Lorsque les deux couples d’amis étaient arrivés, un petit groupe d’une dizaine de personnes était en train d’entrer. L’accueil était assuré par trois jeunes hommes souriants et courtois en chemises blanches à dentelles. Yvan s’était approché de l’un d’eux pour lui parler à voix basse. Il lui avait brièvement expliqué qu’il venait de la part d’un ami peintre connu ici sous le nom de Duqueroy. Il s’agissait bien sur d’une sorte de mot de passe qui circulait pour permettre aux nouveaux clients d’être accueillis en tant que tels. L’un des trois jeunes hommes avait alors tendu un petit document aux lettres dorées à Leïla. Elle l’avait lu en approchant son épaule du bras de Pedro. C’était une sorte de programme où il était indiqué que les novices porteraient un discret signe distinctif et que la soirée était baptisée Au Bonheur des Dames. « Très prometteur ! » avait commenté Pedro.
Sex in occident
L’entrée spacieuse était richement décorée. Des plantes exotiques et tropicales donnaient au patio une atmosphère de médina. Leïla avait continué à lire la plaquette. Le Harem était décrit comme un espace de rencontres et de sexualité récréative réservé aux couples sans tabous. Cela lui avait beaucoup plu car elle fantasmait depuis longtemps sur la France et les french lovers. La soirée n’avait pas commencé. On attendait encore quelques participants. Elle avait entendu parler des clubs échangistes qui se développaient beaucoup depuis les années 80 en Europe et en France. Quelques compatriotes lui avaient rapporté qu’ils avaient vécu des soirées tout à fait inoubliables en Belgique et aux Pays-Bas. Mais la presse l’avait quelque peu rafraîchie à ce sujet depuis qu’elle avait entendu parler d’établissements peu scrupuleux sur le comportement des participants et parfois même sur les questions d’hygiène. En somme, elle avait fini par douter de l’intérêt des lieux prétendument non-conformistes jusqu’au jour où Ali, son précédent assistant à l’ambassade lui avait parlé des nouvelles habitudes plus privatives des occidentaux et notamment des français en matière de sexe partagé. Bien entendu, il fallait nuancer un peu car les grands centres naturistes et échangistes restaient très prisés et des endroits comme le Cap d’Agde restaient en saison estivale des valeurs sures pour s’éclater sexuellement sans limites. Pourtant la fréquentation avait eu tendance à vieillir un peu à la fin des années 90. Les jeunes générations préféraient nettement des vacances plus classiques et des lieux super branchés où de toute façon, on cherchait tous à baiser le plus possible dans les soirées techno.
Ali lui avait expliqué qu’« actuellement, les gens préféraient s’organiser en cercles plus ou moins privés dans des clubs, des bars réaménagés ou des appartements et se retrouvaient pour des soirées ou des week-ends généralement thématiques. La sélection des participants s’opérait le plus souvent par parrainage. Les cercles underground et SM avaient toujours privilégié ce mode d’organisation confidentiel. »
Leïla s’était souvenu que d’après lui, la philosophie de ces cercles était très différente des boites où l’on venait anonymement partouzer quelques heures et d’où l’on repartait avec le vague sentiment d’avoir eu affaire à des gens qui ne partageaient pas vraiment l’esprit joyeusement libertin qu’on recherchait. Elle allait pouvoir juger par elle-même, et en très bonne compagnie à en croire l’ambiance du grand salon où ils avaient été conduits.
Présentations
Son regard avait balayé lentement l’assistance pour satisfaire sa curiosité. Quelles sortes de gens venaient dans un lieu comme celui-ci ? Elle avait d’abord remarqué plusieurs couples assez élégants et visiblement parés pour la circonstance. Les bouches étaient rouges et les yeux maquillés. Les indices de séduction étaient nombreux sans être outrageux. La plupart des femmes avaient fait un choix vestimentaire léger pour être à leur avantage. Elle avait aussi remarqué quelques tenues extravagantes, des robes sexy, des jupes courtes, de profonds décolletés… Mais après tout, nous étions encore en été et les gens s’habillaient légèrement à cette époque. Kate venait d’être remarquée par un petit groupe d’hommes et de femmes qui se trouvait à côté du comptoir du bar. Le petit tailleur rose clair qu’elle portait sur sa peau totalement nue avait provoqué un certain émoi. Les hommes avaient l’air assez décontractés. L’œil de Leïla avait été retenu par quelques tenues de cuir, matière qui la captivait particulièrement… Quelques costumes-cravates, tristement classiques à son goût, mais aussi des chemises colorées, parfois insolites, de jolis choix de matière, des pantalons bien coupés… On avait à faire à des gens d’assez bon goût et cela l’avait rassurée.
