Deux nuits
Kate rêve depuis deux nuits de cet homme qu’elle avait croisé par hasard, en faisant ses courses un jour de vacances. Ils s’étaient regardé quelques instants dans la rue. Il faisait chaud ce jour là. Il la hante. Une odeur animale semble toujours flotter sur sa peau. Un mois s’est écoulé. Elle a pensé un moment pouvoir l’oublier, mais ces dernières nuits, elle ressent encore ses mains prendre possession d’elle et son parfum si particulier.
Balnéaire
Un mois et demi plus tôt, Kate profitait d’une semaine de vacances sur la côte bretonne, en compagnie de ses deux jeunes sœurs et d’une amie. La petite station balnéaire offrait le calme et le dépaysement dont elle avait besoin. Son mari Yvan avait du rester à Paris à cause d’un projet à boucler avant la rentrée. Elle ne s’ennuyait pas vraiment sans lui, en tout cas moins que si elle avait été bloquée dans la capitale. Malgré tout, le soir après les longues discussions entre femmes, elle avait ressenti le manque de son homme. Les deux premiers jours elle s’était dit qu’elle apprécierait cette semaine en solo dans ce grand lit où l’on entend l’océan par la fenêtre ouverte. Très vite elle avait pris conscience de sa dépendance physique aux caresses de son amoureux. Il savait si bien se blottir contre elle, surtout au moment du coucher. Le contact de tout son épiderme la rassurait comme une petite fille. Elle aimait sentir qu’il collait son torse à son dos nu et ses cuisses derrière les siennes. Dans ce moment particulièrement intime, elle se réjouissait de ses mains et de ses bras qui enveloppaient ses seins. Elle frémissait toujours au contact de sa bouche qui effleurait son cou ou venait derrière son oreille si sensible. Si près, elle avait l’impression d’entendre ses pensées.
Souvent le matin, quand il cherchait à la posséder, Kate aimait sentir son membre viril derrière elle, qui cherchait maladroitement sa place, comme un animal perdu cherchant son nid. Cela suffisait généralement à l’exciter. Alors elle s’ouvrait pour lui, basculant légèrement ses hanches sur le côté. D’une main très douce il aimait pousser un peu sa cuisse pour se frayer un passage. Dans cette position fœtale, il entrait en elle lentement et très progressivement, pour qu’ils ressentent ensembles le plus parfaitement et le plus complètement possible chaque frottement et chaque sensation de la pénétration. Elle appréciait particulièrement cette forme d’étreinte directe, instinctive, sans discours ni préparation. Leurs corps encore mal éveillés les guidaient dans cette sensualité quasi automatique. Leurs désirs se rencontraient comme dans un rêve. Elle préférait cette possession presque animale aux soirées où il avait amoureusement joué à la courtiser comme une inconnue. Elle se faisait une idée très naturelle de l’amour et concevait difficilement que l’on puisse se parer de tenues particulières ou que l’on use d’accessoires pour parvenir aux sommets du plaisir. A son idée, le sexe et la volupté devaient rester une affaire de complicité et de confiance.
Théa
Sa troisième nuit de vacances s’était passée dans l’agitation. Kate avait tant marché avec Théa sur le sable et au bord des falaises ce jour là qu’elle était épuisée. Elle était trop fatiguée pour trouver un sommeil serein et ressentait sans cesse le manque de son mari. Elle affectionnait particulièrement les parties les plus sauvages de la côte, où les parfums des bruyères et des plantes maritimes enveloppaient l’atmosphère tiède de l’après midi. Au bout de sa promenade, elle s’était assise avec Théa, sa sœur la plus proche. Depuis toujours Théa aussi prenait plaisir à randonner dans la nature des côtes bretonnes. Elles avaient trouvé une petite étendue de sable pour s’allonger nues sur leurs serviettes. Depuis l’âge de douze ans, quand elle avait découvert le ravissement d’être nue en pleine nature, Kate avait toujours aimé retrouver le plaisir d’un vent tiède et du soleil sur sa peau. Elle mettait même un point d’honneur à avoir un joli cul bien bronzé à chaque retour de vacances. Théa avait profité de leur pause pour lui parler de Léo. Mais elle n’osait pas encore l’annoncer aux autres, car c’était sûrement l’homme de sa vie. A leur retour, elles avaient pris conscience qu’elles avaient tramé de nouveaux liens, plus personnels encore que ceux qui les attachaient l’une à l’autre depuis l’enfance. Ce paysage si doux avait donné une note étrange à leurs confidences.
