Sur la terrasse du Café Allegro, il avait pris certaines habitudes. Depuis un peu plus d’un an et demi, il aimait y revenir chaque fois qu’il devait passer dans le quartier pour le travail. L’atmosphère sereine de la brasserie art déco était idéale pour faire un break en milieu de journée. Ses principaux clients se trouvaient à proximité et il déjeunait fréquemment ici avec certains d’entre eux. C’était sa manière chaleureuse d’entretenir de bonnes relations et d’obtenir les meilleures informations sur ses concurrents.
Le carnet de notes de Philip
Mais ce matin Philip était venu seul et sans sa mallette de travail. Il avait commandé un café et avait extrait de sa poche un carnet de notes de petit format. Celui qui servait à rassembler ses notes sur son projet. Il pensait depuis quelques semaines (depuis la rencontre de Kate) à terminer de rédiger une sorte de guide humoristique à l’usage des amants, un manuel sensuel de savoir-vivre ou un recueil de consignes libertines. Quelque chose comme ça. Il ne savait pas encore très bien comment le formuler. Il avait entendu parler du Guide du queutard, un ouvrage alternatif et satirique sur la frivolité des mœurs contemporaines, mais il cherchait à l’adapter au cas de l’initiation d’une femme volage, ou plus simplement aux critères réussite d’une rencontre érotique.
La jeune Cynthia qu’il avait si bien accompagné l’année dernière l’avait poussé à inventer des situations inédites, insolites et souvent intéressantes. Il avait eu envie de les consigner puis de les partager. Pour cela il avait besoin de rassembler ses nouvelles idées, de parfaire sa vision, de perfectionner ses théories. Il discernait qu’il avait trouvé en Kate une compagne de jeu à la mesure de son projet. Il décida donc d’abord de noter chaque consigne qu’il lui donnerait et chaque étape de leur relation, ainsi que ses impressions au fur et à mesure de l’aventure qu’ils se préparaient à vivre ensemble. Mais pour l’instant, il avait une autre urgence : il devait préparer leur prochain rendez-vous.
A ce moment là de sa réflexion Philip s’était dit que l’intérêt du jeu pouvait peut-être même transcender la simple idée d’initiation d’un maître à son élève. Il pensa qu’il pourrait multiplier leurs divertissements en inversant leurs rôles, en se renvoyant la balle, en jouant de réciprocités et de défis. En réalité cette perspective correspondait bien mieux à ses propres désirs. Certes, il s’était beaucoup amusé avec la jeune Cynthia en la dirigeant à sa guise. Les penchants de la charmante cavalière pour les situations de soumission et d’obéissance avaient été comblés, mais il se demandait s’il ne l’aurait pas menée beaucoup plus loin en lui proposant de renverser les rôles à l’occasion.
Justine et la blonde
Il se fit apporter un autre café et leva les yeux pour dévisager les deux clientes qui venaient de s’installer en face. Il songea encore un moment à sa nouvelle idée. Il déchira lentement l’enveloppe de la dosette de sucre. « Oui, Kate doit avoir suffisamment de caractère pour tenir un rôle de maîtresse à ses heures. » Il versa le sucre dans son café. « Sur la plage, se souvint-il, elle m’avait bien sauté dessus, et si je l’avais laissé faire… » La cuillère tintait dans la tasse. Il revit les images de la plage, la robe de Kate qu’il avait relevée et la peau dorée de son corps qu’il avait découvert avec ravissement. La blonde d’en face avait quitté la veste de son tailleur en le regardant fixement. Sa copine (ou plus vraisemblablement sa collègue) s’était dirigée vers les toilettes. Il décida de demander directement l’avis d’une femme avant de penser sérieusement à faire cette proposition à Kate. Il sourit doucement à la blonde pour l’aborder :
« Excusez-moi madame, puis-je profiter un peu de votre présence ?
Elle sembla s’interroger, recula un peu sur son siège, puis lui fit un signe de la tête.
- … voilà, continua t-il, je me posais une question sur la psychologie des femmes en général. Vous allez certainement pouvoir me renseigner.
Sa copine revint à la table. La blonde lui adressa la parole :
- Justine, viens, assieds-toi, ce monsieur voulait me poser une question.
Il la salua en se présentant.
- Quel genre de question ? s’enquérit t-elle.
La blonde prit les devants :
- Sur les femmes… leur mentalité si j’ai bien compris.
- Oh ! Vaste sujet ! rétorqua Justine…
Philip reprit :
- C’est assez simple, mais c’est très personnel je crois. Voilà : d’après vous, est-il plus fréquent qu’une femme prenne plaisir à être dirigée ou dominée par un homme dans des jeux érotique par exemple, ou croyez-vous qu’elle puisse éprouver autant d’intérêt et de plaisir à tenir les rênes…
La blonde fit un mouvement des yeux. Philip ajouta :
- Je ne sais pas si je suis clair.
Justine réagit :
- Vous voulez dire dans les relations sado-maso ?
Elle baissa la voix en voyant arriver un vieux monsieur avec son chien.
- En fait, vous aimeriez bien être dominé, c’est ça ?
« Elle n’y va pas par quatre chemins, observa Philip, mais au moins elle est claire. »
Visiblement embarrassée par le sujet, la blonde était en train de rougir dangereusement.
Il tenta de préciser :
- Sans aller aussi loin, selon vous, dans les jeux de l’amour, si une élève a tout appris de son mentor, a t-elle un jour envie qu’il devienne à son tour son élève ?
- Je commence à comprendre, fit la blonde.
Le garçon prit leurs commandes : une orange pressée, un jus de goyave. Yvan observa que le vieux monsieur tendait l’oreille vers leur table.
- Eh bien c’est une sacrée question ! reprit Justine. Moi je sais que si je devais éduquer ceux qui m’ont appris à baiser, il y aurait du travail !
- C’est sûrement différent pour chaque personne, osa la blonde. Il y a des caractères différents. Et puis si l’élève a tout appris d’un seul maître, que pourrait-elle bien lui apprendre ?
- Vous avez sûrement raison, fit Philip, les gens ont souvent des prédispositions pour obéir ou diriger… mais ne dit-on pas de l’élève qu’il finit toujours par dépasser son maître ? Il me semble qu’un bon maître révèle l’élève à lui-même. Il devient donc très différent de lui.