Kate avait reconnu quelques têtes familières et les avait discrètement présentées à Leïla. La professeur québécoise Anna Richi célèbre pour ses aphorismes érotiques et anarchistes était donc de passage en France. « Si ton ramage se rapporte à ton plumage ! » s’était dit Kate en se délectant de son charmant minois de métisse asiatique… De l’autre côté du salon Leïla avait dévisagé un belge surnommé « Body » aussi connu pour ses bons mots. Il s’était rendu populaire par ses nouvelles fétichistes mêlées d’intrigues policières. Il était accompagné d’une belle brune nettement plus âgée que lui, Anastasie. Plus tard, au moment du banquet il l’avait présentée comme une relation professionnelle qui était devenue son amante depuis peu. Derrière Leïla, Pedro s’était penché à son oreille pour lui signaler qu’il avait aussi identifié quelqu’un grâce à son tatouage : « C’est Edouard S. le photographe de Gang. Peut-être est-il venu dans l’intention de faire quelques images ? »
La plupart des gens présents étaient venus en couple, quelquefois illégitimes selon toute vraisemblance. Leïla avait réussi à dénombrer qu’une vingtaine de nouveaux adeptes avaient été parrainés ce soir-là. Il était fréquent de constater qu’un troisième voire un quatrième partenaire accompagnait un couple. La formation de ces sous-groupes était un motif d’attraction pour Kate et Yvan, attirés depuis quelques mois par l’idée d’un troisième partenaire dans leur couche. L’idée était venue d’Yvan, mais il avait senti la demande de Kate car elle réclamait de plus en plus souvent une deuxième pénétration à l’aide d’un gode quand il la prenait.
Un palais des plaisirs
Le lieu où ils avaient pénétré était plein. On avait probablement du refuser du monde à l’entrée. C’était un ancien théâtre qui avait d’abord été reconverti en restaurant au début des années 80. Il était maintenant dédié aux plaisirs de la chair mais ne dénigrait pas les plaisirs de la chère. Les cuisines étaient restées en service justement pour l’organisation des soirées. On y préparait des plats que la plupart des restaurants étoilés pouvaient envier. Le propriétaire s’appelait Alban. C’était un véritable épicurien doté d’un caractère trempé qui avait partiellement abandonné les métiers de bouche pour proposer à ses clients les plus délurés et ses amis les plus intimes un espace de rencontre hors normes. Très inspiré par les mythologies grecques et orientales, il avait cherché à réaliser un vieux rêve qui ressemblait à un palais des plaisirs dédié à la beauté des femmes. Le Harem encourageait la cooptation des nouveaux clients pas les anciens. Alban savait pertinemment que le bouche-à-oreille était la meilleure des publicités pour son établissement.
Les trois derniers couples étaient arrivés accompagnés de deux femmes supplémentaires qui venaient là pour la première fois. Les novices attiraient toujours des regards gourmands et interrogatifs. Kate avait fait remarquer à Yvan que les nouvelles recrues avaient l’air d’être sœurs. Le maître des lieux avait personnellement accueilli ce dernier groupe et avait présenté chacun par son prénom. Kate avait remarqué les cinq musiciens qui étaient apparus sur la scène du grand salon et qui avaient discrètement accordé leurs instruments. Ils avaient un luth, une cithare, un violon et différentes percutions et quelques instruments à vent dont elle ne connaissait pas le nom. Puis Alban avait introduit la soirée d’un discours plutôt inhabituel dans ces circonstances. Plus tard, Kate avait repensé à ses phrases quasiment dignes d’une profession de foi. Mais après tout, s’était-elle ravisée, il avait eu raison d’indiquer la manière dont il envisageait les rapports entre les invités à l’occasion de cette soirée qu’il proposait chez lui.
Le spectacle des corps
« Mes très chers amis, avait-il commencé, les dieux s’ils existent nous ont donné une courte vie remplie de contraintes et d’obligations. Depuis quatre ans que le Harem existe, j’ai vu passer ici des centaines de gens. Des couples en quête de sensations fortes, des amoureux à la recherche d’un nouveau souffle, des hommes à la recherche de plaisirs extrêmes, des jeunes mariés qui voulaient goûter aux joies du sexe collectif, des femmes qui voulaient le bonheur absolu. Beaucoup d’entre eux ont trouvé ce qu’ils voulaient, car nous sommes ici un peu comme dans une auberge espagnole : on apporte aussi ce que l’on vient chercher. Mille fois j’ai entendu jouir, mille fois j’ai vu des visages rayonnants de plaisir. Mais si j’ai voulu avec ma compagne Diane consacrer cet endroit au libertinage, ce n’est pas uniquement pour me ravir du spectacle des corps qui se cambrent dans l’orgasme, me délecter des étoiles qui brillent dans les yeux des amantes repues ou m’émerveiller devant des phallus en mouvement qui n’en finissent plus de donner leur foutre. »
Simultanément au discours d’Alban, une petite équipe avait investi l’assistance avec des coupes de champagne et des boissons fruitées proposées dans de grands pichets de cristal. Pedro avait demandé son jus de fruit préféré : un pinacolada. Leïla et Kate avaient joué de complicité en partageant leur verre de kiwi avec deux pailles. « Ces bonnes vitamines colorées devraient donner la forme à nos chéris » avait souligné Leïla en riant.