Alors qu’il se penchait
Après ce mauvais sommeil, Kate s’était levée dans une demi-somnolence. La chaleur océane de la fin juillet allait peser sur ses mouvements au moins toute la matinée. Cet après-midi, elle ferait sûrement une sieste au lieu d’accompagner les trois autres femmes sur les rochers au bord de l’eau. Elle avait décidé pour cette matinée de rester à la maison pour préparer le repas. Elle s’était rendue à la halle du marché pour trouver de quoi préparer le déjeuner. C’est en revenant avec ses provisions qu’elle avait croisé le regard vert de l’inconnu. Cet homme avait attiré son attention malgré elle et sans doute sans qu’il s’en rende bien compte, lui non plus. Elle avait traversé la rue derrière le camion du primeur quand il avait surgi un peu trop rapidement. En bousculant le sac de Kate, il avait renversé une partie de ses achats. Elle s’était excusée sans réfléchir et lui aussi. Il l’avait aidé à ramasser les quelques tomates qui avaient chu. Elle en avait profité pour l’observer de près. Etait-ce le manque de sommeil, l’incongruité de la situation ou la chaleur inhabituelle qui avait aiguisé ses sens ? En cet instant particulier, elle avait perçu chaque détail infime de sa peau, alors qu’il se penchait. Elle avait capté l’odeur de la toile repassée de sa chemise mêlée à celle de sa peau parfumée, la lumière particulière sur ses cheveux, le timbre singulier de sa voix. Quelques secondes plus tard, elle avait croisé ses yeux. Elle y avait vu quelque chose comme une promesse, une supplication ou un pardon.
Kate était ailleurs
En préparant le déjeuner son image ne l’avait pas quitté. Les quatre femmes avaient échangé des propos sur la famille et sur les hommes autour du repas. Mais Kate était ailleurs. Elle ne désirait qu’une seule chose, revoir l’homme aux yeux verts, la peau délicate de son bras, le reflet dans ses cheveux. En le quittant au marché elle l’avait suivi du regard en se demandant dans quelle direction il se dirigeait. Il devait avoir pris le chemin du Bois des îles. Mais rien n’était moins sur. Il aurait pu bifurquer vers le village voisin en direction des nombreux campings qui s’y trouvaient.
Elle avait voulu se reposer à l’heure où la chaleur était à son maximum, mais elle avait vite compris qu’elle se trouvait dans un état de curiosité et de fébrilité tel qu’elle ne trouverait pas le calme avant d’avoir assouvi son désir. Elle avait passé sa robe légère et était sortie précipitamment de la maison. Elle s’était dirigée vers le chemin du Bois des îles, décidée à retrouver l’homme du marché. En suivant cette direction jusqu'au bout, elle avait découvert une propriété élégamment entourée d’arbres. Du côté de la falaise elle avait vu un sentier barré. Elle s’était approché et n’avait vu que des bruyères et des pins maritimes récemment replantés.
- Impossible, s’était-elle dit, je ne le reverrais jamais, il peut très bien être dans une caravane au camping de Saint-Jean ou sur la grande plage.
Elle était revenue sur ses pas, assommée de chaleur et recherchant l’ombre des haies le long du chemin. La sueur perlait au creux de ses reins et le tissu clair de sa robe collait à sa peau humide. Les essences des pins, des cèdres et des thuyas flottaient dans l’air.
Un galop
Un bruit de sabots lui avait fait lever le regard. Elle avait distingué un cavalier arrivant vers elle.
- Sûrement le propriétaire de la belle maison du bout, avait-elle pensé.
Elle avait reconnu quelques instants plus tard la silhouette de celui qu’elle cherchait. Elle s’était écartée pour laisser passer le cheval en souriant au cavalier, mais il n’avait pas semblé la reconnaître. Elle avait tenté un geste du bras comme un geste de détresse, et il avait compris qu’elle voulait lui parler. L’élégance de ses mouvements l’avait surprise à nouveau au moment où il était descendu de sa monture pour s’approcher d’elle.
« C’est moi, avait-elle dit simplement, vous me reconnaissez ?
- Oui, j’y suis : les tomates, le camion, bien-sur ! Vous êtes-vous perdue ?
- Pas tout à fait, je suis tombé sur une impasse, le chemin est barré là bas. Habitez-vous la maison du bout ?