Il termina son café refroidi et regarda sa montre.
- Je ne vais pas vous déranger plus. Je vais vous laisser conclut-il poliment. J’y vois plus clair maintenant.
- Au contraire c’était très intéressant avait ajouté Justine. Mais où en êtes-vous au juste avec votre copine, si ce n’est pas indiscret ?
- Et bien disons… d’une certaine façon, nous en sommes au début. On s’est rencontré cet été et on va se revoir. Ce qu’il y a d’un peu spécial c’est que nous sommes des amants occasionnels. On se reverra seulement de temps en temps. Alors comme on a envie de bien s’amuser quand même, je lui ai demandé si elle consentait à se prêter à quelques fantaisies, vous voyez…
- Des fantaisies comme quoi par exemple ? chuinta Justine avec gourmandise.
A la table de derrière, le mouvement du bras du vieux monsieur s’interrompit entre la table et ses lèvres.
- Des choses à faire en mon absence et en pensant à moi, répondit-il discrètement. Aujourd’hui je lui ai demandé de ne pas porter de sous-vêtements par exemple. Une autre fois peut-être que je lui demanderai d’aller séduire un inconnu comme si c’était moi… vous comprenez ? C’est une marque de confiance et d’obéissance, un jeu de complicité et de découverte de soi.
- Et vous aimeriez qu’elle vous fasse la même chose alors ? devina la blonde en léchant la paille de son jus de goyave.
- Oui, tout à fait : qu’elle me renvoie l’ascenseur, vous comprenez…
- Si c’est votre idée, je ne connais pas votre copine, mais à mon avis, il y a plein de femmes qui rêveraient d’un truc semblable, lâcha la blonde.
- Ca te plairait, à toi aussi ? frétilla Justine. »
Il avait pris quelques notes sur ces observations et avait refermé son carnet puis avait salué les deux femmes en les remerciant de leur franchise.
- Il faut vraiment que je vous quitte, mesdames. C’était un plaisir. A bientôt peut-être, avait-il conclu avec son sourire enjôleur rempli de promesses.
Seriez-vous libre ?
Il avait rejoint rapidement son hôtel et avait téléphoné à Kate sur-le-champ. Elle avait décroché après trois sonneries :
« Allo ?
- Bonjour c’est Philip. Comment allez-vous Kate ?
- Très bien…et vous ? répondit-elle avec un soleil dans la voix.
- Avez-vous bien reçu mon message d’hier soir ?
- Oui bien sur ! Vous avec bien failli perturber mes activités.
- J’espère que je ne vous ai pas importuné au moins !
- Non rassurez vous… vous m’avez agréablement surpris.
- Parfait… et qu’avez-vous fait ? se renseigna t-il.
- Et bien, j’ai obéi, confessa t-elle, troublée par la tournure que prenait si rapidement la conversation.
- Bravo ! Cela me touche beaucoup… Et quelle tenue portez-vous donc ?
- Une jupe et un haut assorti, de couleur rouge foncée, avec des motifs.
- Pourquoi ce choix ?
- C’est à cause de la forme de la jupe : elle est assez étroite… Je me méfie des coups de vent. Et puis la couleur foncée atténue un peu la transparence, si vous voyez ce que je veux dire ! ajouta t-elle en riant.
- Est-ce que votre mari s’est douté de quelque chose ?
- Je ne crois pas, il est parti très tôt ce matin.
- Et comment vous sentez-vous ?
- Parfaitement bien… très sexy, je dois avouer. J’ai juste eu un peu peur qu’on me remarque au travail. Heureusement qu’aujourd’hui je n’ai qu’un seul rendez-vous important. Mais en arrivant ce matin je crois bien qu’on m’a regardé bizarrement.
- J’imagine que cela ne vous déplait pas, n’est ce pas.
- Non… j’apprécie ce genre de danger qui procure des frissons. Et vous, pensiez-vous aussi à ma tenue particulière ? Je suis certaine que oui !
- Bien sur que je pensais à votre corps, à la possibilité que votre demi-nudité vous embarrasse à un moment inopportun. J’espère bien qu’il se passera quelque chose pour que vous soyez vue par accident.
- Mais vous êtes cruel !
- Vous savez que je dois quitter la ville ce soir.
- Oui je me souviens…
- J’ai prévu un petit moment pour nous autour de 18 h 30. Seriez-vous libre ?
Elle hésita un instant. « Décidément il a du culot » se dit-elle. Elle se réserva une petite marge de manœuvre, par simple pudeur :
- Je vais essayer de m’arranger.
Puis elle ajouta aussitôt :
- Où serez-vous ?
- Je serai encore à mon hôtel. Je descends rue Edmond Valentin à l’hôtel des Trois Colonnes, vous connaissez ?
- Oui je vois très bien.
- Vous n’aurez qu’à demander la chambre 319.
- Je vais voir, il faut maintenant que je vous laisse, on m’attend pour déjeuner. Au revoir Philip.
- Au revoir Kate. »
Penser à appeler Chloé
Elle avait déjeuné en compagnie de Sandra du service compta et de la nouvelle assistante de Michel Friedberg dont elle ne connaissait pas encore le nom. Sandra avait tenté de lui faire partager ses préoccupations au sujet de Gérald, de la régie, qui « avait sérieusement tendance à dérailler ces derniers temps. Il n’avait même pas voulu rappeler son client après la gaffe qu’il avait faite dans le format de la dernière pub Vinterthur, considérant que la graphiste n’avait qu’à faire correctement son boulot… » Elle entendait à peine ce qu’elle disait et se contentait de donner le change par des hum… hum… la bouche pleine à intervalles réguliers. Elle n’en avait vraiment rien à faire du sale caractère de Gérald qui de toute façon partait à la retraite dans trois mois. Elle était doucement absorbée par le rendez-vous de la dernière heure que Philip venait de lui fixer. Elle avait réalisé qu’elle allait enfin le revoir. Serait-il un peu différent de ce qu’elle s’imaginait ? La mémoire déforme parfois si vite l’image que l’on garde d’un être… Comment sera t-il habillé en ville ? Portera t-il encore le même délicieux parfum ? Se sentira t-elle toujours aussi troublée en sa présence ? Elle s’interrogeait aussi sur ses intentions, ses idées surprenantes, la portée de ses envies aussi. Mais plus que jamais elle sentait qu’elle entrait dans une drôle d’histoire qui risquait de la bousculer, de la déboussoler, de la troubler d’une manière nouvelle pour elle.