« Mes amis, avait continué Alban, comme moi ce soir vous êtes là pour tout autre chose car comme chacun sait, l’amour physique est sans issue. Nous ne nous faisons plus beaucoup d’illusions à ce sujet. Le désir n’a pas de fin. L’amour est notre idéal et il est si fragile qu’il n’est jamais acquis. Non, vous et moi savons que nous sommes ici pour tout autre chose de bien plus important, finalement. Nous voulons jouir de l’instant, éprouver de magnifiques sensations, vibrer tout simplement ! En nous réconciliant avec notre vraie nature humaine, car notre corps est conçu pour le plaisir. Notre peau est faite pour les caresses, nos sexes sont faits pour l’extase, nos langues sont faites pour goûter, nos mains sont faites pour pétrir et caresser. Et par dessus tout, notre cerveau fait pour concevoir l’impossible et dépasser les limites, rompre les habitudes, inventer ce qui n’a jamais été imaginé, briser les tabous, détruire les interdits. Mes chers amis soyez en sûrs : si les dieux existent, ils seront ravis de vous voir faire l’amour avec audace, ils se régaleront de voir leurs créatures célébrer joyeusement les mille possibilités qu’offrent les rencontres charnelles et orgiaques ! Ils se délecteraient de voir cent corps forniquer et festoyer.
Sandales et escarpins
Quand les serveuses de jus de fruit et de champagne avaient terminé, un groupe de garçons s’était agenouillé devant les auditeurs. Chacun portait une large bassine de cuivre remplie d’eau chaude et savonneuse et de sels odorants. Ils étaient venus leur laver les pieds à la mode antique. Très naturellement chacun s’était laissé faire. Les garçons avaient délacé les souliers des hommes, ôté les sandales et les escarpins des femmes. Ils avaient délicatement plongé les pieds des convives dans le bain et leur avaient adroitement massé la voûte plantaire et les chevilles. Même les plus sensibles et les plus chatouilleux n’avaient eu aucun mal à accepter ce soin dispensé avec expertise. Dans cette position les femmes avaient très vite compris tout l’avantage qu’elles pouvaient tirer de leurs tenues légères et des délices que leur proféraient les douceurs du lavage de pieds. L’attention d’Yvan avait été attirée par l’attitude Kate qui avait plusieurs fois du reprendre appui sur son fauteuil pour rajuster la position de son bassin. Leïla avait eu soudain les cuisses anormalement écartées. Sur leurs visages il avait vu nettement leur trouble se dessiner. Cela l’avait vivement excité.
« Nos vies bien trop courtes, nos existences pleines de contraintes, avait ajouté Alban, ne sont-elles pas au bout du compte tout simplement bridées par les règles admises et les habitudes que par paresse ou par couardise nous n’osons remettre en cause ? Les pionniers de ce lieu, que les esprits chagrins considèrent comme un lieu de débauche, on eu ce projet si simple et si ambitieux : libérer les corps et les consciences. Parce que le plaisir rend nos cellules plus vives, nos corps plus légers et nos esprits plus créatifs. Je voulais vous rappeler cela, vous transmettre le relais. Alors portez fièrement la flamme et profitez bien de ce moment ! Maintenant Diane qui a eu l’idée de cette soirée Au bonheur des dames va vous donner quelques explications. »
Les idées de Diane
Un grand rideau s’était alors ouvert sur le côté du salon, faisant apparaître une table immense généreusement garnie et prête à recevoir l’ensemble des convives. Il y avait eu quelques applaudissements.
Diane avait commencé par remercier et féliciter chaque convive pour sa venue. Son lointain accent québécois rendait ses paroles immédiatement chaleureuses. Elle avait eu le loisir d’observer les mines déjà troublées des femmes pour qui le bain de pieds avait eu tout son effet. Les hommes étaient un peu plus réservés comme toujours en ces circonstances.
« Le principe de cette soirée, mes amis, est extrêmement simple, avait-elle annoncé : ce sont les femmes qui dirigent la fête ! Et vous messieurs, votre rôle sera de vous mettre au service de leur plaisir quoi qu’il arrive. J’ai imaginé pour pimenter la situation et augmenter l’excitation de tous, que chaque homme serait rendu aveugle tout au long de notre soirée par un bandeau noir qu’ils n’auront le droit de retirer sous aucun prétexte. Quant à vous mesdames, vous n’aurez qu’à choisir et à demander à ceux qui vous plairont de vous donner le meilleur d’eux même ! Mais vous devez déjà avoir faim, alors avant cela, je vous propose de venir vous asseoir autour de cette grande table et de vous restaurer. Vous êtes ici chez vous, et n’oubliez pas que nos serveuses et nos serveurs sont aussi là pour votre bien-être. »
Tous les invités s’étaient attablés pour un moment qui aurait pu paraître parfaitement banal s’ils n’avaient pas tous eu l’esprit en ébullition à cause de ce qui devait se dérouler après la dîner. L’excitation des convives était si palpable que Kate avait eu la sensation de ressentir l’électricité qui passait entre les gens. Certains couples avaient commencé à faire connaissance en échangeant leurs impressions sur le remarquable savoir-faire des garçons et des filles du service. Un homme s’était demandé si la petite escouade en tenues blanches si élégamment dentelées proposait d’autres types de services. Dans un autre groupe d’invités Yvan avait remarqué qu’il était question de propos élogieux autour de Diane. On avait prétendu qu’elle avait été une journaliste de renom dans une grande revue de Montréal. D’autres avaient entendu dire qu’elle avait dirigé un sex-center à Copenhague. Mais tous s’accordaient sur son talent d’organisatrice, sa grande chaleur humaine et l’inventivité de son esprit. Elle était toujours prête à proposer des soirées hors du commun. Assurément, elle avait une certaine expérience dans ce domaine.