- Non, j’emprunte ce sentier pour rejoindre la plage qui se trouve de l’autre côté. Le sentier est barré dites-vous ?
- … pour protéger des plantations je crois.
- Accompagnez-moi un peu, nous ferons connaissance, mon cheval a chaud à cette heure. Je dois le baigner un moment. »
Elle n’avait pas voulu lui avouer qu’elle était venue jusqu’ici à sa recherche. Ils avaient marché cote à cote presque en silence jusqu’à la barrière. Elle s’était juste arrangée à frôler son bras du sien et à s’approcher de lui suffisamment près pour sentir le mélange acre et puissant de son odeur et de celle de son animal. Il s’était sûrement aperçu qu’elle marchait étrangement près de lui, mais n’avait fait aucune remarque à ce sujet.
Les jeux des arcs-en-ciel
Ils avaient contourné la barrière et avait pu accéder à la crique isolée bordée de dunes et de plantes sauvages. Il avait chevauché à nouveau son animal et s’était approché de l’océan pour le baigner. Kate était restée en arrière pour observer les jeux des arcs-en-ciel éphémères dans les éclaboussures. Elle s’était surprise à prononcer des mots d’admiration et de désir presque à haute voix.
« Quelles belles épaules, s’était-elle dit, comme il doit bien tenir ses amantes… ! »
Quant il était revenu, elle avait lu dans son expression qu’il avait probablement deviné la raison de sa promenade. En vérité il venait de se remémorer le long regard inattendu qu’ils avaient échangé au cours de l’incident du matin. Lentement il s’était approché d’elle.
« Allons nous asseoir un peu plus haut, lui avait-il proposé, l’herbe verte devrait plaire à mon yearling. »
Ne sachant plus attendre, elle s’était avancée vers lui. Elle avait dirigé la paume de sa main contre sa poitrine et l’avait renversé d’un geste ferme. Puis elle l’avait enfourché et l’avait contraint par la force de ses cuisses à rester immobile. Allongé, encore humide de l’eau de mer, il avait contemplé un instant cette femme qui venait de l’assujettir. Il avait vu sa robe collée sur son corps et ses cheveux emmêlés par la brise. Elle lui avait semblée presque nue. Son caractère masculin l’avait incité à se redresser pour la renverser à son tour. Ce retournement de situation avait piqué davantage leur excitation. Elle s’était ruée un instant sous la force de ce cavalier mais il n’avait pas lâché prise et avait répliqué en embrassant sa bouche avec fougue. Les mains de Kate avaient cherché l’ouverture de sa chemise pour l’élargir. Elle avait eu envie de voir sa peau, son torse, ses bras. Les boutons avaient cédé tour à tour. Il avait continué à l'embrasser d’un baiser long et gourmand puis avait voulu la déshabiller lui aussi. Il lui avait passé la robe par dessus la tête en prenant le temps d’admirer la couleur dorée de ses formes féminines. Il avait voulu la dévêtir totalement, enlevant ses chaussures, retirant ses colliers et ses bagues, puis il avait délivré ses cheveux attachés et avait ôté son minuscule maillot de bain. Elle s’était sentie profondément troublée par la méticulosité avec laquelle il avait pris soin de ne plus rien lui laisser porter.
« Vous m’avez mise à nu » lui avait-elle dit.
- Vous êtes venue me retrouver, vous ne pouvez plus rien me refuser » lui avait-il répondu.
Sa voix lui avait fait l’effet d’un électrochoc. Elle avait senti son ventre brûler, sa gorge sécher et ses mains s’accrocher aux herbes sèches. Il avait trouvé les mots qu’elle aimait entendre. Elle aimait beaucoup qu’un homme lui parle pendant l’amour. Par dessous tout, elle avait éprouvé du plaisir à se sentir à la merci de sa force et de son désir.
Elle avait cherché la ceinture de son amant, l’avait tirée fébrilement et avait dégagé du mieux qu’elle avait pu son sexe gonflé par le désir. Elle l’avait voulu immédiatement, sans condition, sans qu’il ôte sa chemise ouverte ni ses bottes de cavalier. Elle avait désiré un instant qu’il la baise comme un soldat pressé, un hussard égaré, un déserteur en fuite.