Elle sentit qu’elle aurait aimé partager cela avec quelqu’un. Elle aurait voulu parler de ses doutes et de son excitation avec une amie suffisamment compréhensive et complice qui ne la jugerait pas. Mais la seule qui pouvait vraiment la comprendre c’était Chloé, et elle ne l’avait pas sous la main. Alors elle envisagea de lui passer un coup de téléphone ce week-end.
A la fin du repas elle s’était aperçue que la nouvelle assistante qui était assise à son côté était diablement bien faite. Elle non plus ne semblait pas beaucoup s’intéresser à l’avenir de l’irascible Gérald. Elle lui avait parue calme et disponible, contrairement à Sandra. Alors en quittant la table Kate l’avait invitée à partager un café pour faire connaissance et l’observer un peu mieux. Dans le corridor, elle s’était délectée des mouvements félins de sa silhouette. Assurément Friedberg n’avait pas regardé que ses diplômes avant de la recruter. Elle lui demanda ses premières impressions sur l’équipe du journal et apprit qu’elle se prénommait Simone.
La proposition d’Alex
Vers 16 heures Kate avait reçu son rendez-vous comme prévu. Elle avait enfin réussi à rencontrer le fameux Bernard Strazza. Il revenait de ses conférences dans musées et les universités du Japon. Il avait semblé très ouvert et avait même manifesté un certain enthousiasme quand elle lui avait présenté son idée de reportage. L’art figuratif des Etrusques présentait effectivement toutes les caractéristiques favorables pour faire l’objet d’un joli dossier destiné au large public du magazine. Elle pensait qu’elle tenait là le spécialiste qu’il lui fallait pour son numéro de janvier. Après avoir discuté des différents aspects qu’ils aborderaient dans le dossier (ils se contenteraient d’aborder les périodes archaïques et classiques et ils laisseraient de côté l’art funéraire et l’architecture), ils avaient convenu de se revoir une semaine plus tard avec les documents qu’il détenait et les points de vue de quelques autres historiens. Kate s’occuperait d’interroger les deux ou trois galeristes et antiquaires spécialisés qu’elle connaissait. Elle contacterait plus tard les artistes qui lui semblaient pouvoir s’intéresser au sujet.
En prenant congé de son érudit interlocuteur, Kate ne s’était plus sentie d’humeur très travailleuse. L’heure de la rencontre avec Philip approchait avec une lenteur désespérante. Elle avait décidé de se joindre à Alex pour tuer le temps utilement en lui donnant un coup de main pour sa chronique Evasion. Il terminait de collecter les bonnes adresses sur Marrakech et l’avait accueilli chaleureusement.
« Kate ! Tu es sublime aujourd’hui, la complimenta t-il. Mais regardez-moi cette allure… ! Comment fais-tu pour être aussi jolie ? »
Alex était toujours très loquace et sa réaction ne la surprit pas. C’était le genre d’homme qui aimait les femmes et qui le clamait à qui voulait l’entendre. Il était toujours très professionnel avec Kate mais il ne manquait jamais une occasion de lui montrer qu’elle lui plaisait.
« Merci Alex, tu es très gentil. Je peux t’aider à quelque chose ? J’ai terminé avec Strazza. »
L’œil d’Alex scintilla en devinant qu’elle était nue sous sa tenue. Devant l’intensité lumineuse de la baie vitrée, le contre-jour ne laissait aucun doute. Elle le vit qui fixait ses hanches et le questionna sur sa chronique du mois suivant.
« Barcelone, lui bredouilla t-il l’air absent.
Après un instant d’hésitation il ajouta :
- Ca tombe bien, j’aurais besoin de quelqu’un pour assurer le reportage photo. Serais-tu partante à tout hasard ?
Elle tourna sur elle-même et jeta un œil à travers la fenêtre.
- Pourquoi pas… Il faut que je vérifie le planning avec Ludo. Je te dirai ça lundi prochain.
- Ok, maintenant si tu veux bien, aide-moi à mettre les adresses en bon ordre, il faut que je boucle ça se soir. »
Hôtel des Trois Colonnes
A 18 h 25, elle était arrivée devant l’hôtel des Trois Colonnes. A l’arrière du véhicule qui s’était habilement faufilé au milieu de la circulation chaotique de la ville, Kate s’était sentie à la fois invincible, guerrière amazone prête à affronter toutes les épreuves de son audacieux amant, et aussi vulnérable qu’une petite fille. Jamais elle ne s’était sentie plus désarmée et désorientée face à l’aventure qui l’attendait. Elle s’était sentie sure d’elle et de ses charmes, désirée et attendue, mais son cœur battait la chamade si fort qu’elle l’avait entendu résonner jusque dans sa tête et dans son ventre. En ouvrant la portière arrière du taxi, elle avait levé les yeux pour s’assurer de l’adresse et avait manqué de se fouler une cheville sur le bord du trottoir.
Elle s’était dirigée vers la réception en jetant un regard circulaire dans le hall élégamment décoré et avait indiqué qu’elle cherchait la chambre 319. L’hôtesse l’avait renseignée en lui montrant la direction de l’ascenseur avec un sourire courtois mais distrait. Kate avait croisé un couple avec un enfant. L’homme avait furtivement égaré son regard dans son décolleté arrondi. Dans la cabine elle s’était retrouvée seule quelques instants et avait fixé le miroir. Elle avait remis un peu d’ordre dans sa coiffure et s’était retournée pour s’assurer de sa tenue. Elle s’était apaisée en observant qu’avec cette jupe, les exquises rondeurs de ses fesses étaient parfaitement en valeur.
Au troisième étage elle marcha sur l’épaisse moquette jusqu’au numéro qu’il lui avait donné. Elle s’apprêtait à frapper quand elle s’aperçut que la porte était entrouverte. Elle poussa timidement et entra dans la pièce. Les rideaux étaient tirés, la pièce était très sombre. Elle avança et heurta une table basse. Elle demanda s’il y avait quelqu’un. Derrière elle, la porte claqua en se refermant. Personne ne lui répondit. Elle fut parcourue d’un long frisson d’angoisse et osa difficilement renouveler son appel.
« Etes-vous là, Philip ?