Les nappes de la grande table
Les musiciens avaient cessé de jouer. Le menu avait été annoncé. Dans le silence, le tambourineur avait commencé par les entrées.
« Mesdames et messieurs, nous vous proposons pour introduire votre banquet par un choix d’entrées : des brochettes de cigales au safran, des ballottines de saumon farcies au persil plat sauce gazpacho, des marinades de saumon sauvage d’Alaska à la marjolaine fraîche et radis noir.
Kate avait interrogé Pedro :
- Ca ce mange vraiment des cigales ?
- Il me semble que c’est une sorte de langouste de méditerranée… lui avait-il répondu.
Le tambourineur poursuivait :
- Puis un premier plat de produits de la mer vous sera proposé : un effiloché de raie tiède aux câpres et au beurre demi-sel, un velouté de merlan, des langoustines à la nage de fenouil parfumée aux fruits de la passion, des huîtres chaudes pochées au champagne. Ensuite notre chef vous proposera un second plat de produits de la terre : des brochettes de lapereau au poivron, des civets d’oies aux poires et aux confitures d’airelles, des lapereaux aux kiwis et aux navets caramélisés au miel, des travers de porc au piment et au chutney. »
L’assistance avait été épatée une fois de plus. L’inventivité des plats proposés était à la hauteur de la réputation du Harem. Qu’aillait-on leur proposer pour le dessert ?
Au cours du repas, on avait pu voir les mains des hommes retrousser des jupes et caresser des cuisses. Les épices contenues dans les plats avaient eu tendance à échauffer un peu plus certains organismes. Certains couples avaient prétexté un détour aux toilettes pour libérer leur tension sexuelle. On avait aussi vu quelques femmes impatientes et très excitées disparaître discrètement sous les nappes de la grande table pour aller caresser ou sucer leur compagnon ou un homme qui leur plaisait. Observatrice, Leïla qui terminait sont civet d’oie avait signalé avec malice à Yvan qui se tenait à sa gauche que certaines exploratrices s’étaient occupées des braguettes d’autres hommes que le leur. Kate avait confirmé cette impression et avait sur-le-champ disparu. Elle n’avait pas pu résister plus longtemps à l’envie d’une fellation gourmande plus ou moins anonyme en attendant le dessert. Elle avait attrapé une coupe de champagne en se glissant sous la longue nappe. Elle comptait faire bon usage de son breuvage. « Quoi de meilleur que de verser ce vin doré sur la première jolie bite qui se donnerait à mes lèvres… ? »
Elle n’avait pas eu à chercher très loin. Son voisin d’en face, un grand roux très souriant, avait su se montrer très réceptif aux quelques regards insistants qu’elle lui avait jetés depuis le début du repas. Elle avait ouvert sa bouche en tirant sa langue, avait renversé la tête légèrement en arrière et avait doucement versé le contenu de son verre sur le membre de son charmant voisin. L’effet produit avait atteint ses espérances. A la fraîcheur du liquide alcoolisé avait succédé la douce chaleur de la bouche de Kate. Cela avait provoqué une réaction si forte sur ses chairs que l’homme avait senti ses testicules durcir jusqu’à la douleur. Kate avait parfaitement perçu ses sensations et l’avait si bien caressé de ses lèvres et de ses mains qu’il avait rapidement pu profiter pleinement de cet instant explosif. Quand il avait été à la limite de l’éjaculation, Kate avait relâché la pression de ses caresses, un peu à regret car elle aimait vraiment sentir le jus des hommes sur sa langue et dans sa gorge, mais la soirée commençait seulement. Elle avait voulu lui épargner ce premier orgasme qui l’aurait probablement mis hors-jeu au mauvais moment. En regagnant sa chaise en rampant contre les jambes de Leïla elle avait croisé le regard troublé de son mari.
Les femmes préfèrent le champagne
Les musiciens qui jouaient depuis le début du banquet avaient été rejoints par une petite troupe de danseuses. Elles portaient sur leur peau nue des bijoux sonores, de longs colliers de perles et des bracelets d’argent. Elles avaient commencé à investir l’espace du banquet et à charmer les spectateurs les plus attentifs. On approchait de la fin du repas, chacun avait lié connaissance avec plusieurs autres convives. Les desserts n’avaient pas encore été annoncés. Les invités avaient bu sans compter les verres qu’on leur servait. Pedro s’était délecté du vin de Xérès que les serveuses apportaient sans interruption depuis le premier plat. Les femmes avaient souvent préféré le champagne.