Elle s’était ouverte du mieux qu’elle avait pu et l’avait attiré contre elle. Le membre dur l’avait pénétré d’un seul mouvement. Il était venu s’immobiliser au fond de son con, imbriqué, emboîté. Il devait sentir qu’elle était là, à sa merci. Elle avait senti ses muscles intérieurs se contracter par à-coups et s’emballer quelques secondes. Au moment de son plaisir, elle avait serré fort ses bras autour de ses épaules. Il avait prolongé cette attente au delà de ce qu’elle attendait. Puis il avait amorcé un mouvement de roulis très doux, très langoureux.
Roulis
Le bruit des vagues de l’océan avait semblé donner le tempo à son bassin. Elle avait désiré alors se retourner pour qu’il la prenne par derrière, dans cette position animale et si provocante. Elle avait su qu’elle s’offrirait à lui jusqu’à hurler de bonheur et d’épuisement. Il s’était installé à genoux et s’était enfoncé d’abord doucement dans ses plis chauds. Il avait pris le temps dont ils avaient besoin pour que leurs organes s’adaptent parfaitement à cette position. Puis ils avaient trouvé l’équilibre parfait de leurs mouvements. Cet amant si attentif à son plaisir recherchait un moment d’exception, une communion des corps et des désirs, une secousse d’ordre tellurique. Le plaisir sexuel avait toujours été pour lui un acte à la fois primitif et sacré. Il avait trouvé un écho à sa pensée en étudiant les pratiques maritales de certaines tribus d’Océanie. Il se sentait assez proche de leur façon de voir la sexualité comme un acte naturel mais divin, mobilisant des forces sacrées de la nature.
Il avait vu Kate creuser ses reins un peu plus et reculer pour qu’il vienne plus profondément en elle. Elle était parfaitement prête à accueillir toute la force de sa virilité. Ses mouvements amples l’avaient fait chavirer. Elle aurait voulu mourir en cet instant de plaisir qui irradiait toutes les parties de son être. Emportée dans les appels toujours plus forts de son désir, elle avait glissé sa main entre ses cuisses pour attraper cette queue qui lui dispensait tant de bien être. Son amant d’abord surpris par cette caresse inattendue l’avait très vite appréciée. Il s’était senti fléchir une première fois sous l’intensité du plaisir et avait du se pencher en avant. Il avait plaqué son buste contre le dos de sa partenaire et avait fouillé sa nuque de sa bouche et de son nez.
Demander grâce
Il avait enroulé son bras autour de la taille de Kate afin d’atteindre son clitoris. Le premier contact de son doigt avait provoqué une décharge qui l’avait fait s’offrir un peu plus encore. Il avait prolongé cette caresse si explosive le temps qu’il avait fallu pour la voir s’affaisser et demander grâce. Alors, sans lui donner le moindre répit il avait entrepris de la baiser à son propre rythme, et surtout aussi profondément qu’il pouvait. La sensation qu’il recherchait était celle de son gland butant au fond de la matrice de son amante, ce plaisir très particulier, si proche de la douleur lorsqu’il se prolonge, tant pour l’homme que pour la femme. Il savait qu’elle chercherait à limiter ce pilonnage et avançant un peu son bassin ou en arrondissant son dos, alors il avait pris soin de maintenir ses hanches de ses mains fermes. En cet instant, il avait senti grandir en lui une force nouvelle. Il s’était redressé et avait respiré profondément. Ses yeux s’étaient tournés vers l’azur de l’après-midi. Ses sensations avaient décuplé. Il avait cru vivre un tremblement de terre. Kate s’était retournée pour le regarder, sentant qu’il était proche de l’orgasme. Elle avait contemplé sa fierté masculine en même temps qu’elle avait ressenti l’impatience de sa fougue. Il avait compris qu’elle avait eu besoin d’une pose avant l’orage final.
Apprivoisé
Kate rêve depuis deux nuits de cet homme qu’elle avait croisé par hasard, en faisant ses courses un jour de vacances. Ils s’étaient regardé quelques instants dans la rue. Il faisait chaud ce jour là. Il la hante. Une odeur animale semble toujours flotter sur sa peau. Un mois s’est écoulé. Elle a pensé un moment pouvoir l’oublier, mais ces dernières nuits, elle ressent encore ses mains prendre possession d’elle et son parfum si particulier.