- Oui je suis là Kate, répondit l’homme d’une voix calme. Je vous félicite pour votre ponctualité… Je suis très heureux de vous revoir.
Elle ne parvenait toujours pas à le distinguer mais c’était bien sa voix. Elle n’osait pas demander pourquoi la pièce était si sombre, devinant par avance que cela faisait partie d’une mise en scène préparée par Philip.
- Moi aussi, répondit-elle ironiquement.
Ses yeux commençaient à s’habituer à la pénombre et elle devina la silhouette de Philip à sa droite. Elle décela aussi les formes d’un fauteuil à côté de la table basse, puis elle fit un effort pour percevoir les odeurs de la pièce. Elle découvrit les effluves d’un bouquet de fleurs. L’odeur était assez forte et l’empêchait de reconnaître celle de Philip.
- Je me demandais si vous viendriez.
- A midi, j’étais un peu pressée, excusez-moi.
- Approchez-vous et posez votre sac, je vous en prie.
Il s’avança vers elle, lui demanda de fermer les yeux et noua un bandeau autour de sa tête.
- Mais que faites-vous ? s’inquiéta t-elle.
- Vous n’aurez pas le loisir de me voir, telle sera notre règle aujourd’hui, lui précisa t-il.
- Pourquoi pas, fit-elle, mi-déçue mi-enjouée. »
A présent il était suffisamment à sa proximité pour qu’elle puisse flairer son parfum. Quelques secondes lui suffirent pour retrouver les délicieuses sensations de leur première rencontre.
De l’appréhension à l’excitation
« Maintenant déshabillez-vous et posez votre veste sur la table qui se trouve devant vous. Otez votre jupe aussi. Ne gardez que vos chaussures.
Pendant ce temps, elle entendit qu’il ouvrit un rideau.
- Et vous, comment êtes-vous habillé ? demanda t-elle.
- Une simple chemise blanche et un pantalon de saison.
- Très élégant, j’imagine soupira t-elle. Et en dessous ?
- Comme vous, je ne porte aucun sous-vêtement aujourd’hui. Juste pour vous plaire, ajouta t-il.
Elle avait terminé de déboutonner sa veste. Elle se sentait observée. Cela lui plaisait mais l’appréhension due à sa cécité était encore trop forte pour qu’elle se laisse envahir par son excitation.
- J’apprécie beaucoup votre geste cher Philip. Depuis ce matin ?
- Oui bien sur, tout comme vous… mais vous ne le saviez pas.
- Toute la différence est là ! Je demande cependant à vérifier. Qui me dit que vous ne me mentez pas ?
- Je croyais que vous me faisiez confiance.
- Oui, bien entendu…
Il s’approcha d’elle et lui prit la main pour la poser sur la braguette de son pantalon. Elle referma doucement les doigts pour saisir son membre qu’elle découvrit en demi-érection.
- Aucun doute, fit-elle pas l’ombre d’un slip ni d’un caleçon !
Elle fit tomber sa jupe au sol d’un savant mouvement coordonné de la hanche et de la jambe. Il prit le vêtement et le déposa sur la table puis il l’invita à s’approcher du fauteuil.
- Voulez-vous vous asseoir et boire quelque chose ?
- Avec plaisir…
Elle devina qu’il lui servit un verre et observa un silence.
- Tenez, et trinquons à nos retrouvailles.
- Merci. Hum… du champagne ! Excellent choix, ça ne me surprend pas de vous. »
Le pétillement et la fraîcheur de la boisson continuèrent à ravir ses sens. En face d’elle l’homme la détaillait attentivement. Il lui demanda d’ouvrir les cuisses et de s’introduire un doigt pour l’informer de son degré d’excitation. Elle s’exécuta en mesurant ses mouvements et en imaginant le regard troublé de son amant. De sa main gauche, elle tendit le majeur, toucha délicatement ses lèvres, et enfonça lascivement son doigt jusqu’à la deuxième phalange. Elle ne put retenir un gémissement de contentement et creusa son ventre pour ouvrir un peu plus son bassin.
« Je dirais que… l’ambiance est bonne, fit-elle. »
Ce genre de questions
Il prit le temps de terminer sa flutte en lui faisant part des questions qu’il se posait sur les comportements des femmes, et plus particulièrement sur elle. Avec détachement, il lui indiqua :
« Il faudra que nous parlions vous et moi. Je me demande jusqu’où vous oseriez me suivre. »
Totalement nue, elle continuait à apprécier la caresse de ses doigts en buvant à petites gorgées. En soupirant elle rétorqua gentiment :
« Pour l’instant je vous suis Philip, mais je ne crois pas que nous soyons là pour nous poser ce genre de questions. »
Cette parole l’obligea à réagir. Il s’approcha d’elle pour l’embrasser. Elle sentit qu’il appuyait sa bouche contre la sienne et répondit à ce baiser avec une fougue inhabituelle. Le contact chaud de ses lèvres et de sa langue provoquèrent en elle un effet ravageur. Kate adorait les baisers langoureux, profonds, et charnels. Rares avaient été ses amants qui avaient su l’embrasser comme elle espérait. Soudain elle se souvint à quel point elle aimait être embrassée : le simple plaisir d’un vrai baiser passionné restait inégalable. Surpris par sa ferveur et par le vif plaisir qu’elle y trouvait, il continua à longuement l’embrasser puis lorsqu’elle sembla rassasiée, il lui demanda :
« Posez donc votre flutte et montrez-moi votre cul.
- Pas encore ! Je veux vous déshabiller, répondit-elle. »
Et elle attrapa sa ceinture pour la dégrafer, tira sur son pantalon, passa sa chemise par dessus sa tête et le débarrassa de ses chaussures avec dextérité. Puis elle se retourna sur le fauteuil à genoux.
« Comme ceci ?