La maîtresse de cérémonie avait donné le signal à l’équipe des filles. Celle-ci étaient revenues parmi les participants pour les débarrasser des vêtement qu’ils jugeaient inutiles. Les hommes s’étaient docilement fait assister pour dénouer leurs cravates et leurs ceintures. Des femmes avaient fait glisser leurs jupes ou leurs robes. Certains hommes avaient gardé leur élégante chemise en l’ouvrant largement. Certaines femmes avaient trouvé plus provoquant de garder quelques éléments choisis de leur tenue. Devant un tel tableau de corps partiellement dénudés et totalement disposés pour l’amour, Leïla s’était rapprochée d’Yvan pour lui faire part une fois encore de la joie et de l’excitation qui s’emparaient d’elle. Tout le monde avait senti à cet instant que les choses étaient prêtes à basculer.
Sex in occident
L’entrée spacieuse était richement décorée. Des plantes exotiques et tropicales donnaient au patio une atmosphère de médina. Leïla avait continué à lire la plaquette. Le Harem était décrit comme un espace de rencontres et de sexualité récréative réservé aux couples sans tabous. Cela lui avait beaucoup plu car elle fantasmait depuis longtemps sur la France et les french lovers. La soirée n’avait pas commencé. On attendait encore quelques participants. Elle avait entendu parler des clubs échangistes qui se développaient beaucoup depuis les années 80 en Europe et en France. Quelques compatriotes lui avaient rapporté qu’ils avaient vécu des soirées tout à fait inoubliables en Belgique et aux Pays-Bas. Mais la presse l’avait quelque peu rafraîchie à ce sujet depuis qu’elle avait entendu parler d’établissements peu scrupuleux sur le comportement des participants et parfois même sur les questions d’hygiène. En somme, elle avait fini par douter de l’intérêt des lieux prétendument non-conformistes jusqu’au jour où Ali, son précédent assistant à l’ambassade lui avait parlé des nouvelles habitudes plus privatives des occidentaux et notamment des français en matière de sexe partagé. Bien entendu, il fallait nuancer un peu car les grands centres naturistes et échangistes restaient très prisés et des endroits comme le Cap d’Agde restaient en saison estivale des valeurs sures pour s’éclater sexuellement sans limites. Pourtant la fréquentation avait eu tendance à vieillir un peu à la fin des années 90. Les jeunes générations préféraient nettement des vacances plus classiques et des lieux super branchés où de toute façon, on cherchait tous à baiser le plus possible dans les soirées techno.
Ali lui avait expliqué qu’« actuellement, les gens préféraient s’organiser en cercles plus ou moins privés dans des clubs, des bars réaménagés ou des appartements et se retrouvaient pour des soirées ou des week-ends généralement thématiques. La sélection des participants s’opérait le plus souvent par parrainage. Les cercles underground et SM avaient toujours privilégié ce mode d’organisation confidentiel. »
Leïla s’était souvenu que d’après lui, la philosophie de ces cercles était très différente des boites où l’on venait anonymement partouzer quelques heures et d’où l’on repartait avec le vague sentiment d’avoir eu affaire à des gens qui ne partageaient pas vraiment l’esprit joyeusement libertin qu’on recherchait. Elle allait pouvoir juger par elle-même, et en très bonne compagnie à en croire l’ambiance du grand salon où ils avaient été conduits.
Présentations
Son regard avait balayé lentement l’assistance pour satisfaire sa curiosité. Quelles sortes de gens venaient dans un lieu comme celui-ci ? Elle avait d’abord remarqué plusieurs couples assez élégants et visiblement parés pour la circonstance. Les bouches étaient rouges et les yeux maquillés. Les indices de séduction étaient nombreux sans être outrageux. La plupart des femmes avaient fait un choix vestimentaire léger pour être à leur avantage. Elle avait aussi remarqué quelques tenues extravagantes, des robes sexy, des jupes courtes, de profonds décolletés… Mais après tout, nous étions encore en été et les gens s’habillaient légèrement à cette époque. Kate venait d’être remarquée par un petit groupe d’hommes et de femmes qui se trouvait à côté du comptoir du bar. Le petit tailleur rose clair qu’elle portait sur sa peau totalement nue avait provoqué un certain émoi. Les hommes avaient l’air assez décontractés. L’œil de Leïla avait été retenu par quelques tenues de cuir, matière qui la captivait particulièrement… Quelques costumes-cravates, tristement classiques à son goût, mais aussi des chemises colorées, parfois insolites, de jolis choix de matière, des pantalons bien coupés… On avait à faire à des gens d’assez bon goût et cela l’avait rassurée.
Kate avait reconnu quelques têtes familières et les avait discrètement présentées à Leïla. La professeur québécoise Anna Richi célèbre pour ses aphorismes érotiques et anarchistes était donc de passage en France. « Si ton ramage se rapporte à ton plumage ! » s’était dit Kate en se délectant de son charmant minois de métisse asiatique… De l’autre côté du salon Leïla avait dévisagé un belge surnommé « Body » aussi connu pour ses bons mots. Il s’était rendu populaire par ses nouvelles fétichistes mêlées d’intrigues policières. Il était accompagné d’une belle brune nettement plus âgée que lui, Anastasie. Plus tard, au moment du banquet il l’avait présentée comme une relation professionnelle qui était devenue son amante depuis peu. Derrière Leïla, Pedro s’était penché à son oreille pour lui signaler qu’il avait aussi identifié quelqu’un grâce à son tatouage : « C’est Edouard S. le photographe de Gang. Peut-être est-il venu dans l’intention de faire quelques images ? »
La plupart des gens présents étaient venus en couple, quelquefois illégitimes selon toute vraisemblance. Leïla avait réussi à dénombrer qu’une vingtaine de nouveaux adeptes avaient été parrainés ce soir-là. Il était fréquent de constater qu’un troisième voire un quatrième partenaire accompagnait un couple. La formation de ces sous-groupes était un motif d’attraction pour Kate et Yvan, attirés depuis quelques mois par l’idée d’un troisième partenaire dans leur couche. L’idée était venue d’Yvan, mais il avait senti la demande de Kate car elle réclamait de plus en plus souvent une deuxième pénétration à l’aide d’un gode quand il la prenait.