Balnéaire
Un mois et demi plus tôt, Kate profitait d’une semaine de vacances sur la côte bretonne, en compagnie de ses deux jeunes sœurs et d’une amie. La petite station balnéaire offrait le calme et le dépaysement dont elle avait besoin. Son mari Yvan avait du rester à Paris à cause d’un projet à boucler avant la rentrée. Elle ne s’ennuyait pas vraiment sans lui, en tout cas moins que si elle avait été bloquée dans la capitale. Malgré tout, le soir après les longues discussions entre femmes, elle avait ressenti le manque de son homme. Les deux premiers jours elle s’était dit qu’elle apprécierait cette semaine en solo dans ce grand lit où l’on entend l’océan par la fenêtre ouverte. Très vite elle avait pris conscience de sa dépendance physique aux caresses de son amoureux. Il savait si bien se blottir contre elle, surtout au moment du coucher. Le contact de tout son épiderme la rassurait comme une petite fille. Elle aimait sentir qu’il collait son torse à son dos nu et ses cuisses derrière les siennes. Dans ce moment particulièrement intime, elle se réjouissait de ses mains et de ses bras qui enveloppaient ses seins. Elle frémissait toujours au contact de sa bouche qui effleurait son cou ou venait derrière son oreille si sensible. Si près, elle avait l’impression d’entendre ses pensées.
Souvent le matin, quand il cherchait à la posséder, Kate aimait sentir son membre viril derrière elle, qui cherchait maladroitement sa place, comme un animal perdu cherchant son nid. Cela suffisait généralement à l’exciter. Alors elle s’ouvrait pour lui, basculant légèrement ses hanches sur le côté. D’une main très douce il aimait pousser un peu sa cuisse pour se frayer un passage. Dans cette position fœtale, il entrait en elle lentement et très progressivement, pour qu’ils ressentent ensembles le plus parfaitement et le plus complètement possible chaque frottement et chaque sensation de la pénétration. Elle appréciait particulièrement cette forme d’étreinte directe, instinctive, sans discours ni préparation. Leurs corps encore mal éveillés les guidaient dans cette sensualité quasi automatique. Leurs désirs se rencontraient comme dans un rêve. Elle préférait cette possession presque animale aux soirées où il avait amoureusement joué à la courtiser comme une inconnue. Elle se faisait une idée très naturelle de l’amour et concevait difficilement que l’on puisse se parer de tenues particulières ou que l’on use d’accessoires pour parvenir aux sommets du plaisir. A son idée, le sexe et la volupté devaient rester une affaire de complicité et de confiance.
Théa
Sa troisième nuit de vacances s’était passée dans l’agitation. Kate avait tant marché avec Théa sur le sable et au bord des falaises ce jour là qu’elle était épuisée. Elle était trop fatiguée pour trouver un sommeil serein et ressentait sans cesse le manque de son mari. Elle affectionnait particulièrement les parties les plus sauvages de la côte, où les parfums des bruyères et des plantes maritimes enveloppaient l’atmosphère tiède de l’après midi. Au bout de sa promenade, elle s’était assise avec Théa, sa sœur la plus proche. Depuis toujours Théa aussi prenait plaisir à randonner dans la nature des côtes bretonnes. Elles avaient trouvé une petite étendue de sable pour s’allonger nues sur leurs serviettes. Depuis l’âge de douze ans, quand elle avait découvert le ravissement d’être nue en pleine nature, Kate avait toujours aimé retrouver le plaisir d’un vent tiède et du soleil sur sa peau. Elle mettait même un point d’honneur à avoir un joli cul bien bronzé à chaque retour de vacances. Théa avait profité de leur pause pour lui parler de Léo. Mais elle n’osait pas encore l’annoncer aux autres, car c’était sûrement l’homme de sa vie. A leur retour, elles avaient pris conscience qu’elles avaient tramé de nouveaux liens, plus personnels encore que ceux qui les attachaient l’une à l’autre depuis l’enfance. Ce paysage si doux avait donné une note étrange à leurs confidences.