- Vous êtes parfaite… »
Il était venu derrière elle, avait effleuré ses jambes ses fesses et ses reins divinement cambrés, avait mordu un peu ses épaules et son cou et lui avait murmuré qu’il adorait son audace et qu’elle n’était pas au bout de ses surprises. Elle s’était sentie foudroyée par le désir. Cet espèce de maniaque était arrivé à l’exciter comme personne. Elle n’avait plus attendu que sa queue au fond de son ventre pour être comblée par ce rendez-vous clandestin. Mais qu’attendait il ? Fallait-il qu’elle le supplie ? Elle lui vit un signe en passant sa main entre ses cuisses espérant qu’il cesserait de la faire attendre. Elle sentit alors qu’il concentrait ses caresses autour de son cul…
Le carnet de notes de Philip
Mais ce matin Philip était venu seul et sans sa mallette de travail. Il avait commandé un café et avait extrait de sa poche un carnet de notes de petit format. Celui qui servait à rassembler ses notes sur son projet. Il pensait depuis quelques semaines (depuis la rencontre de Kate) à terminer de rédiger une sorte de guide humoristique à l’usage des amants, un manuel sensuel de savoir-vivre ou un recueil de consignes libertines. Quelque chose comme ça. Il ne savait pas encore très bien comment le formuler. Il avait entendu parler du Guide du queutard, un ouvrage alternatif et satirique sur la frivolité des mœurs contemporaines, mais il cherchait à l’adapter au cas de l’initiation d’une femme volage, ou plus simplement aux critères réussite d’une rencontre érotique.
La jeune Cynthia qu’il avait si bien accompagné l’année dernière l’avait poussé à inventer des situations inédites, insolites et souvent intéressantes. Il avait eu envie de les consigner puis de les partager. Pour cela il avait besoin de rassembler ses nouvelles idées, de parfaire sa vision, de perfectionner ses théories. Il discernait qu’il avait trouvé en Kate une compagne de jeu à la mesure de son projet. Il décida donc d’abord de noter chaque consigne qu’il lui donnerait et chaque étape de leur relation, ainsi que ses impressions au fur et à mesure de l’aventure qu’ils se préparaient à vivre ensemble. Mais pour l’instant, il avait une autre urgence : il devait préparer leur prochain rendez-vous.
A ce moment là de sa réflexion Philip s’était dit que l’intérêt du jeu pouvait peut-être même transcender la simple idée d’initiation d’un maître à son élève. Il pensa qu’il pourrait multiplier leurs divertissements en inversant leurs rôles, en se renvoyant la balle, en jouant de réciprocités et de défis. En réalité cette perspective correspondait bien mieux à ses propres désirs. Certes, il s’était beaucoup amusé avec la jeune Cynthia en la dirigeant à sa guise. Les penchants de la charmante cavalière pour les situations de soumission et d’obéissance avaient été comblés, mais il se demandait s’il ne l’aurait pas menée beaucoup plus loin en lui proposant de renverser les rôles à l’occasion.
Justine et la blonde
Il se fit apporter un autre café et leva les yeux pour dévisager les deux clientes qui venaient de s’installer en face. Il songea encore un moment à sa nouvelle idée. Il déchira lentement l’enveloppe de la dosette de sucre. « Oui, Kate doit avoir suffisamment de caractère pour tenir un rôle de maîtresse à ses heures. » Il versa le sucre dans son café. « Sur la plage, se souvint-il, elle m’avait bien sauté dessus, et si je l’avais laissé faire… » La cuillère tintait dans la tasse. Il revit les images de la plage, la robe de Kate qu’il avait relevée et la peau dorée de son corps qu’il avait découvert avec ravissement. La blonde d’en face avait quitté la veste de son tailleur en le regardant fixement. Sa copine (ou plus vraisemblablement sa collègue) s’était dirigée vers les toilettes. Il décida de demander directement l’avis d’une femme avant de penser sérieusement à faire cette proposition à Kate. Il sourit doucement à la blonde pour l’aborder :
« Excusez-moi madame, puis-je profiter un peu de votre présence ?
Elle sembla s’interroger, recula un peu sur son siège, puis lui fit un signe de la tête.
- … voilà, continua t-il, je me posais une question sur la psychologie des femmes en général. Vous allez certainement pouvoir me renseigner.
Sa copine revint à la table. La blonde lui adressa la parole :
- Justine, viens, assieds-toi, ce monsieur voulait me poser une question.
Il la salua en se présentant.
- Quel genre de question ? s’enquérit t-elle.
La blonde prit les devants :
- Sur les femmes… leur mentalité si j’ai bien compris.
- Oh ! Vaste sujet ! rétorqua Justine…
Philip reprit :
- C’est assez simple, mais c’est très personnel je crois. Voilà : d’après vous, est-il plus fréquent qu’une femme prenne plaisir à être dirigée ou dominée par un homme dans des jeux érotique par exemple, ou croyez-vous qu’elle puisse éprouver autant d’intérêt et de plaisir à tenir les rênes…
La blonde fit un mouvement des yeux. Philip ajouta :
- Je ne sais pas si je suis clair.
Justine réagit :
- Vous voulez dire dans les relations sado-maso ?
Elle baissa la voix en voyant arriver un vieux monsieur avec son chien.
- En fait, vous aimeriez bien être dominé, c’est ça ?
« Elle n’y va pas par quatre chemins, observa Philip, mais au moins elle est claire. »
Visiblement embarrassée par le sujet, la blonde était en train de rougir dangereusement.
Il tenta de préciser :
- Sans aller aussi loin, selon vous, dans les jeux de l’amour, si une élève a tout appris de son mentor, a t-elle un jour envie qu’il devienne à son tour son élève ?
- Je commence à comprendre, fit la blonde.
Le garçon prit leurs commandes : une orange pressée, un jus de goyave. Yvan observa que le vieux monsieur tendait l’oreille vers leur table.
- Eh bien c’est une sacrée question ! reprit Justine. Moi je sais que si je devais éduquer ceux qui m’ont appris à baiser, il y aurait du travail !
- C’est sûrement différent pour chaque personne, osa la blonde. Il y a des caractères différents. Et puis si l’élève a tout appris d’un seul maître, que pourrait-elle bien lui apprendre ?
- Vous avez sûrement raison, fit Philip, les gens ont souvent des prédispositions pour obéir ou diriger… mais ne dit-on pas de l’élève qu’il finit toujours par dépasser son maître ? Il me semble qu’un bon maître révèle l’élève à lui-même. Il devient donc très différent de lui.
Il termina son café refroidi et regarda sa montre.
- Je ne vais pas vous déranger plus. Je vais vous laisser conclut-il poliment. J’y vois plus clair maintenant.
- Au contraire c’était très intéressant avait ajouté Justine. Mais où en êtes-vous au juste avec votre copine, si ce n’est pas indiscret ?