Un palais des plaisirs
Le lieu où ils avaient pénétré était plein. On avait probablement du refuser du monde à l’entrée. C’était un ancien théâtre qui avait d’abord été reconverti en restaurant au début des années 80. Il était maintenant dédié aux plaisirs de la chair mais ne dénigrait pas les plaisirs de la chère. Les cuisines étaient restées en service justement pour l’organisation des soirées. On y préparait des plats que la plupart des restaurants étoilés pouvaient envier. Le propriétaire s’appelait Alban. C’était un véritable épicurien doté d’un caractère trempé qui avait partiellement abandonné les métiers de bouche pour proposer à ses clients les plus délurés et ses amis les plus intimes un espace de rencontre hors normes. Très inspiré par les mythologies grecques et orientales, il avait cherché à réaliser un vieux rêve qui ressemblait à un palais des plaisirs dédié à la beauté des femmes. Le Harem encourageait la cooptation des nouveaux clients pas les anciens. Alban savait pertinemment que le bouche-à-oreille était la meilleure des publicités pour son établissement.
Les trois derniers couples étaient arrivés accompagnés de deux femmes supplémentaires qui venaient là pour la première fois. Les novices attiraient toujours des regards gourmands et interrogatifs. Kate avait fait remarquer à Yvan que les nouvelles recrues avaient l’air d’être sœurs. Le maître des lieux avait personnellement accueilli ce dernier groupe et avait présenté chacun par son prénom. Kate avait remarqué les cinq musiciens qui étaient apparus sur la scène du grand salon et qui avaient discrètement accordé leurs instruments. Ils avaient un luth, une cithare, un violon et différentes percutions et quelques instruments à vent dont elle ne connaissait pas le nom. Puis Alban avait introduit la soirée d’un discours plutôt inhabituel dans ces circonstances. Plus tard, Kate avait repensé à ses phrases quasiment dignes d’une profession de foi. Mais après tout, s’était-elle ravisée, il avait eu raison d’indiquer la manière dont il envisageait les rapports entre les invités à l’occasion de cette soirée qu’il proposait chez lui.
Le spectacle des corps
« Mes très chers amis, avait-il commencé, les dieux s’ils existent nous ont donné une courte vie remplie de contraintes et d’obligations. Depuis quatre ans que le Harem existe, j’ai vu passer ici des centaines de gens. Des couples en quête de sensations fortes, des amoureux à la recherche d’un nouveau souffle, des hommes à la recherche de plaisirs extrêmes, des jeunes mariés qui voulaient goûter aux joies du sexe collectif, des femmes qui voulaient le bonheur absolu. Beaucoup d’entre eux ont trouvé ce qu’ils voulaient, car nous sommes ici un peu comme dans une auberge espagnole : on apporte aussi ce que l’on vient chercher. Mille fois j’ai entendu jouir, mille fois j’ai vu des visages rayonnants de plaisir. Mais si j’ai voulu avec ma compagne Diane consacrer cet endroit au libertinage, ce n’est pas uniquement pour me ravir du spectacle des corps qui se cambrent dans l’orgasme, me délecter des étoiles qui brillent dans les yeux des amantes repues ou m’émerveiller devant des phallus en mouvement qui n’en finissent plus de donner leur foutre. »
Simultanément au discours d’Alban, une petite équipe avait investi l’assistance avec des coupes de champagne et des boissons fruitées proposées dans de grands pichets de cristal. Pedro avait demandé son jus de fruit préféré : un pinacolada. Leïla et Kate avaient joué de complicité en partageant leur verre de kiwi avec deux pailles. « Ces bonnes vitamines colorées devraient donner la forme à nos chéris » avait souligné Leïla en riant.
« Mes amis, avait continué Alban, comme moi ce soir vous êtes là pour tout autre chose car comme chacun sait, l’amour physique est sans issue. Nous ne nous faisons plus beaucoup d’illusions à ce sujet. Le désir n’a pas de fin. L’amour est notre idéal et il est si fragile qu’il n’est jamais acquis. Non, vous et moi savons que nous sommes ici pour tout autre chose de bien plus important, finalement. Nous voulons jouir de l’instant, éprouver de magnifiques sensations, vibrer tout simplement ! En nous réconciliant avec notre vraie nature humaine, car notre corps est conçu pour le plaisir. Notre peau est faite pour les caresses, nos sexes sont faits pour l’extase, nos langues sont faites pour goûter, nos mains sont faites pour pétrir et caresser. Et par dessus tout, notre cerveau fait pour concevoir l’impossible et dépasser les limites, rompre les habitudes, inventer ce qui n’a jamais été imaginé, briser les tabous, détruire les interdits. Mes chers amis soyez en sûrs : si les dieux existent, ils seront ravis de vous voir faire l’amour avec audace, ils se régaleront de voir leurs créatures célébrer joyeusement les mille possibilités qu’offrent les rencontres charnelles et orgiaques ! Ils se délecteraient de voir cent corps forniquer et festoyer.
