait réfléchi un instant et avait ajouté pour conclure :
- Je vous propose que l’on en reparle dans un jour ou deux si vous voulez y réfléchir un peu.
- Oui, c’est une très bonne idée. Si vous voulez, vous pouvez me rappeler demain vers la même heure.
Entre souvenir et désir
« Y réfléchir un peu, s’était elle répétée… Il est facile lui, s’il s’imagine que je suis en état de réfléchir… C’est pas vraiment mon cerveau qui réfléchit en ce moment ! »
Elle était restée sur son lit mi-boudeuse mi-songeuse. Au fond d’elle, Kate avait parfaitement ressenti l’appel de son amant de vacances. Mais elle était encore partagée entre son. Philip lui en avait désormais dit trop ou trop peu. A ce stade il était devenu difficile désir de conserver ce beau souvenir tel qu’il était et son instinct vibrant de femme curieuse et jouisseuse de reculer ou de le repousser. Elle était consciente qu’elle disposait encore pleinement de sa liberté de décision. C’est probablement pour cette raison, réalise t-elle, qu’elle avait tranché l’instant d’après…
La porte d’entré s’était ouverte et Yvan était apparu en souriant.
Echange d’impressions
Yvan encore endormi avait l’air de flotter sur un autre nuage. Probablement beaucoup plus perturbé par les conséquences physiologiques du long aveuglement que Diane avait imposé à ses hôtes masculins. Ses perceptions allaient devoir se réhabituer à la prédominance de la vision. Mais cela n’allait pas être long. Elle s’était levée pour préparer de quoi soulager son appétit de louve. A l’odeur d’une tranche de brioche grillée, Yvan était apparu.
« Quelle heure est-il ? lui avait-il demandé.
- Presque dix-sept heures trente mon amour, et nous sommes dimanche aujourd’hui, avait-elle précisé.
- J’ai l’impression qu’il fait très beau, j’ai bien envie de sortir. Que dirais-tu d’une petite promenade romantique en direction du parc ? avait-il proposé en s’étirant.
- J’ai d’abord besoin d’un bon goûter, ensuite nous irons nous promener où tu voudras et respirer le bon air des jardins mon chéri.
- C’est exactement ce qui me conviendrait… Alors comment te sens-tu ma belle ?
- J’allais te poser la même question. J’ai une forme incroyable. Tu vois c’est assez bizarre. Je me sens très euphorique et très calme, avait-elle commencé à lui expliquer. Mais ce n’est pas exactement comme cela que je devrais le dire. Je crois que cette soirée de folies m’a fait chavirer dans des attitudes que je ne me connaissais pas. Maintenant c’est vrai que je suis un peu surprise mais c’est un autre sentiment qui me domine : je suis surtout emballée par mon audace. J’ose à peine te raconter ce que nous avons osé faire avec Miel. Découvrir cette facette me rend très fière de moi, très sûre de moi. D’un autre côté, ce vertige me rend curieusement zen, tu vois… Et je crois que j’ai envie de recommencer le plus tôt possible.
- Je crois que je comprends, oui, lui avait répondu Yvan. Y a t-il encore du pain complet ? C’est un peu comme si tu revenais d’un voyage et que tu avais découvert un nouveau continent.
- Tu n’y es pas tout à fait, mais il y a un peu de ça. Je dirais que c’est plutôt comme si mon cœur ou mon cerveau avait changé de rythme et cherchait une nouvelle harmonie, un nouvel équilibre : je me sens plus rapide, plus claire, plus naturelle aussi. J’ai l’impression d’être beaucoup plus sage et plus folle en même temps. Tiens, le café est chaud… Je suis « plus moi-même », si tu préfères.
- Tu ne joues plus la même partition si je comprends bien. J’ai ressenti quelque chose d’assez proche de ça, je suppose. En perdant la possibilité de regarder, j’ai eu tous les nerfs sur-sensibilisés, tu imagines, mais au fond, cette sensation d’être hyper réceptif n’était peut-être pas la plus déroutante. Ce qui m’a bien plus troublé était l’obligation de faire entièrement confiance à toutes ces personnes et à ces femmes que je ne connaissais pas. J’ai ressenti à un moment un vertige aussi, mais une sorte de vertige différente du tien : c’était mon cœur ou mon âme qui s’ouvrait. C’était incroyable. Je sentais qu’on était tous sur le même tempo, le même rythme cardiaque, la même pulsation. Tu comprends ? Une sorte de communion où les hommes présents à ce moment-là comprenaient d’un seul coup la vraie nature des femmes et comme s’ils se réconciliaient avec elles. Ce qui m’a semblé étrange, c’est que cela ne concernait pas seulement les femmes présentes. J’avais l’impression qu’on se réconciliait avec toutes les femmes du monde, celles du présent, du passé et du futur, avec « La femme ». Je prenais conscience que cet exercice, ce jeu, obligeait les hommes à s’en remettre littéralement corps et âme aux femmes. Et ne rien craindre d’elles, leur faire confiance aveuglément, les laisser nous guider, c’est assez rare dans nos vies. Je ne sais pas si je suis clair. »
Elle l’avait écouté très attentivement n’osant même pas terminer sa tranche de brioche vendéenne :
« Oui, tu es très clair mon chéri. Si tu savais ! Préparons-nous, et sortons maintenant. »
Fin de week-end
Les rues étaient tranquillement en train de s’engorger aux retours de week-end. Ceux qui étaient restés dans la ville prolongeaient leurs papotages tardifs sur les terrasses des cafés et sur les bancs des jardins. Des enfants poussaient des trottinettes ou tiraient des chariots de bois. Les fontaines giclaient leurs jets sur les lions de pierre. Des vieux messieurs traînaient leurs souliers sur des graviers blancs. Des ados en couple accrochés l’un à l’autre s’étourdissaient de baisers qui n’en finissaient plus. Au loin, le boulevard Raspail était encore assez calme. Kate et Yvan s’étaient assis face au soleil qui commençait à chuter vers l’horizon. Ils s’étaient amusés à observer les gamins jeter des morceaux de pain sur les canards. C’était un moment comme les aimait Kate. Un instant presque parfait où les êtres agissaient naturellement sans contrainte, sans perspective ni questionnement. Puis au loin en regardant vers l’ouest, son regard s’était perdu en songeant à Philip, encore là-bas peut-être. Il fallait rappeler Chloé.