- Et bien disons… d’une certaine façon, nous en sommes au début. On s’est rencontré cet été et on va se revoir. Ce qu’il y a d’un peu spécial c’est que nous sommes des amants occasionnels. On se reverra seulement de temps en temps. Alors comme on a envie de bien s’amuser quand même, je lui ai demandé si elle consentait à se prêter à quelques fantaisies, vous voyez…
- Des fantaisies comme quoi par exemple ? chuinta Justine avec gourmandise.
A la table de derrière, le mouvement du bras du vieux monsieur s’interrompit entre la table et ses lèvres.
- Des choses à faire en mon absence et en pensant à moi, répondit-il discrètement. Aujourd’hui je lui ai demandé de ne pas porter de sous-vêtements par exemple. Une autre fois peut-être que je lui demanderai d’aller séduire un inconnu comme si c’était moi… vous comprenez ? C’est une marque de confiance et d’obéissance, un jeu de complicité et de découverte de soi.
- Et vous aimeriez qu’elle vous fasse la même chose alors ? devina la blonde en léchant la paille de son jus de goyave.
- Oui, tout à fait : qu’elle me renvoie l’ascenseur, vous comprenez…
- Si c’est votre idée, je ne connais pas votre copine, mais à mon avis, il y a plein de femmes qui rêveraient d’un truc semblable, lâcha la blonde.
- Ca te plairait, à toi aussi ? frétilla Justine. »
Il avait pris quelques notes sur ces observations et avait refermé son carnet puis avait salué les deux femmes en les remerciant de leur franchise.
- Il faut vraiment que je vous quitte, mesdames. C’était un plaisir. A bientôt peut-être, avait-il conclu avec son sourire enjôleur rempli de promesses.
Seriez-vous libre ?
Il avait rejoint rapidement son hôtel et avait téléphoné à Kate sur-le-champ. Elle avait décroché après trois sonneries :
« Allo ?
- Bonjour c’est Philip. Comment allez-vous Kate ?
- Très bien…et vous ? répondit-elle avec un soleil dans la voix.
- Avez-vous bien reçu mon message d’hier soir ?
- Oui bien sur ! Vous avec bien failli perturber mes activités.
- J’espère que je ne vous ai pas importuné au moins !
- Non rassurez vous… vous m’avez agréablement surpris.
- Parfait… et qu’avez-vous fait ? se renseigna t-il.
- Et bien, j’ai obéi, confessa t-elle, troublée par la tournure que prenait si rapidement la conversation.
- Bravo ! Cela me touche beaucoup… Et quelle tenue portez-vous donc ?
- Une jupe et un haut assorti, de couleur rouge foncée, avec des motifs.
- Pourquoi ce choix ?
- C’est à cause de la forme de la jupe : elle est assez étroite… Je me méfie des coups de vent. Et puis la couleur foncée atténue un peu la transparence, si vous voyez ce que je veux dire ! ajouta t-elle en riant.
- Est-ce que votre mari s’est douté de quelque chose ?
- Je ne crois pas, il est parti très tôt ce matin.
- Et comment vous sentez-vous ?
- Parfaitement bien… très sexy, je dois avouer. J’ai juste eu un peu peur qu’on me remarque au travail. Heureusement qu’aujourd’hui je n’ai qu’un seul rendez-vous important. Mais en arrivant ce matin je crois bien qu’on m’a regardé bizarrement.
- J’imagine que cela ne vous déplait pas, n’est ce pas.
- Non… j’apprécie ce genre de danger qui procure des frissons. Et vous, pensiez-vous aussi à ma tenue particulière ? Je suis certaine que oui !
- Bien sur que je pensais à votre corps, à la possibilité que votre demi-nudité vous embarrasse à un moment inopportun. J’espère bien qu’il se passera quelque chose pour que vous soyez vue par accident.
- Mais vous êtes cruel !
- Vous savez que je dois quitter la ville ce soir.
- Oui je me souviens…
- J’ai prévu un petit moment pour nous autour de 18 h 30. Seriez-vous libre ?
Elle hésita un instant. « Décidément il a du culot » se dit-elle. Elle se réserva une petite marge de manœuvre, par simple pudeur :
- Je vais essayer de m’arranger.
Puis elle ajouta aussitôt :
- Où serez-vous ?
- Je serai encore à mon hôtel. Je descends rue Edmond Valentin à l’hôtel des Trois Colonnes, vous connaissez ?
- Oui je vois très bien.
- Vous n’aurez qu’à demander la chambre 319.
- Je vais voir, il faut maintenant que je vous laisse, on m’attend pour déjeuner. Au revoir Philip.
- Au revoir Kate. »
Penser à appeler Chloé
Elle avait déjeuné en compagnie de Sandra du service compta et de la nouvelle assistante de Michel Friedberg dont elle ne connaissait pas encore le nom. Sandra avait tenté de lui faire partager ses préoccupations au sujet de Gérald, de la régie, qui « avait sérieusement tendance à dérailler ces derniers temps. Il n’avait même pas voulu rappeler son client après la gaffe qu’il avait faite dans le format de la dernière pub Vinterthur, considérant que la graphiste n’avait qu’à faire correctement son boulot… » Elle entendait à peine ce qu’elle disait et se contentait de donner le change par des hum… hum… la bouche pleine à intervalles réguliers. Elle n’en avait vraiment rien à faire du sale caractère de Gérald qui de toute façon partait à la retraite dans trois mois. Elle était doucement absorbée par le rendez-vous de la dernière heure que Philip venait de lui fixer. Elle avait réalisé qu’elle allait enfin le revoir. Serait-il un peu différent de ce qu’elle s’imaginait ? La mémoire déforme parfois si vite l’image que l’on garde d’un être… Comment sera t-il habillé en ville ? Portera t-il encore le même délicieux parfum ? Se sentira t-elle toujours aussi troublée en sa présence ? Elle s’interrogeait aussi sur ses intentions, ses idées surprenantes, la portée de ses envies aussi. Mais plus que jamais elle sentait qu’elle entrait dans une drôle d’histoire qui risquait de la bousculer, de la déboussoler, de la troubler d’une manière nouvelle pour elle.