Sandales et escarpins
Quand les serveuses de jus de fruit et de champagne avaient terminé, un groupe de garçons s’était agenouillé devant les auditeurs. Chacun portait une large bassine de cuivre remplie d’eau chaude et savonneuse et de sels odorants. Ils étaient venus leur laver les pieds à la mode antique. Très naturellement chacun s’était laissé faire. Les garçons avaient délacé les souliers des hommes, ôté les sandales et les escarpins des femmes. Ils avaient délicatement plongé les pieds des convives dans le bain et leur avaient adroitement massé la voûte plantaire et les chevilles. Même les plus sensibles et les plus chatouilleux n’avaient eu aucun mal à accepter ce soin dispensé avec expertise. Dans cette position les femmes avaient très vite compris tout l’avantage qu’elles pouvaient tirer de leurs tenues légères et des délices que leur proféraient les douceurs du lavage de pieds. L’attention d’Yvan avait été attirée par l’attitude Kate qui avait plusieurs fois du reprendre appui sur son fauteuil pour rajuster la position de son bassin. Leïla avait eu soudain les cuisses anormalement écartées. Sur leurs visages il avait vu nettement leur trouble se dessiner. Cela l’avait vivement excité.
« Nos vies bien trop courtes, nos existences pleines de contraintes, avait ajouté Alban, ne sont-elles pas au bout du compte tout simplement bridées par les règles admises et les habitudes que par paresse ou par couardise nous n’osons remettre en cause ? Les pionniers de ce lieu, que les esprits chagrins considèrent comme un lieu de débauche, on eu ce projet si simple et si ambitieux : libérer les corps et les consciences. Parce que le plaisir rend nos cellules plus vives, nos corps plus légers et nos esprits plus créatifs. Je voulais vous rappeler cela, vous transmettre le relais. Alors portez fièrement la flamme et profitez bien de ce moment ! Maintenant Diane qui a eu l’idée de cette soirée Au bonheur des dames va vous donner quelques explications. »
Les idées de Diane
Un grand rideau s’était alors ouvert sur le côté du salon, faisant apparaître une table immense généreusement garnie et prête à recevoir l’ensemble des convives. Il y avait eu quelques applaudissements.
Diane avait commencé par remercier et féliciter chaque convive pour sa venue. Son lointain accent québécois rendait ses paroles immédiatement chaleureuses. Elle avait eu le loisir d’observer les mines déjà troublées des femmes pour qui le bain de pieds avait eu tout son effet. Les hommes étaient un peu plus réservés comme toujours en ces circonstances.
« Le principe de cette soirée, mes amis, est extrêmement simple, avait-elle annoncé : ce sont les femmes qui dirigent la fête ! Et vous messieurs, votre rôle sera de vous mettre au service de leur plaisir quoi qu’il arrive. J’ai imaginé pour pimenter la situation et augmenter l’excitation de tous, que chaque homme serait rendu aveugle tout au long de notre soirée par un bandeau noir qu’ils n’auront le droit de retirer sous aucun prétexte. Quant à vous mesdames, vous n’aurez qu’à choisir et à demander à ceux qui vous plairont de vous donner le meilleur d’eux même ! Mais vous devez déjà avoir faim, alors avant cela, je vous propose de venir vous asseoir autour de cette grande table et de vous restaurer. Vous êtes ici chez vous, et n’oubliez pas que nos serveuses et nos serveurs sont aussi là pour votre bien-être. »
Tous les invités s’étaient attablés pour un moment qui aurait pu paraître parfaitement banal s’ils n’avaient pas tous eu l’esprit en ébullition à cause de ce qui devait se dérouler après la dîner. L’excitation des convives était si palpable que Kate avait eu la sensation de ressentir l’électricité qui passait entre les gens. Certains couples avaient commencé à faire connaissance en échangeant leurs impressions sur le remarquable savoir-faire des garçons et des filles du service. Un homme s’était demandé si la petite escouade en tenues blanches si élégamment dentelées proposait d’autres types de services. Dans un autre groupe d’invités Yvan avait remarqué qu’il était question de propos élogieux autour de Diane. On avait prétendu qu’elle avait été une journaliste de renom dans une grande revue de Montréal. D’autres avaient entendu dire qu’elle avait dirigé un sex-center à Copenhague. Mais tous s’accordaient sur son talent d’organisatrice, sa grande chaleur humaine et l’inventivité de son esprit. Elle était toujours prête à proposer des soirées hors du commun. Assurément, elle avait une certaine expérience dans ce domaine.
Les nappes de la grande table
Les musiciens avaient cessé de jouer. Le menu avait été annoncé. Dans le silence, le tambourineur avait commencé par les entrées.