Ils avaient terminé la journée en échangeant leurs impressions sur Leïla et Pedro qui les avaient accompagnés.
« Elle n’a pas en froid aux yeux, j’ai l’impression qu’il ne doit pas s’ennuyer avec une telle nana. Avait souligné Yvan avec un brin de lubricité.
- Je me suis dit la même chose en les quittant. C’est un sacré numéro. Elle est géniale je trouve. Elle m’a vraiment fait craquer quand on était dans le magasin pour choisir sa robe. Elle a une grâce incroyable. Je la trouve vraiment très belle.
- Tu as entendu : elle aimerait bien qu’on les revoie.
- Tu penses… ils ne sont pas prêts de nous oublier après le plan qu’on vient de leur faire ! »
Petit cadeau
Ce soir-là en rejoignant la chambre Yvan avait tendu un petit paquet à Kate qui s’était déjà entièrement déshabillée. Lorsqu’elle l’avait ouvert, elle avait eu la très agréable surprise de découvrir un délicat tissu rouge foncé bordé de motifs brodés. Sa main avait doucement déplié l’étoffe soyeuse pour en percevoir la forme. Elle l’avait tendue devant elle pour l’admirer, avait approché son visage du doux vêtement, l’avait flairé et l’avait étalé sur le lit. C’était une charmante nuisette de soie à fines bretelles. Elle avait eu envie de pleurer tellement cette attention l’avait touchée. Elle avait pris son mari dans ses bras en serrant son corps nu contre lui. Elle avait ensuite essayé le vêtement pour s’admirer dans le miroir et se montrer. Yvan avait réglé les bretelles pour que les coutures enveloppent parfaitement ses merveilleux petits seins pointus.
« Pour quelle occasion m’offres-tu un si joli cadeau ? Lui avait-elle demandé. Etait-ce pour célébrer nos retrouvailles ?
- J’avais prévu de te l’offrir quand nous avions passé la soirée au restaurant, mais je l’avais si bien rangé que je n’étais pas parvenu à le retrouver. Et quand j’ai remis la main dessus samedi midi je n’ai pas voulu te l’offrir à ce moment là parce que tu aurais pu te sentir obligée de la porter le soir même au Harem. Je trouvais que ton idée de mettre ton mini tailleur rose était bien plus sexy. »
Kate adorait les nuisettes, surtout en soie. C’était un peu son vêtement fétiche. Elle portait souvent ce simple sous-vêtement à la maison, et parfois même l’été en ville il lui arrivait de sortir simplement vêtue d’une de ses paires de chaussures à brides et d’une élégante nuisette colorée que l’on pouvait confondre avec une petite robe. Elle se sentait très bien dans ce vêtement qui mettait magnifiquement ses épaules rondes et ses fines jambes en valeur. Elle savait bien que les hommes et même quelques femmes se retournaient sur son passage avec une tenue aussi légère, mais elle ne craignait pas de se faire admirer, même par quelques types un peu lubriques ou des jeunes un peu trop entreprenants à l’occasion. Elle se sentait belle, sûre d’elle, et pour ainsi dire invincible dans ce quartier où elle était comme chez elle.
Yvan l’avait observée tourner quatre ou cinq fois devant le miroir. Elle s’était amusée et même un peu excitée à force de se contempler et de se sentir belle et désiré sous l’œil de son homme. Ce soir là, il lui avait suggéré de garder ce vêtement pour venir dormir près de lui. Après tout, c’était sa fonction première. Elle lui avait fait part de son envie de porter cette superbe nuisette lors de la prochaine rencontre avec Pedro et Leïla.
« Comment ? avait répondu Yvan. Tu as déjà prévu une date avec eux ?