Elle sentit qu’elle aurait aimé partager cela avec quelqu’un. Elle aurait voulu parler de ses doutes et de son excitation avec une amie suffisamment compréhensive et complice qui ne la jugerait pas. Mais la seule qui pouvait vraiment la comprendre c’était Chloé, et elle ne l’avait pas sous la main. Alors elle envisagea de lui passer un coup de téléphone ce week-end.
A la fin du repas elle s’était aperçue que la nouvelle assistante qui était assise à son côté était diablement bien faite. Elle non plus ne semblait pas beaucoup s’intéresser à l’avenir de l’irascible Gérald. Elle lui avait parue calme et disponible, contrairement à Sandra. Alors en quittant la table Kate l’avait invitée à partager un café pour faire connaissance et l’observer un peu mieux. Dans le corridor, elle s’était délectée des mouvements félins de sa silhouette. Assurément Friedberg n’avait pas regardé que ses diplômes avant de la recruter. Elle lui demanda ses premières impressions sur l’équipe du journal et apprit qu’elle se prénommait Simone.
La proposition d’Alex
Vers 16 heures Kate avait reçu son rendez-vous comme prévu. Elle avait enfin réussi à rencontrer le fameux Bernard Strazza. Il revenait de ses conférences dans musées et les universités du Japon. Il avait semblé très ouvert et avait même manifesté un certain enthousiasme quand elle lui avait présenté son idée de reportage. L’art figuratif des Etrusques présentait effectivement toutes les caractéristiques favorables pour faire l’objet d’un joli dossier destiné au large public du magazine. Elle pensait qu’elle tenait là le spécialiste qu’il lui fallait pour son numéro de janvier. Après avoir discuté des différents aspects qu’ils aborderaient dans le dossier (ils se contenteraient d’aborder les périodes archaïques et classiques et ils laisseraient de côté l’art funéraire et l’architecture), ils avaient convenu de se revoir une semaine plus tard avec les documents qu’il détenait et les points de vue de quelques autres historiens. Kate s’occuperait d’interroger les deux ou trois galeristes et antiquaires spécialisés qu’elle connaissait. Elle contacterait plus tard les artistes qui lui semblaient pouvoir s’intéresser au sujet.
En prenant congé de son érudit interlocuteur, Kate ne s’était plus sentie d’humeur très travailleuse. L’heure de la rencontre avec Philip approchait avec une lenteur désespérante. Elle avait décidé de se joindre à Alex pour tuer le temps utilement en lui donnant un coup de main pour sa chronique Evasion. Il terminait de collecter les bonnes adresses sur Marrakech et l’avait accueilli chaleureusement.
« Kate ! Tu es sublime aujourd’hui, la complimenta t-il. Mais regardez-moi cette allure… ! Comment fais-tu pour être aussi jolie ? »
Alex était toujours très loquace et sa réaction ne la surprit pas. C’était le genre d’homme qui aimait les femmes et qui le clamait à qui voulait l’entendre. Il était toujours très professionnel avec Kate mais il ne manquait jamais une occasion de lui montrer qu’elle lui plaisait.
« Merci Alex, tu es très gentil. Je peux t’aider à quelque chose ? J’ai terminé avec Strazza. »
L’œil d’Alex scintilla en devinant qu’elle était nue sous sa tenue. Devant l’intensité lumineuse de la baie vitrée, le contre-jour ne laissait aucun doute. Elle le vit qui fixait ses hanches et le questionna sur sa chronique du mois suivant.
« Barcelone, lui bredouilla t-il l’air absent.
Après un instant d’hésitation il ajouta :
- Ca tombe bien, j’aurais besoin de quelqu’un pour assurer le reportage photo. Serais-tu partante à tout hasard ?
Elle tourna sur elle-même et jeta un œil à travers la fenêtre.
- Pourquoi pas… Il faut que je vérifie le planning avec Ludo. Je te dirai ça lundi prochain.
- Ok, maintenant si tu veux bien, aide-moi à mettre les adresses en bon ordre, il faut que je boucle ça se soir. »
Hôtel des Trois Colonnes
A 18 h 25, elle était arrivée devant l’hôtel des Trois Colonnes. A l’arrière du véhicule qui s’était habilement faufilé au milieu de la circulation chaotique de la ville, Kate s’était sentie à la fois invincible, guerrière amazone prête à affronter toutes les épreuves de son audacieux amant, et aussi vulnérable qu’une petite fille. Jamais elle ne s’était sentie plus désarmée et désorientée face à l’aventure qui l’attendait. Elle s’était sentie sure d’elle et de ses charmes, désirée et attendue, mais son cœur battait la chamade si fort qu’elle l’avait entendu résonner jusque dans sa tête et dans son ventre. En ouvrant la portière arrière du taxi, elle avait levé les yeux pour s’assurer de l’adresse et avait manqué de se fouler une cheville sur le bord du trottoir.
Elle s’était dirigée vers la réception en jetant un regard circulaire dans le hall élégamment décoré et avait indiqué qu’elle cherchait la chambre 319. L’hôtesse l’avait renseignée en lui montrant la direction de l’ascenseur avec un sourire courtois mais distrait. Kate avait croisé un couple avec un enfant. L’homme avait furtivement égaré son regard dans son décolleté arrondi. Dans la cabine elle s’était retrouvée seule quelques instants et avait fixé le miroir. Elle avait remis un peu d’ordre dans sa coiffure et s’était retournée pour s’assurer de sa tenue. Elle s’était apaisée en observant qu’avec cette jupe, les exquises rondeurs de ses fesses étaient parfaitement en valeur.
Au troisième étage elle marcha sur l’épaisse moquette jusqu’au numéro qu’il lui avait donné. Elle s’apprêtait à frapper quand elle s’aperçut que la porte était entrouverte. Elle poussa timidement et entra dans la pièce. Les rideaux étaient tirés, la pièce était très sombre. Elle avança et heurta une table basse. Elle demanda s’il y avait quelqu’un. Derrière elle, la porte claqua en se refermant. Personne ne lui répondit. Elle fut parcourue d’un long frisson d’angoisse et osa difficilement renouveler son appel.
« Etes-vous là, Philip ?
- Oui je suis là Kate, répondit l’homme d’une voix calme. Je vous félicite pour votre ponctualité… Je suis très heureux de vous revoir.
Elle ne parvenait toujours pas à le distinguer mais c’était bien sa voix. Elle n’osait pas demander pourquoi la pièce était si sombre, devinant par avance que cela faisait partie d’une mise en scène préparée par Philip.