« Mesdames et messieurs, nous vous proposons pour introduire votre banquet par un choix d’entrées : des brochettes de cigales au safran, des ballottines de saumon farcies au persil plat sauce gazpacho, des marinades de saumon sauvage d’Alaska à la marjolaine fraîche et radis noir.
Kate avait interrogé Pedro :
- Ca ce mange vraiment des cigales ?
- Il me semble que c’est une sorte de langouste de méditerranée… lui avait-il répondu.
Le tambourineur poursuivait :
- Puis un premier plat de produits de la mer vous sera proposé : un effiloché de raie tiède aux câpres et au beurre demi-sel, un velouté de merlan, des langoustines à la nage de fenouil parfumée aux fruits de la passion, des huîtres chaudes pochées au champagne. Ensuite notre chef vous proposera un second plat de produits de la terre : des brochettes de lapereau au poivron, des civets d’oies aux poires et aux confitures d’airelles, des lapereaux aux kiwis et aux navets caramélisés au miel, des travers de porc au piment et au chutney. »
L’assistance avait été épatée une fois de plus. L’inventivité des plats proposés était à la hauteur de la réputation du Harem. Qu’aillait-on leur proposer pour le dessert ?
Au cours du repas, on avait pu voir les mains des hommes retrousser des jupes et caresser des cuisses. Les épices contenues dans les plats avaient eu tendance à échauffer un peu plus certains organismes. Certains couples avaient prétexté un détour aux toilettes pour libérer leur tension sexuelle. On avait aussi vu quelques femmes impatientes et très excitées disparaître discrètement sous les nappes de la grande table pour aller caresser ou sucer leur compagnon ou un homme qui leur plaisait. Observatrice, Leïla qui terminait sont civet d’oie avait signalé avec malice à Yvan qui se tenait à sa gauche que certaines exploratrices s’étaient occupées des braguettes d’autres hommes que le leur. Kate avait confirmé cette impression et avait sur-le-champ disparu. Elle n’avait pas pu résister plus longtemps à l’envie d’une fellation gourmande plus ou moins anonyme en attendant le dessert. Elle avait attrapé une coupe de champagne en se glissant sous la longue nappe. Elle comptait faire bon usage de son breuvage. « Quoi de meilleur que de verser ce vin doré sur la première jolie bite qui se donnerait à mes lèvres… ? »
Elle n’avait pas eu à chercher très loin. Son voisin d’en face, un grand roux très souriant, avait su se montrer très réceptif aux quelques regards insistants qu’elle lui avait jetés depuis le début du repas. Elle avait ouvert sa bouche en tirant sa langue, avait renversé la tête légèrement en arrière et avait doucement versé le contenu de son verre sur le membre de son charmant voisin. L’effet produit avait atteint ses espérances. A la fraîcheur du liquide alcoolisé avait succédé la douce chaleur de la bouche de Kate. Cela avait provoqué une réaction si forte sur ses chairs que l’homme avait senti ses testicules durcir jusqu’à la douleur. Kate avait parfaitement perçu ses sensations et l’avait si bien caressé de ses lèvres et de ses mains qu’il avait rapidement pu profiter pleinement de cet instant explosif. Quand il avait été à la limite de l’éjaculation, Kate avait relâché la pression de ses caresses, un peu à regret car elle aimait vraiment sentir le jus des hommes sur sa langue et dans sa gorge, mais la soirée commençait seulement. Elle avait voulu lui épargner ce premier orgasme qui l’aurait probablement mis hors-jeu au mauvais moment. En regagnant sa chaise en rampant contre les jambes de Leïla elle avait croisé le regard troublé de son mari.
Les femmes préfèrent le champagne
Les musiciens qui jouaient depuis le début du banquet avaient été rejoints par une petite troupe de danseuses. Elles portaient sur leur peau nue des bijoux sonores, de longs colliers de perles et des bracelets d’argent. Elles avaient commencé à investir l’espace du banquet et à charmer les spectateurs les plus attentifs. On approchait de la fin du repas, chacun avait lié connaissance avec plusieurs autres convives. Les desserts n’avaient pas encore été annoncés. Les invités avaient bu sans compter les verres qu’on leur servait. Pedro s’était délecté du vin de Xérès que les serveuses apportaient sans interruption depuis le premier plat. Les femmes avaient souvent préféré le champagne.
La maîtresse de cérémonie avait donné le signal à l’équipe des filles. Celle-ci étaient revenues parmi les participants pour les débarrasser des vêtement qu’ils jugeaient inutiles. Les hommes s’étaient docilement fait assister pour dénouer leurs cravates et leurs ceintures. Des femmes avaient fait glisser leurs jupes ou leurs robes. Certains hommes avaient gardé leur élégante chemise en l’ouvrant largement. Certaines femmes avaient trouvé plus provoquant de garder quelques éléments choisis de leur tenue. Devant un tel tableau de corps partiellement dénudés et totalement disposés pour l’amour, Leïla s’était rapprochée d’Yvan pour lui faire part une fois encore de la joie et de l’excitation qui s’emparaient d’elle. Tout le monde avait senti à cet instant que les choses étaient prêtes à basculer.
© LD 2006-2007
Illustration Laval
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