Elle avait laissé le doute planer :
- Tu sauras bientôt mon chéri… »
Il l’avait caressée à travers l’envoûtante douceur de la fine étoffe. Il s’était plu à jouer sur sa peau en continuant à l’exciter gentiment, puis ils s’étaient endormis.
Les intentions de Philip
Une nouvelle semaine avait commencée. C’était une semaine décisive. Kate avait voulu éclaircir la situation au sujet de Philip. Elle ne connaissait pas ses intentions. Elle ne les devinait qu’à moitié. Elle s’était imaginée qu’il voulait peut-être la revoir à l’occasion d’un passage à Paris. Elle avait plus ou moins espéré qu’en grand gentleman, il resterait dans la position d’un admirateur discret et disposé à la rejoindre uniquement si elle le lui demandait. Elle avait même entrevu la possibilité d’une furtive escapade si elle devait se rendre dans une ville où il se trouvait. Mais elle ne savait encore rien. Elle ne savait même pas où il se trouvait. Elle savait si peu de choses sur lui. Elle avait soigneusement évité de penser à cet homme qui l’avait tant troublée. Elle avait essayé d’éviter ce souvenir pour ne pas tomber sous son emprise. Mais elle avait conservé totalement intactes les images et les saveurs de leur rencontre.
Le lundi midi elle avait réussi à joindre Chloé comme convenu pour avoir son numéro. Malgré sa curiosité et son envie, elle n’avait pas voulu l’appeler trop vite. C’est en fin d’après-midi après son travail qu’elle s’était installée sur son lit pour composer le numéro. Philip avait répondu sans avoir l’air surpris. Ils ne s’étaient pas parlés depuis un mois et Kate avait perçu quelques différences d’intonations dans sa voix. Il était rentré de vacances depuis dix jours et avait du se rendre en Picardie pour régler une affaire de famille. Kate se balançait bien de ses différents notariaux avec ses oncles. Elle lui avait demandé pourquoi il avait pris la peine de lui transmettre son numéro. Philip avait semblé un peu embarrassé mais il avait finalement répondu avec franchise. D’un ton assez grave, après un court silence, il lui avait répondu :
« J’ai envie de savoir quel genre de femme vous êtes. »
Kate avait laissé à son tour un silence s’écouler. La phrase de Philip avait tourné et retourné dans son cerveau jusqu’à ce qu’elle puisse saisir un sens possible à ses mots. Son intention lui avait d’abord semblé être de savoir quelle sorte de personne elle était en dehors du contexte où ils s’étaient rencontrés, ou en dehors des vacances, ou en dehors de leur rencontre physique. Mais elle s’était dit aussi qu’il pouvait s’intéresser au contraire à sa personnalité sexuelle, à ses désirs, ses fantasmes, ses pulsions secrètes ou quelque chose de ce genre. Elle n’avait pas su comment prendre cette réponse.
« Je ne vois pas très bien ce que vous entendez par-là Philip. Lui avait-elle dit avec toute la gentillesse dont elle était capable.
- J’espère mieux vous connaître, si la chance nous est donnée, voilà tout.
- Moi aussi je suis curieuse d’en savoir un peu plus sur vous. Mais vous savez, je suis très occupée et j’ai un mari. Et vous, êtes-vous avec quelqu’un ? s’était-elle enquérie à son tour.
Il avait hésité encore un instant.
- Je sais que vous êtes mariée et je respecte votre vie, bien-sûr. Vous m’avez beaucoup troublé, vous savez. On ne rencontre pas souvent des femmes comme vous. Moi aussi je vis avec quelqu’un. Nous sommes ensemble depuis trois ans et je l’aime beaucoup. Peut-être que j’ai fait une erreur en voulant vous recontacter.
Kate avait basculé sur le côté et avait calé le gros coussin sous son bras.
- Je ne sais pas, avait-elle continué d’un air lascif, la vie est courte n’est ce pas.
- Je le pense aussi. Je me dis souvent que les vraies rencontres valent la peine d’être vécues.
Il avait réfléchi un instant et avait ajouté pour conclure :
- Je vous propose que l’on en reparle dans un jour ou deux si vous voulez y réfléchir un peu.
- Oui, c’est une très bonne idée. Si vous voulez, vous pouvez me rappeler demain vers la même heure.
Entre souvenir et désir
« Y réfléchir un peu, s’était elle répétée… Il est facile lui, s’il s’imagine que je suis en état de réfléchir… C’est pas vraiment mon cerveau qui réfléchit en ce moment ! »
Elle était restée sur son lit mi-boudeuse mi-songeuse. Au fond d’elle, Kate avait parfaitement ressenti l’appel de son amant de vacances. Mais elle était encore partagée entre son. Philip lui en avait désormais dit trop ou trop peu. A ce stade il était devenu difficile désir de conserver ce beau souvenir tel qu’il était et son instinct vibrant de femme curieuse et jouisseuse de reculer ou de le repousser. Elle était consciente qu’elle disposait encore pleinement de sa liberté de décision. C’est probablement pour cette raison, réalise t-elle, qu’elle avait tranché l’instant d’après…
La porte d’entré s’était ouverte et Yvan était apparu en souriant.

© LD 2006-2007
Illustration : Tricia
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