Alors qu’il se penchait
Après ce mauvais sommeil, Kate s’était levée dans une demi-somnolence. La chaleur océane de la fin juillet allait peser sur ses mouvements au moins toute la matinée. Cet après-midi, elle ferait sûrement une sieste au lieu d’accompagner les trois autres femmes sur les rochers au bord de l’eau. Elle avait décidé pour cette matinée de rester à la maison pour préparer le repas. Elle s’était rendue à la halle du marché pour trouver de quoi préparer le déjeuner. C’est en revenant avec ses provisions qu’elle avait croisé le regard vert de l’inconnu. Cet homme avait attiré son attention malgré elle et sans doute sans qu’il s’en rende bien compte, lui non plus. Elle avait traversé la rue derrière le camion du primeur quand il avait surgi un peu trop rapidement. En bousculant le sac de Kate, il avait renversé une partie de ses achats. Elle s’était excusée sans réfléchir et lui aussi. Il l’avait aidé à ramasser les quelques tomates qui avaient chu. Elle en avait profité pour l’observer de près. Etait-ce le manque de sommeil, l’incongruité de la situation ou la chaleur inhabituelle qui avait aiguisé ses sens ? En cet instant particulier, elle avait perçu chaque détail infime de sa peau, alors qu’il se penchait. Elle avait capté l’odeur de la toile repassée de sa chemise mêlée à celle de sa peau parfumée, la lumière particulière sur ses cheveux, le timbre singulier de sa voix. Quelques secondes plus tard, elle avait croisé ses yeux. Elle y avait vu quelque chose comme une promesse, une supplication ou un pardon.
Kate était ailleurs
En préparant le déjeuner son image ne l’avait pas quitté. Les quatre femmes avaient échangé des propos sur la famille et sur les hommes autour du repas. Mais Kate était ailleurs. Elle ne désirait qu’une seule chose, revoir l’homme aux yeux verts, la peau délicate de son bras, le reflet dans ses cheveux. En le quittant au marché elle l’avait suivi du regard en se demandant dans quelle direction il se dirigeait. Il devait avoir pris le chemin du Bois des îles. Mais rien n’était moins sur. Il aurait pu bifurquer vers le village voisin en direction des nombreux campings qui s’y trouvaient.
Elle avait voulu se reposer à l’heure où la chaleur était à son maximum, mais elle avait vite compris qu’elle se trouvait dans un état de curiosité et de fébrilité tel qu’elle ne trouverait pas le calme avant d’avoir assouvi son désir. Elle avait passé sa robe légère et était sortie précipitamment de la maison. Elle s’était dirigée vers le chemin du Bois des îles, décidée à retrouver l’homme du marché. En suivant cette direction jusqu'au bout, elle avait découvert une propriété élégamment entourée d’arbres. Du côté de la falaise elle avait vu un sentier barré. Elle s’était approché et n’avait vu que des bruyères et des pins maritimes récemment replantés.
- Impossible, s’était-elle dit, je ne le reverrais jamais, il peut très bien être dans une caravane au camping de Saint-Jean ou sur la grande plage.
Elle était revenue sur ses pas, assommée de chaleur et recherchant l’ombre des haies le long du chemin. La sueur perlait au creux de ses reins et le tissu clair de sa robe collait à sa peau humide. Les essences des pins, des cèdres et des thuyas flottaient dans l’air.
Un galop
Un bruit de sabots lui avait fait lever le regard. Elle avait distingué un cavalier arrivant vers elle.
- Sûrement le propriétaire de la belle maison du bout, avait-elle pensé.
Elle avait reconnu quelques instants plus tard la silhouette de celui qu’elle cherchait. Elle s’était écartée pour laisser passer le cheval en souriant au cavalier, mais il n’avait pas semblé la reconnaître. Elle avait tenté un geste du bras comme un geste de détresse, et il avait compris qu’elle voulait lui parler. L’élégance de ses mouvements l’avait surprise à nouveau au moment où il était descendu de sa monture pour s’approcher d’elle.
« C’est moi, avait-elle dit simplement, vous me reconnaissez ?
- Oui, j’y suis : les tomates, le camion, bien-sur ! Vous êtes-vous perdue ?
- Pas tout à fait, je suis tombé sur une impasse, le chemin est barré là bas. Habitez-vous la maison du bout ?
- Non, j’emprunte ce sentier pour rejoindre la plage qui se trouve de l’autre côté. Le sentier est barré dites-vous ?
- … pour protéger des plantations je crois.
- Accompagnez-moi un peu, nous ferons connaissance, mon cheval a chaud à cette heure. Je dois le baigner un moment. »
Elle n’avait pas voulu lui avouer qu’elle était venue jusqu’ici à sa recherche. Ils avaient marché cote à cote presque en silence jusqu’à la barrière. Elle s’était juste arrangée à frôler son bras du sien et à s’approcher de lui suffisamment près pour sentir le mélange acre et puissant de son odeur et de celle de son animal. Il s’était sûrement aperçu qu’elle marchait étrangement près de lui, mais n’avait fait aucune remarque à ce sujet.