- Moi aussi, répondit-elle ironiquement.
Ses yeux commençaient à s’habituer à la pénombre et elle devina la silhouette de Philip à sa droite. Elle décela aussi les formes d’un fauteuil à côté de la table basse, puis elle fit un effort pour percevoir les odeurs de la pièce. Elle découvrit les effluves d’un bouquet de fleurs. L’odeur était assez forte et l’empêchait de reconnaître celle de Philip.
- Je me demandais si vous viendriez.
- A midi, j’étais un peu pressée, excusez-moi.
- Approchez-vous et posez votre sac, je vous en prie.
Il s’avança vers elle, lui demanda de fermer les yeux et noua un bandeau autour de sa tête.
- Mais que faites-vous ? s’inquiéta t-elle.
- Vous n’aurez pas le loisir de me voir, telle sera notre règle aujourd’hui, lui précisa t-il.
- Pourquoi pas, fit-elle, mi-déçue mi-enjouée. »
A présent il était suffisamment à sa proximité pour qu’elle puisse flairer son parfum. Quelques secondes lui suffirent pour retrouver les délicieuses sensations de leur première rencontre.
De l’appréhension à l’excitation
« Maintenant déshabillez-vous et posez votre veste sur la table qui se trouve devant vous. Otez votre jupe aussi. Ne gardez que vos chaussures.
Pendant ce temps, elle entendit qu’il ouvrit un rideau.
- Et vous, comment êtes-vous habillé ? demanda t-elle.
- Une simple chemise blanche et un pantalon de saison.
- Très élégant, j’imagine soupira t-elle. Et en dessous ?
- Comme vous, je ne porte aucun sous-vêtement aujourd’hui. Juste pour vous plaire, ajouta t-il.
Elle avait terminé de déboutonner sa veste. Elle se sentait observée. Cela lui plaisait mais l’appréhension due à sa cécité était encore trop forte pour qu’elle se laisse envahir par son excitation.
- J’apprécie beaucoup votre geste cher Philip. Depuis ce matin ?
- Oui bien sur, tout comme vous… mais vous ne le saviez pas.
- Toute la différence est là ! Je demande cependant à vérifier. Qui me dit que vous ne me mentez pas ?
- Je croyais que vous me faisiez confiance.
- Oui, bien entendu…
Il s’approcha d’elle et lui prit la main pour la poser sur la braguette de son pantalon. Elle referma doucement les doigts pour saisir son membre qu’elle découvrit en demi-érection.
- Aucun doute, fit-elle pas l’ombre d’un slip ni d’un caleçon !
Elle fit tomber sa jupe au sol d’un savant mouvement coordonné de la hanche et de la jambe. Il prit le vêtement et le déposa sur la table puis il l’invita à s’approcher du fauteuil.
- Voulez-vous vous asseoir et boire quelque chose ?
- Avec plaisir…
Elle devina qu’il lui servit un verre et observa un silence.
- Tenez, et trinquons à nos retrouvailles.
- Merci. Hum… du champagne ! Excellent choix, ça ne me surprend pas de vous. »
Le pétillement et la fraîcheur de la boisson continuèrent à ravir ses sens. En face d’elle l’homme la détaillait attentivement. Il lui demanda d’ouvrir les cuisses et de s’introduire un doigt pour l’informer de son degré d’excitation. Elle s’exécuta en mesurant ses mouvements et en imaginant le regard troublé de son amant. De sa main gauche, elle tendit le majeur, toucha délicatement ses lèvres, et enfonça lascivement son doigt jusqu’à la deuxième phalange. Elle ne put retenir un gémissement de contentement et creusa son ventre pour ouvrir un peu plus son bassin.
« Je dirais que… l’ambiance est bonne, fit-elle. »
Ce genre de questions
Il prit le temps de terminer sa flutte en lui faisant part des questions qu’il se posait sur les comportements des femmes, et plus particulièrement sur elle. Avec détachement, il lui indiqua :
« Il faudra que nous parlions vous et moi. Je me demande jusqu’où vous oseriez me suivre. »
Totalement nue, elle continuait à apprécier la caresse de ses doigts en buvant à petites gorgées. En soupirant elle rétorqua gentiment :
« Pour l’instant je vous suis Philip, mais je ne crois pas que nous soyons là pour nous poser ce genre de questions. »
Cette parole l’obligea à réagir. Il s’approcha d’elle pour l’embrasser. Elle sentit qu’il appuyait sa bouche contre la sienne et répondit à ce baiser avec une fougue inhabituelle. Le contact chaud de ses lèvres et de sa langue provoquèrent en elle un effet ravageur. Kate adorait les baisers langoureux, profonds, et charnels. Rares avaient été ses amants qui avaient su l’embrasser comme elle espérait. Soudain elle se souvint à quel point elle aimait être embrassée : le simple plaisir d’un vrai baiser passionné restait inégalable. Surpris par sa ferveur et par le vif plaisir qu’elle y trouvait, il continua à longuement l’embrasser puis lorsqu’elle sembla rassasiée, il lui demanda :
« Posez donc votre flutte et montrez-moi votre cul.
- Pas encore ! Je veux vous déshabiller, répondit-elle. »
Et elle attrapa sa ceinture pour la dégrafer, tira sur son pantalon, passa sa chemise par dessus sa tête et le débarrassa de ses chaussures avec dextérité. Puis elle se retourna sur le fauteuil à genoux.
« Comme ceci ?
- Vous êtes parfaite… »
Il était venu derrière elle, avait effleuré ses jambes ses fesses et ses reins divinement cambrés, avait mordu un peu ses épaules et son cou et lui avait murmuré qu’il adorait son audace et qu’elle n’était pas au bout de ses surprises. Elle s’était sentie foudroyée par le désir. Cet espèce de maniaque était arrivé à l’exciter comme personne. Elle n’avait plus attendu que sa queue au fond de son ventre pour être comblée par ce rendez-vous clandestin. Mais qu’attendait il ? Fallait-il qu’elle le supplie ? Elle lui vit un signe en passant sa main entre ses cuisses espérant qu’il cesserait de la faire attendre. Elle sentit alors qu’il concentrait ses caresses autour de son cul…

© LD 2006-2007
Illustration : Karen Seamon
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