Les jeux des arcs-en-ciel
Ils avaient contourné la barrière et avait pu accéder à la crique isolée bordée de dunes et de plantes sauvages. Il avait chevauché à nouveau son animal et s’était approché de l’océan pour le baigner. Kate était restée en arrière pour observer les jeux des arcs-en-ciel éphémères dans les éclaboussures. Elle s’était surprise à prononcer des mots d’admiration et de désir presque à haute voix.
« Quelles belles épaules, s’était-elle dit, comme il doit bien tenir ses amantes… ! »
Quant il était revenu, elle avait lu dans son expression qu’il avait probablement deviné la raison de sa promenade. En vérité il venait de se remémorer le long regard inattendu qu’ils avaient échangé au cours de l’incident du matin. Lentement il s’était approché d’elle.
« Allons nous asseoir un peu plus haut, lui avait-il proposé, l’herbe verte devrait plaire à mon yearling. »
Ne sachant plus attendre, elle s’était avancée vers lui. Elle avait dirigé la paume de sa main contre sa poitrine et l’avait renversé d’un geste ferme. Puis elle l’avait enfourché et l’avait contraint par la force de ses cuisses à rester immobile. Allongé, encore humide de l’eau de mer, il avait contemplé un instant cette femme qui venait de l’assujettir. Il avait vu sa robe collée sur son corps et ses cheveux emmêlés par la brise. Elle lui avait semblée presque nue. Son caractère masculin l’avait incité à se redresser pour la renverser à son tour. Ce retournement de situation avait piqué davantage leur excitation. Elle s’était ruée un instant sous la force de ce cavalier mais il n’avait pas lâché prise et avait répliqué en embrassant sa bouche avec fougue. Les mains de Kate avaient cherché l’ouverture de sa chemise pour l’élargir. Elle avait eu envie de voir sa peau, son torse, ses bras. Les boutons avaient cédé tour à tour. Il avait continué à l'embrasser d’un baiser long et gourmand puis avait voulu la déshabiller lui aussi. Il lui avait passé la robe par dessus la tête en prenant le temps d’admirer la couleur dorée de ses formes féminines. Il avait voulu la dévêtir totalement, enlevant ses chaussures, retirant ses colliers et ses bagues, puis il avait délivré ses cheveux attachés et avait ôté son minuscule maillot de bain. Elle s’était sentie profondément troublée par la méticulosité avec laquelle il avait pris soin de ne plus rien lui laisser porter.
« Vous m’avez mise à nu » lui avait-elle dit.
- Vous êtes venue me retrouver, vous ne pouvez plus rien me refuser » lui avait-il répondu.
Sa voix lui avait fait l’effet d’un électrochoc. Elle avait senti son ventre brûler, sa gorge sécher et ses mains s’accrocher aux herbes sèches. Il avait trouvé les mots qu’elle aimait entendre. Elle aimait beaucoup qu’un homme lui parle pendant l’amour. Par dessous tout, elle avait éprouvé du plaisir à se sentir à la merci de sa force et de son désir.
Elle avait cherché la ceinture de son amant, l’avait tirée fébrilement et avait dégagé du mieux qu’elle avait pu son sexe gonflé par le désir. Elle l’avait voulu immédiatement, sans condition, sans qu’il ôte sa chemise ouverte ni ses bottes de cavalier. Elle avait désiré un instant qu’il la baise comme un soldat pressé, un hussard égaré, un déserteur en fuite.
Elle s’était ouverte du mieux qu’elle avait pu et l’avait attiré contre elle. Le membre dur l’avait pénétré d’un seul mouvement. Il était venu s’immobiliser au fond de son con, imbriqué, emboîté. Il devait sentir qu’elle était là, à sa merci. Elle avait senti ses muscles intérieurs se contracter par à-coups et s’emballer quelques secondes. Au moment de son plaisir, elle avait serré fort ses bras autour de ses épaules. Il avait prolongé cette attente au delà de ce qu’elle attendait. Puis il avait amorcé un mouvement de roulis très doux, très langoureux.
Roulis
Le bruit des vagues de l’océan avait semblé donner le tempo à son bassin. Elle avait désiré alors se retourner pour qu’il la prenne par derrière, dans cette position animale et si provocante. Elle avait su qu’elle s’offrirait à lui jusqu’à hurler de bonheur et d’épuisement. Il s’était installé à genoux et s’était enfoncé d’abord doucement dans ses plis chauds. Il avait pris le temps dont ils avaient besoin pour que leurs organes s’adaptent parfaitement à cette position. Puis ils avaient trouvé l’équilibre parfait de leurs mouvements. Cet amant si attentif à son plaisir recherchait un moment d’exception, une communion des corps et des désirs, une secousse d’ordre tellurique. Le plaisir sexuel avait toujours été pour lui un acte à la fois primitif et sacré. Il avait trouvé un écho à sa pensée en étudiant les pratiques maritales de certaines tribus d’Océanie. Il se sentait assez proche de leur façon de voir la sexualité comme un acte naturel mais divin, mobilisant des forces sacrées de la nature.
Il avait vu Kate creuser ses reins un peu plus et reculer pour qu’il vienne plus profondément en elle. Elle était parfaitement prête à accueillir toute la force de sa virilité. Ses mouvements amples l’avaient fait chavirer. Elle aurait voulu mourir en cet instant de plaisir qui irradiait toutes les parties de son être. Emportée dans les appels toujours plus forts de son désir, elle avait glissé sa main entre ses cuisses pour attraper cette queue qui lui dispensait tant de bien être. Son amant d’abord surpris par cette caresse inattendue l’avait très vite appréciée. Il s’était senti fléchir une première fois sous l’intensité du plaisir et avait du se pencher en avant. Il avait plaqué son buste contre le dos de sa partenaire et avait fouillé sa nuque de sa bouche et de son nez.
Demander grâce
Il avait enroulé son bras autour de la taille de Kate afin d’atteindre son clitoris. Le premier contact de son doigt avait provoqué une décharge qui l’avait fait s’offrir un peu plus encore. Il avait prolongé cette caresse si explosive le temps qu’il avait fallu pour la voir s’affaisser et demander grâce. Alors, sans lui donner le moindre répit il avait entrepris de la baiser à son propre rythme, et surtout aussi profondément qu’il pouvait. La sensation qu’il recherchait était celle de son gland butant au fond de la matrice de son amante, ce plaisir très particulier, si proche de la douleur lorsqu’il se prolonge, tant pour l’homme que pour la femme. Il savait qu’elle chercherait à limiter ce pilonnage et avançant un peu son bassin ou en arrondissant son dos, alors il avait pris soin de maintenir ses hanches de ses mains fermes. En cet instant, il avait senti grandir en lui une force nouvelle. Il s’était redressé et avait respiré profondément. Ses yeux s’étaient tournés vers l’azur de l’après-midi. Ses sensations avaient décuplé. Il avait cru vivre un tremblement de terre. Kate s’était retournée pour le regarder, sentant qu’il était proche de l’orgasme. Elle avait contemplé sa fierté masculine en même temps qu’elle avait ressenti l’impatience de sa fougue. Il avait compris qu’elle avait eu besoin d’une pose avant l’orage final.
Apprivoisé
Elle avait accepté cette délicieuse douleur au fond d’elle-même comme le plus merveilleux et le plus insupportable des supplices, mais elle avait voulu donner un répit à son corps. Depuis qu’elle l’avait observé sur son cheval courrant dans l’eau, elle avait eu terriblement envie de goûter son corps salé, la sueur de cet amant, les liquides précieux de cet homme. A présent qu’il semblait être à sa merci, elle s’était mise à le lécher, du cou au torse, puis sur le ventre et au creux des cuisses. Les traces de sel avaient augmenté sa sensation de soif. Il s’était laissé faire comme un animal apprivoisé. Il n’osait plus un seul geste, comprenant que Kate venait de retourner les forces en jeu. Sa bouche s’était arrondie pour accueillir la forme de sa verge, elle avait léché avec douceur le gland douloureux, caressé son ventre, ses couilles, ses fesses, et aspiré en rythme cette bite qui ne pouvait plus lui résister. Elle avait multiplié astucieusement les coups de langues et les changements de rythme. Elle avait senti plusieurs contractions le long de la hampe et un jet chaud sur sa langue. La source bienfaisante lui avait semblé ne pas pouvoir tarir. Elle avait voulu savourer toutes les nuances du goût de sa semence. Kate adorait cet instant où elle buvait à la source originelle d’un homme qui lui plaisait. Elle l’avait caressé encore pour qu’il se torde sous le plaisir. Il avait eu un dernier spasme avant de replier ses genoux contre sa poitrine, cherchant à retrouver son souffle. Comme une réconciliation, elle était venue se blottir contre son épaule pour écouter les battements affolés de son cœur.

© LD 2006-2007
illustration: Vega
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